JO 2021 : confirmations, surprises, déceptions… Le bilan de la France à Tokyo

La délégation française a bouclé ses Jeux olympiques sur une ultime médaille d'or dimanche, celle des handballeuses, portant son total au Japon à 33, dont 10 titres.

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La France a remporté 10 médailles d'or à Tokyo. (MILLEREAU PHILIPPE / HERVIO JEAN-MARIE / KMSP /FRANCK FIFE / AFP)

Des rires, des larmes et un bilan finalement mi-figue mi-raisin. Avec 33 médailles, dont 10 en or, la France termine à la 8e place du classement général des nations au terme des Jeux olympiques de Tokyo, qui se sont achevés dimanche 8 août.

On peut voir le verre à moitié plein, avec ces 10 titres olympiques qui se situent dans la lignée des performances réalisées à Londres (11) ou Rio (10). Mais on peut aussi noter que les athlètes tricolores ont péniblement atteint le niveau des Jeux d'Athènes, en 2004, avec ces 33 podiums. Soit le plus faible total depuis près de trente ans (29 médailles à Barcelone en 1992). Assez loin de l'objectif d'une quarantaine de médailles évoqué par Roxana Maracineanu et Emmanuel Macron avant les JO.

Si les performances, exceptionnelles, des sports collectifs ont été un véritable rayon de soleil pour boucler ces JO (trois titres, deux médailles d'argent et une de bronze au total, en comptant le rugby à 7), il y a aussi eu de grosses déceptions (triathlon, VTT, BMX...) et de vraies faillites dans des disciplines phares comme la natation, l'athlétisme ou le cyclisme sur piste (où la France est historiquement très forte). Alors que retenir de ces JO pour la délégation française, à trois ans du grand rendez-vous de Paris 2024 ? Franceinfo: sport fait le bilan.

Le judo, le handball et l'escrime ont répondu présent

Repartant avec huit médailles dans ses valises, le judo français a été le plus grand pourvoyeur de récompenses olympiques, battant les records de Barcelone et de Londres (sept). Clarisse Agbégnénou a mis tout le monde d'accord. La porte-drapeau française a tout raflé en remportant deux titres olympiques, en moins de 63 kg, et dans la toute nouvelle épreuve olympique mixte par équipes. Un véritable exploit du collectif français, qui s'est imposé dans l'antre du judo face à une équipe japonaise invaincue depuis 2017. Amandine Buchard et Sarah-Leonie Cysique ont par ailleurs été sacrées vice-championnes olympiques dans leur catégorie, et trois médailles de bronze ont été remportées (dont celle de Teddy Riner, qui, blessé à quelques mois des JO, a terminé sur le podium en +110 kg, égalant le record de cinq médailles olympiques de la légende du judo, Ryōko Tani).

Les Bleus obtiennent l'or à l'épreuve mixte de judo ! Ils s'imposent face à des Japonais pourtant à domicile. Retour sur ce parcours extraordinaire.

Un pour tous, tous pour un. Une devise à laquelle la délégation d'escrime a fait honneur à Tokyo. Particulièrement solides dans les épreuves par équipes, avec deux médailles d'argent chez les dames (fleuret et sabre) et un titre chez les messieurs (fleuret, qui échappait aux Bleus depuis 2000), les escrimeurs français ont réalisé une très belle compétition olympique – sans compter le titre de Romain Cannone en épée (voir plus bas) et le bronze de Manon Brunet en sabre.

Favoris dans leurs disciplines, ils n'ont pas déçu : Hugo Boucheron et Matthieu Androdias en deux de couple en aviron et Jean Quiquampoix en tir rapide au pistolet à 25 m sont montés sur la plus haute marche du podium.

En karaté, Steven Da Costa est devenu le premier karatéka médaillé dans cette discipline, qui ne figure pas au programme de Paris 2024. Le Français est sacré champion olympique en moins de 67 kg et a eu l'honneur de porter le drapeau tricolore lors de la cérémonie de cloture.

Malgré quelques déceptions sur le Vélodrome d'Izu, le cyclisme du piste rapporte deux médailles à la délégation française. Florian Grengbo, Sébastien Vigier et Rayan Helal ont décroché le bronze en vitesse par équipe, avant que Thomas et Donavan Grondin montent à leur tour sur la troisième marche du podium dans l'épreuve du madison.

Avec trois médailles remportées, comme au Brésil, la voile a rempli son contrat. Bien que Charline Picon n'ait pas réussi à conserver son titre en planche en voile, elle s'est toutefois octroyée l'argent, tout comme Thomas Goyard en planche à voile RS:X. Camille Lecointre, déjà troisième à Rio, a remporté une nouvelle fois le bronze en 470 avec sa coéquipière Aloïse Retornaz.

Pour la première fois depuis la Yougoslavie, en 1984 à Los Angeles, une équipe, la France, décroche une double médaille d’or en handball aux Jeux olympiques. Les deux équipes ont pris leur revanche sur leurs adversaires en finale à Rio 2016: le Danemark pour les hommes (25-23) et le Comité olympique russe pour les femmes (30-25). Les Bleues ont pu compter sur une Pauletta Foppa en grande forme et des gardiennes en état de grâce, avec plus de 30% de tirs arrêtés, pour conquérir un premier sacre olympique. Les Bleus, plus habitués avec une troisième médaille d’or, ont été très efficaces en attaque, à l’image de Hugo Descat, qui a inscrit 32 de ses 37 tirs dans la compétition. En grimpant sur la première marche du podium, Amandine Leynaud, Luc Abalo et Michaël Guigou ne pouvaient rêver mieux pour tirer leur révérence avec l’équipe de France. 

Les basketteurs tricolores n’ont pas décroché l’or mais repartent de Tokyo souriants et plus chargés qu’à leur arrivée, avec une médaille de bronze pour les Bleues et en argent pour les Bleus. Les hommes de Vincent Collet ont fait rêver les fans français en triomphant des Etats-Unis dès leur premier match mais ils n’ont pu rééditer leur exploit en finale (défaite 82-87). Passée la déception de leur défaite en demi-finales face aux Japonaises, les filles ont pu laisser exploser leur joie en montant sur la troisième place du podium grâce à une victoire contre la Serbie en petite finale (91-76). De bon augure avant Paris 2024.

Romain Cannone, le rugby à VII et les Bleus du volley : des divines surprises 

Comme d'habitude, les Jeux ont réservé leurs lots de (belles) surprises. 

"Cannonisime". Le premier petit exploit olympique (et la première médaille d'or) est venu de la Makuhari Messe de Tokyo. Alors qu'il ne devait pas disputer les Jeux, Romain Cannone, invité de dernière minute de la délégation d'escrime, a créé la surprise, faisant tomber une à une les têtes de série. Jusqu'à décrocher le titre de champion olympique aux dépens du Hongrois Gergely Siklosi, numéro 1 mondial, champion du monde et grand favori.

Pari également réussi pour Florent Manaudou, vice-champion olympique du 50 m nage libre. Après deux ans et demi loin des bassins, le nageur de 30 ans est remonté sur un podium olympique pour la troisième fois sur cette distance (l'or en 2012 et argent en 2016). Avec sa médaille d'argent, Manaudou a permis à la natation française de ne pas repartir les mains vides à Paris. 

Une première depuis 1996. En remportant la médaille d'argent sur le deux de couple poids léger, Laura Tarantola et Claire Bové sont devenues les premières rameuses françaises à monter sur un podium olympique en 25 ans, depuis le bronze obtenu à Atlanta par Hélène Cortin et Christine Gossé.

La jeune taekwondoïste a mis la barre haut pour ses premiers Jeux. À seulement 19 ans, Althéa Laurin a empoché le bronze dans la catégorie des + de 67 kg. Une très belle performance pour celle qui, bien que championne d'Europe en 2020, n'a jamais disputé de championnats du monde. 

Vice-championnes du monde en 2018, les Bleues du rugby à 7 deviennent vice-championnes olympiques. Elles avaient ouvert la voie à la pluie de médailles des sports collectifs français en décrochant l’argent, après leur exploit face à la Grande-Bretagne en demi-finale (26-19) et en s’inclinant face aux redoutables Néo-Zélandaises en finale (26-12). Elles ramènent la première breloque olympique en rugby à 7 pour l'ovalie tricolore. 

Ils n'avaient jamais passé les quarts de finale d'un tournoi olympique... et montent finalement sur la première marche du podium. Les volleyeurs français, irrésistibles, ont multiplié les exploits, en éliminant notamment la Pologne, double championne du monde. En finale, les Russes ont emmené les Bleus au tie-break, mais déchaînés, les hommes de Laurent Tillie ont offert la plus belle des sorties à leur sélectionneur en remportant, eux aussi, la médaille d'or. 

Triathlon, BMX, VTT : des espoirs déçus 

Un bilan catastrophique sur deux roues. Les chances étaient pourtant grandes en BMX : alors que trois des huit pilotes en finale portaient les couleurs françaises (Joris Daudet, Sylvain André et Romain Mahieu), aucun n'a fini avec une médaille autour du cou. Il en a été de même pour Axelle Étienne. Grosses désillusions également en VTT. Pauline Ferrand-Prévot, double championne du monde en titre, et Loana Lecomte, leader de la Coupe du monde, avaient tout pour l'emporter. Pourtant les Tricolores, favorites, sont reparties bredouilles du circuirt d'Izu, laissant les Suissesses réaliser un triplé historique. 

Loana Lecomte et Pauline Ferrand-Prévot étaient annoncées comme les grandes favorites de la course VTT. Les Françaises terminent 6e et 10e, loin derrière le trio suisse.

Déception également sur le triathlon. Pourtant grand favori avec un sans-faute en 2020, le triathlète Vincent Luis visait un titre olympique. Mais le Français a dû se contenter d'une très décevante 13e place. Dans l'épreuve par équipes mixte, qui faisait ses débuts olympiques, les Tricolores, triples champions du monde, se sont un peu consolés en arrachant le bronze après avoir un temps rêvé d'or.

La France est également ressortie K.O. de ces Jeux en lutte et en boxe. Pourtant tête de série de n°3 en lutte libre, Koumba Larroque, jeune lutteuse prometteuse de 22 ans, championne d'Europe en titre et médaillée d'argent aux Mondiaux de 2018, s'est fait éliminer dès son premier combat. Les boxeurs ont eux aussi fait chou blanc. La boxe est pourtant habituellement pourvoyeuse de médailles pour la France – elle a même atteint son record de récompenses à Rio, avec six médailles rapportées. Mais lors de ces Jeux, ce sont plus les polémiques d'arbritrage que les résultats sur les rings qui ont fait la une.

On retiendra enfin la cruelle quatrième place de Samir Aït-Saïd. Le gymnaste porte-drapeau, blessé au biceps, a fondu en larmes en finissant au pied du podium de l'épreuve des anneaux. Nouveau coup du sort pour celui qui avait déclaré forfait avant Londres en 2012 et qui s'était gravement blessé lors du tournoi olympique à Rio.

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L'athlétisme et la natation au fond du trou

Les nageurs ont coulé à Tokyo. Avec une seule médaille remportée, c'est le plus mauvais bilan sorti des bassins olympiques depuis Atlanta 1996, des Jeux lors desquels la délégation était repartie bredouille. Après trois médailles olympiques consécutives depuis 2008, le relais masculin 4x100 mètres nage libre a échoué à décrocher un quatrième podium d'affilée, terminant à la sixième place. Troisième à Rio et fort de sa médaille d'argent aux championnats d'Europe en mai dernier sur cette même distance, Marc-Antoine Olivier n'a pointé qu'à la sixième place du 10 km en eau libre. À noter toutefois, les débuts prometteurs de Léon Marchand, nageur qui pourrait bien briller à Paris.

Après le cru exceptionnel de 2016 (six médailles), l'athlétisme français a flanché. Seul Kevin Mayer, en devenant à nouveau vice-champion olympique du décathlon, est monté sur un podium au stade olympique, alors que des espoirs de médailles reposaient notamment sur le multi-recompensé Renaud Lavillenie au saut à la perche ou le marcheur recordman du monde Yohann Diniz. "Le bilan est mauvais, voire très mauvais, on ne peut pas dire autre chose", résume sans concession Stéphane Diagana, consultant France Télévisions.

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