Paracétamol, aspirine, diurétiques… Ces médicaments à utiliser avec prudence en cas de grosses chaleurs

Avec la chaleur et le soleil, certains médicaments deviennent inefficaces, voire dangereux. Parmi eux, des spécialités apparemment anodines, comme l’aspirine ou le paracétamol, dont l'usage mériterait davantage de prudence à l'heure des canicules estivales.

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Radio France
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Les vagues de fortes chaleurs doivent inviter les patients à la prudence lorsqu'ils utilisent leurs médicaments habituels. (STEPHANIE BERLU / RADIO FRANCE)

Ce mardi 19 juillet, sous les néons blancs de la pharmacie d'Anne-Lise, dans le 19e arrondissement de Paris, un petit climatiseur souffle péniblement un peu d'air froid dans les jambes des clients. Peut-être sans vraiment s'en rendre compte, ils se sont rapprochés du petit appareil blanc, comme pour quémander un peu de fraîcheur, alors que dehors, en plein épisode caniculaire, le soleil tape sur le bitume et le mercure des thermomètres s'est accroché sur 37°C.

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Dans les petits sacs en papier qu'emportent avec eux les clients, souvent des médicaments courants, comme de l'aspirine, du paracétamol, de quoi refaire une trousse à pharmacie avant de prendre la route des vacances"Les gens viennent faire le plein avant de partir, sourit Anne-Lise. Ils achètent des pansements, du Doliprane®, de l'aspirine, de la Biafine®, des crèmes solaires..." Des spécialités courantes, a priori banales et sans danger, qui mériteraient cependant un peu d'attention à l'heure des grosses chaleurs. Parce que ces dernières peuvent les altérer et les rendre inefficaces, voire carrément dangereux.

Certains médicaments peuvent s'altérer rapidement avec la chaleur

Dans des conditions de chaleur élevée, les médicaments liquides, les suppositoires et les crèmes peuvent ainsi voir leur apparence extérieure modifiée, indiquant éventuellement une modification des propriétés du médicament, alors que la suspension ou l'émulsion peut se séparer. Exposés à de fortes chaleurs et de manière répétée, les capsules, les poudres et les comprimés, peuvent, le cas échéant, eux aussi se dégrader.

"Les comprimés et les solutions buvables sont théoriquement capables de supporter une exposition courte à une forte chaleur, indique ainsi un pharmacien hospitalier, que franceinfo a rencontré. Mais ils ne sont pas du tout supposés être exposés à la chaleur d'une voiture stationnée en plein soleil un après-midi."  

"Avant d’obtenir leur autorisation de mise sur le marché, les laboratoires pharmaceutiques ont dû réaliser des études de stabilité du médicament pour des températures de 30°C à 40°C degrés. Mais rarement au-delà."

Un pharmacien hospitalier

à franceinfo

Avec, en sus, une vraie incertitude sur leur efficacité dans ces conditions extrêmes. C’est éventuellement acceptable pour l’aspirine des petits maux de tête, moins quand la survie du patient dépend de son traitement…

Certains médicaments aggravent les effets de la chaleur

C’est sans compter que certains médicaments aggravent l’effet de chaleur et sont même déconseillés en cas de vague de forte chaleur car "susceptibles d’aggraver un syndrome d’épuisement-déshydratation ou un coup de chaleur", comme l’indique l’Assurance maladie dans un dossier consacré au sujet sur son site internet. De nombreux facteurs de risque individuels comme l’âge extrême (nourrisson, personnes âgées), pathologies chroniques… peuvent altérer l’adaptation de notre organisme. "Pour nous adapter à la chaleur, nous transpirons, mais ce faisant, nous nous déshydratons", explique le pharmacien. En provoquant une forte élimination d'eau au niveau des reins ou une transpiration importante, certains médicaments comme les diurétiques peuvent entraîner une déshydratation."

C'est le cas aussi des anti-inflammatoires non-stéroïdiens, des inhibiteurs de l'enzyme de conversion, ou encore de médicaments utilisés en psychiatrie, comme les neuroleptiques, qui eux peuvent perturber l’adaptation du corps à ces fortes chaleurs et entraîner une élévation de la température. Ou des médicaments dits "à marge thérapeutique étroite", c'est à dire ceux dont la dose est particulièrement précise pour qu'ils soient efficaces et n’entraînent pas d'effets indésirables. "Avec la chaleur, poursuit le praticien, une déshydratation importante va entraîner une augmentation de la concentration de ces médicaments et provoquer des effets indésirables chez le patient. Comme les sels de lithium qui deviennent toxiques en cas de déshydratation, ou certains antibiotiques ou antiviraux qui, faute d'une hydratation suffisante, pourront entraîner un dysfonctionnement des reins et accélérer le processus de déshydratation."

Parmi les maux de l’été, les coups de soleil, les insolations. Et parmi ses drames, le coup de chaleur, qui peut être mortel. Il survient lorsque le corps n’arrive plus à contrôler sa température. Cette dernière augmente, jusqu’à provoquer de fortes fièvres et des pertes de conscience. La victime vomit, est nauséeuse, souffre de maux de tête, délire, voire convulse. Il s’agit d’une urgence grave, qui doit être traitée rapidement : appelez les secours. Oubliez l'aspirine et le paracétamol, recommande l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) : le paracétamol est inefficace en cas de coup de chaleur, et l'aspirine peut pertuber la thermorégulation de l’organisme.

Attention aux médicaments photosensibilisants

Par ailleurs, qui dit chaleur, dit souvent... soleil. Et celui-ci est, lui aussi, un mauvais camarade pour certains médicaments qui contiennent une spécialité photosensibilisante. 

"Le risque de photosensibilisation est réel pour certains médicaments, qui provoquent alors, quand le sujet s’expose au soleil, des allergies ou des taches sur la peau, qui peuvent être irréversibles."

Un pharmacien hospitalier

à franceinfo

Ce risque est signalé sur la notice du médicament par un petit pictogramme en triangle rouge contenant un soleil et un petit nuage. "Sous l'effet du soleil, poursuit le pharmacien, ces médicament peuvent provoquer, dans les minutes ou les heures qui suivent l'exposition, des brûlures, des coups de soleil, avec ou sans bulles, parfois localisés au niveau de la zone d'application du médicament s'il s'agit d'une crème ou d'une pommade, ou sur les parties exposées au soleil si le médicament été pris par voie générale, comme c'est le cas par exemple pour un antibiotique."

Parmi eux (cette - longue - liste n'est pas exhaustive), pris par voie orale : des anti-inflammatoires non stéroïdiens, les antiépileptiques, les diurétiques, sulfamide, triamtérène, les antidiabétiques oraux. Ou encore l'isotrétinoïne, utilisée pour soigner l'acné, des antibiotiques tels que le Ciflox®, le Tavanic®, l'Oflocet®, ainsi que les médicaments utilisés en neuropsychiatrie (Tofranil®, Tegretol®...). Parmi les médicaments photosensibilisants appliqués localement (en crème donc, souvent), on trouvera par exemple le kétoprofène (par exemple le Ketum®), ou encore les pommades antiallergiques ou anti-acnéiques.

Enfin, rappelle l’ANSM, dans tous les cas, il ne faut jamais arrêter son traitement sans avoir préalablement consulté un médecin ou un pharmacien, au risque de s’exposer à des complications, liées soit à l’arrêt brutal du médicament, soit liées à la maladie elle-même, puisqu’elle n’est plus traitée.

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