Afghanistan : quatre questions sur la situation chaotique à l'aéroport de Kaboul

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Des dizaines d'Afghans patientent aux abords de l'aéroport de Kaboul (Afghanistan), dans l'espoir d'être évacués, le 21 août 2021. (SAYED KHODAIBERDI SADAT / ANADOLU AGENCY / AFP)

Depuis la prise de la capitale par les talibans, l'aéroport constitue la dernière porte de sortie du pays pour les milliers d'Afghans qui veulent fuir le pays.

Dernier espoir des Afghans qui veulent fuir les talibans, l'aéroport militaire de Kaboul est le théâtre d'un chaos depuis plusieurs jours. Sept personnes sont mortes dans une cohue, lors d'une tentative désespérée de regagner le tarmac de l'aéroport, a annoncé dimanche 22 août le ministère de la Défense britannique.

Franceinfo revient en quatre questions sur la situation dramatique à l'aéroport de Kaboul.

1Que se passe-t-il à l'aéroport de Kaboul ?

Depuis la prise de la capitale afghane par les talibans, le 15 août, des milliers d'Afghans tentent de fuir le pays, via les vols mis en place par les Occidentaux, venus évacuer leurs ressortissants. Dans l'espoir d'obtenir une place à bord d'un des vols surchargés, les habitants se massent aux abords de l'aéroport.

Mais les talibans patrouillent dans les rues, ce qui empêche beaucoup d'Afghans d'atteindre l'aéroport. "C'est l'une des opérations d'évacuation aérienne les plus difficiles de l'histoire"a reconnu vendredi le président américain Joe Biden. Au moins sept personnes ont trouvé la mort dans une bousculade à proximité de l'aéroport, a affirmé dimanche le ministre de la Défense britannique. Un responsable de l'Otan a évoqué pour sa part 20 décès, cité dimanche par Reuters*. Une fillette de 2 ans ferait partie des victimes, rapporte le New York Times*.

Afghanistan : sept morts dans une bousculade à l'aéroport de Kaboul
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Cela complique le procédé d'évacuation pour de nombreux Etats, dont la France. "Notre seul problème, c'est l'accès jusqu'à l'aéroport, avec les check-points talibans, puis l'entrée dans l'aéroport où c'est le chaos avec plus d'une dizaine de milliers de personnes qui se pressent à ses portes", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian dans une interview au Journal du dimanche (article pour les abonnés).

Pour les talibans, ce drame résulte de la mauvaise gestion de la situation par les Etats-Unis. "L'Amérique, avec toute sa puissance et ses équipements (...), a échoué à ramener l'ordre à l'aéroport. Il y a la paix et le calme dans tout le pays, mais il n'y a que le chaos à l'aéroport de Kaboul (...) Cela doit cesser le plus tôt possible", a déclaré dimanche un haut responsable taliban, Amir Khan Muttaqi.

2Qui contrôle l'aéroport de Kaboul ?

Au total, d'après l'AFP, 6 000 militaires américains lourdement armés contrôlent l'aéroport international Hamid-Karzaï de Kaboul, centre névralgique de l'aviation civile et militaire afghane. Tous les vols commerciaux sont suspendus depuis le 15 août. L'espace aérien afghan a été laissé aux militaires lundi et tous les appareils effectuant des vols civils ont été invités à l'éviter par l'Autorité afghane de l'aviation civile.

Depuis près d'une semaine, seuls les vols militaires peuvent donc quitter le pays et organiser l'évacuation des civils, qu'ils soient afghans ou ressortissants étrangers. Les talibans ne sont donc pas en possession de ce corridor humanitaire stratégique pour des milliers d'étrangers et de nationaux.

Mais le départ des troupes américaines le 31 août, date limite de leur retrait, fait craindre le pire à l'Union européenne : "Si les Américains partent, les Européens n'ont pas la capacité militaire d'occuper et de sécuriser l'aéroport militaire et les talibans prendront le contrôle", a anticipé samedi le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell dans un entretien à l'AFP. Une réunion des pays membres du G7 a été convoquée en urgence mardi par le Premier ministre britannique, Boris Johnson. "Il est vital que la communauté internationale travaille ensemble pour assurer des évacuations sûres", a-t-il notamment expliqué sur Twitter*.

3Que craignent les forces américaines ?

L'accès à l'aéroport de Kaboul est également rendu complexe par les contrôles drastiques mis en œuvre par l'armée américaine qui craint des attaques sur ce dernier bastion aux mains de ses hommes. L'ambassade des Etats-Unis en Afghanistan a exhorté samedi ses ressortissants à éviter de se déplacer vers l'aéroport à cause de "potentielles menaces de sécurité à l'extérieur des portes de l'aéroport". Selon un responsable de la Maison Blanche, Joe Biden a discuté samedi matin avec de hauts responsables "de la situation sécuritaire en Afghanistan et des opérations de contre-terrorisme, y compris l'EI [le groupe terroriste Etat islamique]".

Les soldats américains ont mis en place des "routes alternatives" pour accéder à l'aéroport par crainte de la menace terroriste que constitue la branche locale du groupe terroriste. "Il y a une forte possibilité que l'Etat islamique du Khorasan tente de perpétrer une attaque à l'aéroport", a expliqué à CNN* un officiel de la défense américaine.

L'Etat islamique du Khorasan est une branche autoproclamée de l'Etat islamique, avec laquelle ce dernier nie tout lien. Cette branche est connue pour agir notamment en Afghanistan, au Pakistan et en Inde. Dans son discours à la nation vendredi, Joe Biden a dit craindre que certains de ses membres fassent partie des prisonniers libérés lors d'attaques perpétrées ces dernières semaines par les talibans.

4Combien d'évacuations ont déjà eu lieu ?

Depuis le 14 août, quelque 17 000 personnes ont été évacuées par les Etats-Unis, dont 2 500 Américains, estime l'AFP. Dans une interview à la chaîne ABC*, Joe Biden a précisé que les Etats-Unis prévoyaient d'évacuer tous les Américains présents en Afghanistan. Les autorités espèrent pouvoir faire de même pour leurs alliés afghans et leurs familles d'ici le 31 août, date de retrait des troupes américaines. Elles ont également réquisitionné les avions de plusieurs compagnies aériennes privées afin d'aider à l'évacuation des personnes qui fuient l'Afghanistan, a annoncé dimanche le ministère de la Défense américain.

"Les Américains veulent sortir 60 000 personnes avant la fin du mois. C'est mathématiquement impossible", a néanmoins jugé Josep Borrell. "Aucune nation ne pourra évacuer tout le monde", a renchéri dans le Mail on Sunday* le secrétaire d'Etat à la Défense britannique, Ben Wallace. "Nous nous battons à la fois contre le temps et l'espace", a reconnu samedi le porte-parole du Pentagone, John Kirby, cité par l'AFP.

Plus de 7 000 personnes avaient été évacuées samedi d'Afghanistan vers le Qatar, selon l'Etat du Golfe. Les Emirats arabes unis disent pour leur part avoir facilité la sortie de 8 500 personnes. Le Royaume-Uni a évacué près de 4 000 personnes d'Afghanistan depuis le 13 août, a affirmé de son côté dimanche le ministère de la Défense.

*Ces liens renvoient vers des articles en anglais.

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