TF1 déclare la guerre à SFR : le bras de fer en trois actes

La chaîne de télévision a demandé samedi à l'opérateur de télécoms de cesser de distribuer ses chaînes de télévision gratuites sur ses box après l'échec de plusieurs mois de discussions sur les modalités financières de leurs accords de distribution.

Le nouvelle box SFR photographiée le 9 novembre 2015 à Paris. 
Le nouvelle box SFR photographiée le 9 novembre 2015 à Paris.  (ALAIN JOCARD / AFP)

C'est un nouvel épisode dans la guerre que se livre TF1 et SFR. Samedi 29 juillet, le groupe audiovisuel a mis fin aux accords de diffusion de ses chaînes par l'opérateur de télécoms, qui a aussitôt dénoncé "une tentative de prise d'otages de ses clients". La chaîne détenue par le groupe Bouygues a informé qu'elle avait arrêté de livrer ses programmes en replay de MYTF1.fr. De quoi susciter l'inquiétude de nombreux clients. Franceinfo revient sur cette bataille qui pourrait bien se terminer devant les tribunaux.

1Fin 2016, TF1 réclame de l'argent aux opérateurs internet

Depuis la fin 2016, TF1 a entamé un bras de fer avec les opérateurs internet pour qu'ils partagent les revenus issus de la diffusion par internet de ses chaînes – TF1, TMC, NT1, HD1 et LCI – qui étaient jusque-là fournies gratuitement par le groupe de télévision. La société de Martin Bouygues a menacé de suspendre leur diffusion s'ils n'obtempéraient pas.

TF1 a dans un premier temps envoyé des courriers à chacun des opérateurs et à Canal+ (qui diffuse ses chaînes via l'application Canalplay), les sommant de suspendre la diffusion de ces chaînes en OTT, c'est-à-dire leur visionnage via internet sur les ordinateurs et les terminaux mobiles.

Mais cet ultimatum n'a pas été suivi d'effet. Orange continue ainsi à diffuser les chaînes de TF1 sur ces terminaux alors que le groupe de télévision lui a demandé de couper le signal à compter de début juillet. Le groupe de télécoms a même assigné TF1 à la mi-juillet devant le tribunal de commerce de Paris pour "abus de position dominante".

2TF1 veut mettre fin à la diffusion de ses chaînes sur les box SFR

Samedi 29 juillet, TF1 passe à la vitesse supérieure. Le groupe annonce avoir mis fin à la diffusion des chaînes de son groupe par le réseau SFR. "Nous avons arrêté de livrer les fichiers de la catch-up (télévision en replay) de MYTF1", indique la chaîne détenue par le groupe Bouygues.

TF1 n'a en revanche pas coupé le signal linéaire de ses chaînes, en raison des obligations auxquelles est soumis SFR, en l'occurrence "la livraison du service antenne aux bailleurs sociaux" : "Nous ne voulions pas que SFR ne soit pas dans la capacité d'assumer ses obligations", indique la direction de TF1.

"A compter du 29 juillet 2017, date d'échéance des contrats, (...) Numericable-SFR n'est plus autorisé à exploiter commercialement MYTF1 et les chaînes en clair du groupe", assure le groupe, qui constate que Numericable-SFR "poursuit l'exploitation commerciale de ses chaînes sans contrat" et "entend utiliser tous les moyens juridiques à sa disposition pour faire valoir ses droits".

En ce qui concerne la forme que pourraient prendre ses poursuites, la direction de TF1 a indiqué à l'AFP qu'elle réfléchissait à la procédure juridique la plus idoine et entendait prendre une décision "en début de semaine prochaine".

3SFR dénonce une "tentative de prise d'otage"

"Cela ne change rien pour nos clients." Joint par franceinfo, un porte-parole de SFR se veut d'abord rassurant. Les chaînes du groupe TF1 (TF1, TMC, NT1, HD1 et LCI) sont toujours diffusées en direct. "Seul le replay est affecté sur les box mais celui-ci est toujours disponible sur internet", ajoute cette source.

SFR se dit par ailleurs "très étonné" par la décision de TF1, alors que "des recours sont en toujours en cours". L'opérateur a en effet saisi le CSA en règlement de différend en avril dernier. Dans un communiqué publié à la mi-journée, le groupe enfonce le clou. "SFR a découvert par voie de presse cette inique tentative de prise d'otage de ses clients" et annonce qu'il prendra "dès aujourd'hui toute action judiciaire nécessaire", indique le groupe de télécoms. "Nous subissons un vrai préjudice, de nombreux clients sont inquiets, nous étudions donc toutes les voies de recours possible", ajoute un proche de Patrick Drahi, propriétaire de SFR, au Parisien