Inondations : à quoi sont dues les précipitations records de ce mois de mai ?

Plusieurs météorologues, contactés par francetv info, livrent leurs analyses concernant les fortes pluies qui touchent la partie nord de la France depuis plusieurs jours.

Des pompiers secourent des habitants dans les rues inondées de Montargis (Loiret) le 1er juin 2016.
Des pompiers secourent des habitants dans les rues inondées de Montargis (Loiret) le 1er juin 2016. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Des records de pluie ont été battus durant le mois de mai. A Paris, il est tombé près de trois fois plus de plus de pluie qu'en temps normal : 176 mm de précipitations, contre 63 mm en moyenne, selon MétéoGroup et Météo France, mercredi 1er juin. Le précédent record de pluviométrie en mai dans la capitale, 132 mm, datait de 1992.

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Voici comment les météorologues expliquent un tel déluge, alors que le pire des intempéries semble passé.

Un ciel en pleine dépression

"Mai est connu pour être assez chaotique. C'est la loterie d'une année à l'autre. Il peut être très beau, si on est bien placé par rapport aux anticyclones", relève dans L'Express Etienne Kapikian, prévisionniste à Météo France. Cette année, la France a perdu à ce petit jeu : elle a vu se succéder les dépressions dans son ciel. Et "la récurrence des scénarios dépressionnaires depuis le début du mois explique ces pluies fréquentes", analyse pour francetv info Jérôme Cerisier, météorologue à MétéoGroup.

Cette "situation dépressionnaire actuelle" est liée à "un important conflit de masses d'air en Europe, avec de l'air frais qui arrive par l'Atlantique et de l'air chaud qui remonte de la Méditerranée vers l'Europe Centrale", poursuit Météo Consult

Résultat : "Les hautes pressions, synonymes de beau temps, sont restées au-dessus de l'Europe du Nord et les basses pressions sur l'Europe du Sud, d'où ces dépressions stagnantes", observe Jérôme Cerisier. Et "mis à part quelques beaux jours au début du mois, les dépressions se sont succédées."

Une conjonction de phénomènes météorologiques

Si les dépressions à répétition sont responsables de la fréquence des pluies en mai, elles n'expliquent pas le déluge qu'ont connu certaines régions pendant trois jours. Cette fois, l'explication est un peu plus complexe

"Une dépression s'est creusée entre le Benelux, l'Allemagne et le nord-est de la France, expose Jérôme Cerisier de MétéoGroup. Cette dépression a généré ce que les météorologues appellent un 'retour d'occlusion' : une masse d'air froid qui s'avance rejoint une masse d'air froid qui s'éloigne et se heurte à un front chaud provoquant d'abondantes précipitations." 

Arrivée par le nord de la France, la perturbation est passée au-dessus de l'Ile-de-France, du Centre, avant de se déplacer vers le Sud. "Son effet a été accentué par le fait que cette dépression a bougé très lentement, poursuit le météorologue. Une 'goutte froide' s'est également formée en altitude - une masse d'air froid s'est retrouvée emprisonnée sous une masse d'air chaud - ce qui a accentué les précipitations."

Résultat : "En 72 heures, de dimanche à mardi, on a observé sur la Picardie, le bassin parisien, le nord de la région Centre, l'équivalent de deux mois de précipitations", souligne François Jobard, prévisionniste à Météo-France, cité par France 3 Ile-de-France

Le réchauffement climatique accentue (peut-être) le phénomène

"A cette époque de l'année, jamais dans ces régions, toutes saisons confondues, on avait observé des pluies si durables et intenses", pointe François Jobard. Peut-on lier ce phénomène au réchauffement climatique ? Il est trop tôt pour le dire, selon les experts.

"Le changement climatique n'explique pas directement, précisément cet épisode pluvieux, juge le prévisionniste de Météo France. Néanmoins, on est dans une année très chaude. Du coup, on a des masses d'air globalement plus chaudes, qui sont plus propices à contenir de la vapeur d'eau, donc de l'eau." L'expert poursuit sa démonstration : "Une situation dépressionnaire avec de l'air plus chaud conduira à plus de pluie qu'une situation dépressionnaire avec de l'air moins chaud."

Conclusion du spécialiste : "On a peut-être des perturbations plus pluvieuses du fait du réchauffement climatique, mais c'est difficile à dire." "On ne peut pas être affirmatif sur un seul épisode. Il faut plus de recul, abonde Jérôme Cerisier. Ce n'est pas une situation classique, mais on en a déjà vu par le passé et on en reverra dans le futur."

"La situation météorologique synoptique, c'est-à-dire la vue générale de l'ensemble de la position des anticyclones, des dépressions, explique cette abondance de précipitations", insiste le spécialiste de MétéoGroup. Ce que confirme François Jobard : "C'est la position de ces centres d'action, qui est purement due au hasard, à la part chaotique de l'atmosphère, qui fait qu'on a une dépression à ce niveau-là et, du coup, des intempéries."