Afghanistan : qui sont les principaux dirigeants des talibans ?

Les combattants islamistes sont entrés dans Kaboul dimanche et contrôlent désormais la majorité du pays. Franceinfo fait le point sur les principales figures à la tête du mouvement.

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Le cofondateur du mouvement des talibans, Abdul Ghani Baradar (assis au centre, coiffé d'un turban noir), adresse dans une vidéo un message de félicitations à ses troupes entrées dans Kaboul, le 15 août 2021. (EYEPRESS NEWS / AFP)

Vingt ans après le renversement de leur régime, les talibans ont reconquis la majeure partie de l'Afghanistan. Les combattants islamistes sont entrés dans Kaboul, dimanche 15 août, alors que le président Ashraf Ghani a fui le pays. "Les talibans ont gagné"a reconnu dimanche soir le chef de l'Etat afghan.

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Les arcanes du mouvement taliban, à la tête du pays entre 1996 et 2001, restent entourées de mystère. Fondé en 1994, ce groupe islamiste fondamentaliste est désormais structuré autour de plusieurs leaders. Qui sont les principales figures de ce mouvement ? Franceinfo brosse le portrait des quatre principaux dirigeants. 

Haibatullah Akhundzada, leader suprême des talibans

Il est à la tête des talibans depuis mai 2016. Le mollah Haibatullah Akhundzada a succédé à Mansour, tué par une frappe de drone américain au Pakistan. Fils d'un théologien, Haibatullah Akhundzada est originaire de Kandahar, cœur du pays pachtoune, dans le sud de l'Afghanistan. Avant sa nomination, il était davantage porté sur les questions judiciaires et religieuses que sur le domaine militaire.

Haibatullah Akhundzada a obtenu une promesse de loyauté de la part d'Ayman Al-Zawahiri, le chef de l'organisation terroriste Al-Qaïda. Ce dernier l'a qualifié d'"émir des croyants", une appellation qui lui a permis d'asseoir sa crédibilité dans l'univers jihadiste.

Une photographie non datée du chef des talibans, Haibatullah Akhundzada, publiée par le mouvement le 25 mai 2016. (STR / AFGHAN TALIBAN / AFP)

Depuis qu'il a pris la tête du mouvement, il est resté plutôt discret, se limitant à diffuser de rares messages annuels lors des fêtes islamiques. Certains analystes estiment d'ailleurs que son rôle serait davantage symbolique qu'opérationnel. Il a toutefois réussi à maintenir la cohésion au sein des talibans, fracturés par une violente lutte pour le pouvoir après la mort de Mansour et la révélation qu'ils avaient caché pendant plusieurs années la mort en 2013 du cofondateur du mouvement, le mollah Omar

Abdul Ghani Baradar, cofondateur du mouvement

Abdul Ghani Baradar est né en 1968 dans la province d'Oruzgan, dans le centre du pays, et a grandi à Kandahar, berceau du mouvement des talibans. C'est d'ailleurs lui qui a cofondé le mouvement aux côtés du mollah Omar. Il a fait partie de ceux qui ont combattu les Soviétiques en tant que moudjahidines [combattants pour le jihad] durant la guerre contre l'URSS, entre 1979 et 1989.

En 2010, alors qu'il est le chef militaire des talibans, il est arrêté à Karachi, au Pakistan. Il est finalement libéré en 2018, notamment sous la pression des Etats-Unis. Écouté et respecté des différentes factions talibanes, il est ensuite nommé chef de leur bureau politique, situé au Qatar. De là, il a conduit les négociations avec les Américains menant au retrait des forces étrangères d'Afghanistan, puis aux pourparlers avec le gouvernement afghan, qui s'étaient achevées en juillet sans avancées concrètes.

Capture d'écran d'une vidéo où Abdul Ghani Baradar, cofondateur des talibans, salue la prise de Kaboul (Afghanistan) par le mouvement, le 15 août 2021. (EYEPRESS NEWS / AFP)

Après la prise de Kaboul par les talibans, dimanche, il est apparu dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux"A présent, c'est le moment d'évaluer et de prouver, à présent nous devons montrer que nous pouvons servir notre nation et assurer la sécurité et le confort dans la vie", a-t-il déclaré. 

Sirajuddin Haqqani, chef du réseau Haqqani

Sirajuddin Haqqani est le numéro 2 des talibans, derrière Haibatullah Akhundzada. Il est également le chef du puissant réseau portant son nom de famille. Le réseau Haqqani a été fondé par son père, Jalaluddin Haqqani, un commandant du jihad anti-soviétique, mort en 2018

Le groupe est qualifié de terroriste par Washington, qui l'a toujours considéré comme l'une des plus dangereuses factions combattant les troupes des Etats-Unis et de l'Otan ces deux dernières décennies en Afghanistan. Le réseau, principalement actif dans les zones montagneuses de l'est afghan, est connu pour son recours à des kamikazes. Certaines des attaques les plus violentes perpétrées en Afghanistan ces dernières années lui ont été attribuées. En 2011, une décision du Conseil de l'Union européenne portant sur des sanctions à l'encontre de plusieurs groupes armés en Afghanistan qualifiait ce réseau de "groupe de militants affiliés aux talibans".

Le réseau a aussi été accusé d'avoir assassiné certains hauts responsables afghans et d'avoir retenu en otage des Occidentaux, avant de les libérer contre une rançon ou des prisonniers. En 2014, le soldat américain Bowe Bergdahl, capturé en 2009, avait ainsi été relâché en échange de cinq détenus afghans de la prison de Guantanamo.

Le mollah Mohammad Yaqoub, à la tête de la commission militaire des talibans

Fils aîné du mollah Omar, Mohammad Yaqoub est le chef de la puissante commission militaire des talibans, qui décide des orientations stratégiques dans la guerre contre le gouvernement afghan.

Son ascendance et ses liens avec son père, qui faisait l'objet d'un véritable culte en tant que chef des talibans, en font une figure unificatrice au sein d'un mouvement large et divers. Les spéculations sur son rôle exact dans le mouvement sont toutefois persistantes. Certains analystes estiment que sa nomination à la tête de cette commission en 2020 n'était que purement symbolique.

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