Le paracétamol n’est pas si anodin : 91 scientifiques et cliniciens appellent à la prudence

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On utilise tout le temps ce médicament, pour un petit mal de tête ou de ventre. Et pourtant, une grosse étude qui rassemble de nombreux travaux montre qu’il pourrait altérer le développement du fœtus, lorsqu’il est utilisé par les femmes enceintes.

Article rédigé par
Mathilde Fontez - franceinfo - Ersin Leibowitch
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Pilules de paracétamol. (Illustration) (KRISANAPONG DETRAPHIPHAT / MOMENT RF / GETTY IMAGES)

Mathilde Fontez, rédactrice en chef dEpsiloon nous parle d’une alerte, qui est lancée par 91 médecins et scientifiques, pour prévenir qu’en fait, le paracétamol n’est pas si anodin.  

franceinfo : Le paracétamol, il faut donc ne pas en abuser ? 

Mathilde Fontez :  En effet, on prend souvent du paracétamol presque sans y penser, pour le moindre mal de tête. C’est l’antidouleur le plus consommé. On le trouve dans 200 médicaments vendus en France ! Sauf qu’aujourd'hui, un collectif de scientifiques et de praticiens rassemble des travaux récents qui montrent que lorsque le paracétamol est pris pendant la grossesse, il peut nuire au développement du fœtus.  

On ne soupçonnait pas d’effets secondaires jusque-là ?

On savait que le paracétamol est toxique. Notamment pour le foie : il peut conduire à une défaillance de l’organe. C’est même la principale cause de défaillance hépatique en Occident. C’est pour ça qu’en 2019, en France, il est passé derrière le comptoir du pharmacien. Mais c’était dans le cas de surdoses. Là, c’est autre chose. C’est un effet secondaire insoupçonné qui est découvert.  

Quel est cet effet ?

Les chercheurs n’ont pas encore pu l’établir de manière totalement certaine. Notamment parce que ces études sont récentes, et parce qu’elles ont été réalisées in vitro ou chez l’animal. Chez l’humain, il n’y a que des indices. Mais ce qu’elles suggèrent, c’est que le paracétamol peut entraîner des troubles du développement neuronal et des malformations génitales. Tout de même. On ne sait pas vraiment comment le médicament provoque ça.

Mais il y a des hypothèses : il passerait par le placenta, et modifierait l’action des hormones. En fait, le paracétamol serait un perturbateur endocrinien. Et ces risques concernent les bébés dans le ventre, mais aussi les enfants. Parce que pendant leurs premiers mois, voire leurs premières années, leur cerveau continue de se développer.

Les médecins appellent à changer l’usage de ce médicament ?

Ils appellent pour l’instant à poursuivre les études, et à renforcer les mises en garde. Il faut rappeler que le paracétamol est considéré en Europe comme un médicament indiqué pendant la grossesse, pour soulager la douleur – et surtout la fièvre.

On estime que 50% des femmes enceintes en prennent dans le monde. Sauf qu’en arrêter complètement l’usage pourrait poser problème aussi. Les autres antidouleurs sont pires pour le fœtus. Et une forte fièvre pendant la grossesse, c’est aussi très nocif. Il faudra un peu de temps pour y voir clair. Mais l’alerte est lancée.

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