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Climat : on vous explique pourquoi le retour du phénomène météo El Niño, attendu d'ici à l'automne, est redouté

Article rédigé par Louis San
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Un homme au milieu de son champ de riz totalement victime de la sécheresse causée par le phénomène El Niño, à Bulacan (Philippines), le 13 avril 2016. (ROUELLE UMALI / NURPHOTO / AFP)
Il pourrait "alimenter un nouveau pic des températures mondiales", a prévenu Petteri Taalas, secrétaire général de l'Organisation météorologique mondiale de l'ONU.

Les météorologues et les climatologues du monde entier sont sur le qui-vive. Selon les prévisions de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), dévoilées mercredi 3 mai, il y a désormais 60% de chances que le phénomène El Niño se développe d'ici à la fin juillet et 80% d'ici à la fin septembre. Certains scénarios anticipent même un "super El Niño" à venir. Franceinfo revient sur ce phénomène météorologique pour tenter d'y voir clair.

C'est quoi, El Niño ?

Il s'agit d'un phénomène météorologique qui se traduit par une hausse de la température de la surface de l'eau, dans l'est du Pacifique. Il survient de façon cyclique mais irrégulière, tous les trois à sept ans, et provoque des catastrophes climatiques, en particulier des vagues de sécheresse et des précipitations supérieures à la normale.

>> Mi-Jésus, mi-Godzilla : qui est vraiment El Niño, le courant marin qui dirige le monde ?

Le phénomène atteint généralement son intensité maximale vers la fin de l'année, d'où le nom El Niño, qui désigne aussi l'enfant Jésus, en espagnol. Son impact est mondial, explique à France 24 Jérôme Vialard, océanographe et directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement.

"C'est un phénomène tellement puissant qu'il a une influence sur le climat sur tout le globe."

Jérôme Vialard, océanographe

à France 24

Le journaliste de France Télévisions Nicolas Chateauneuf avait présenté le phénomène en 2016, sur le plateau du "20 Heures" de France 2. Il expliquait alors qu'avec El Niño, la chaleur du Pacifique équatorial n'était pas poussée vers l'Asie et l'Australie, mais qu'elle restait plutôt proche de l'Amérique latine.

El Niño est à différencier de La Niña, qui a plutôt tendance à faire baisser la température des océans. Selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM), ce phénomène-là est en train de se terminer. En cours depuis 2020, cet épisode a été "exceptionnellement long et persistant", note l'OMM. Généralement, on observe une alternance entre La Niña et El Niño avec, entre les deux, des conditions neutres.

Que sait-on de son retour ?

Rien n'est certain. Nous en sommes encore au stade des probabilités. Mais elles penchent vers un retour d'El Niño. "Aujourd'hui, on observe déjà des signaux climatiques forts, qui montrent un réchauffement important de l'océan Pacifique équatorial", explique à Nouvelle-Calédonie La 1ère Thomas Abinun, climatologue à Météo France.

"C'est un signal qu'on surveille, parce que ce réchauffement de l'océan pourrait conduire à une survenue d'un épisode El Niño, à partir du second semestre."

Thomas Abinun, climatologue à Météo France

à Nouvelle-Calédonie La 1ère

Ce constat est partagé sur l'ensemble de la planète. Selon l'OMM, les chances qu'El Niño se développe sont estimées à 60% d'ici à juillet et 80% d'ici à fin septembre. De son côté, l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (Noaa) écrit, dans son bulletin de suivi publié le 24 avril (PDF en anglais), qu'il y a 62% de risques que le phénomène réapparaisse d'ici l'été. Un chiffre qui frôle les 90% d'ici la fin de l'année.

"Vous pouvez comparer cela à un pistolet chargé, résume auprès du quotidien britannique The Guardian (en anglais) Axel Timmermann, spécialiste du climat à l'université de Busan (Corée du Sud). "Le chargeur est plein mais l'atmosphère n'a pas encore appuyé sur la détente."

Mais pourquoi parle-t-on d'un potentiel "super El Niño" ?

Le Bureau australien de météorologie rapporte que certains modèles de prévision suggèrent l'apparition possible d'un "super El Niño" pour cette année. Si le phénomène classique correspond à une augmentation de la température du Pacifique équatorial de 0,8°C par rapport à la normale, un "super El Niño" se caractérise par une augmentation d'au moins 2°C. Ces températures plus élevées entraîneraient des effets plus puissants.

Un tel phénomène est rare. Les spécialistes n'en dénombrent que trois lors des quarante dernières années : 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016. "Les températures en 2016 et, dans une moindre mesure, en 2015, avaient été poussées à la hausse par un phénomène El Niño exceptionnellement puissant", relevait en 2017 l'Organisation météorologique mondiale (OMM).

Il faut néanmoins souligner le niveau élevé d'incertitude et tous les scénarios évoqués doivent être pris avec une grande prudence. "Nous avons besoin de deux ou trois mois de plus pour avoir une idée plus fiable de ce qui va suivre", a prévenu Alvaro Silva, consultant à l'OMM.

Quelles pourraient être les conséquences sur le climat mondial ?

Impossible d'être précis à ce stade. El Niño "risque d'alimenter un nouveau pic des températures mondiales", avance Petteri Taalas, le secrétaire général de l'OMM. Les précédents épisodes avaient fait grimper le mercure partout dans le monde. Il faut donc s'attendre aux mêmes conséquences, d'autant que les huit dernières années (2015-2022) ont déjà été les plus chaudes jamais enregistrées sur la planète, alors que La Niña a tendance à faire baisser la température des océans.

S'il s'agit de phénomènes naturels, l'OMM rappelle qu'El Niño et La Niña s'inscrivent "dans un contexte de changement climatique induit par l'homme, qui fait augmenter les températures mondiales, affecte le schéma des pluies saisonnières et rend notre climat plus extrême". Autrement dit, le phénomène pressenti pour l'année 2023 ne va faire que s'additionner au réchauffement climatique d'origine humaine, un réchauffement si fort que même La Niña n'a pas réussi à l'estomper.

Au-delà de l'augmentation globale des températures, les conséquences liées à El Niño sont différentes selon les zones du globe. Pour l'Amérique du Sud, il peut s'agir de pluies diluviennes avec des risques de glissements de terrain et un océan qui ne permet plus aux pêcheurs de vivre. Du côté de l'Australie, le phénomène pourrait induire un risque de sécheresse accru, augmentant aussi les risques d'incendies. La problématique de la sécheresse concerne également le continent africain et une partie de l'Asie avec une potentielle baisse des rendements de l'agriculture et une hausse des risques de famine. L'OMM illustrait déjà toutes ces conséquences dans une vidéo publiée il y a sept ans.

Un potentiel "super El Niño" cumulé à l'actuelle accélération du réchauffement climatique pourrait donc engendrer des conséquences encore plus importantes. C'est pour cela que la surveillance est minutieuse. "Le suivi de l'oscillation entre les deux phases aide les pays à se préparer à leurs impacts potentiels", explique l'OMM.

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