Que se trame-t-il sur le marché de la téléphonie mobile ?

Numéricable et Bouygues se disputent le rachat de SFR tout en promettant de ne pas augmenter les tarifs des forfaits mobiles. Décryptage. 

Les enseignes Bouygues Telecom et Numericable, en concurrence pour le rachat de SFR, ont annoncé leurs offres début mars 2014.
Les enseignes Bouygues Telecom et Numericable, en concurrence pour le rachat de SFR, ont annoncé leurs offres début mars 2014. (CHARLES PLATIAU / REUTERS )

Les déclarations d'intentions se succèdent et les milliards sont lâchés. Passé à quatre acteurs lors du lancement de l'offre mobile de Free le 10 janvier 2012, le marché de la téléphonie mobile en France pourrait revenir à trois groupes. Numericable et Bouygues se sont en effet lancés dans une course au rachat de SFR. Francetv info vous explique pourquoi. 

Un marché ultra-concurrentiel

Selon l'Autorité de régulation des télécoms (ARCEP), il y avait 61,5 millions de clients mobiles en France fin décembre, soit 95,8 % de la population. Le leader du marché, Orange, dispose aujourd'hui de 27 millions de clients mobiles. SFR en a 21 millions, Bouygues Telecom 11 millions et Free 7,4 millions. Cependant Free a un réseau d'antennes-relais peu développé et s'appuie pour la 3G sur un contrat d'itinérance avec Orange, mais pas pour la 4G.

En revanche Bouygues se vante d'avoir le meilleur réseau 4G via l'autorisation qui lui a permis d'utiliser cette technologie sur une bande de fréquence qu'il exploitait déjà, lui donnant une longueur d'avance en termes de couverture. Les quatre opérateurs battent avec des offres au dixième de centime près

Un des quatre acteurs à vendre

Tout se bouscule quand Vivendi annonce qu'il est prêt à se séparer de SFR. Le 11 septembre 2013, le groupe dévoile un projet de scission, qui doit mener sa filiale vers une introduction en bourse. 

Alors que les autres filiales de Vivendi sont en croissance, le deuxième opérateur français a continué au premier semestre à plomber les comptes de sa maison mère, avec des ventes en fléchissement de 11,3% sur un an. Le groupe souhaite ainsi se reconcentrer sur les médias.

Deux candidats se déclarent : Altice, la maison-mère de Numericable, et Bouygues Telecom. Bouygues propose à Vivendi 10,5 milliards d'euros en numéraire et une participation de 46% de l'ensemble constitué, qui serait ensuite mis en Bourse. Numericable, offre de son côté 11 milliards d'euros en cash et 32% de l'ensemble.

Un souci avec les règles de concurrence

L'offre de Bouygues a les faveurs de la Bourse. Après son annonce, l’action grimpe de plus de 6%. A l’inverse, Numericable perd plus de 6%. "La réalisation de ce projet donnerait naissance au leader français du mobile (32 millions de clients), au deuxième acteur français dans le fixe (7 millions de clients) et au septième acteur européen du secteur", rappellent Les Echos.

Mais le groupe détiendrait alors deux réseaux mobiles. Un de trop pour l'autorité de la concurrence qui songe à ouvrir "une enquête approfondie", dont la longueur est estimée à neuf mois, selon son président Bruno Lasserre, dans Le Figaro. Dimanche 9 mars, Bouygues annonce être prêt à céder son réseau d'antennes et ses fréquences de téléphonie mobile à son concurrent Free. Une condition : que Bouygues puisse acquérir SFR.  Iliad a confirmé un accord en vue de ce rachat.

Un ministre qui pose ses conditions

Jusque là discret sur le dossier SFR, Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, marque sa préférence pour un secteur de la téléphonie mobile avec trois opérateurs, donc pour l'offre de Bouygues. Dans un entretien avec Le Parisien, celui qui avait fustigé "les excès low cost de Free", "destructeurs d'emplois", espère notamment "l'arrêt de la guerre des prix et la stabilisation du secteur".

Il pose néanmoins ses conditions. "Ce sera zéro plan social, zéro plan de départs volontaires, zéro licenciement. Et engagement de patriotisme économique, c’est à dire cotation à la Bourse de Paris, siège social en France, recherche et développement en France", énumère-t-il dans le quotidien. 

A ce sujet, Bouygues "promet de ne procéder à aucun départ contraint"L'opérateur prévoit même "une redynamisation de l'emploi" et promet que ses tarifs n'augmenteront pas. Dans le JDD, Olivier Roussat, PDG de Bouygues estime que si tout se passe bien, les migrations de réseau et d'abonnés pourraient se dérouler "au cours de 2015".