Facebook : huit moments à retenir de l'audition de Mark Zuckerberg devant le Sénat américain

Tout en faisant son mea culpa, le PDG de Facebook a répondu à la plupart des questions des sénateurs, pendant de longues heures.

Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, avant son audition devant les membres de la Commission du commerce, des sciences et des transports du Sénat américain, à Washington, le 10 avril 2018.
Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, avant son audition devant les membres de la Commission du commerce, des sciences et des transports du Sénat américain, à Washington, le 10 avril 2018. (JIM WATSON / AFP)

Questionné pendant plus de trois heures. Après une courte déclaration et des excuses, Mark Zuckerberg a longuement répondu aux questions des sénateurs américains, mardi 10 avril, à Washington. Le PDG de Facebook était sommé de s'expliquer sur les affaires d'atteinte à la vie privée de ses utilisateurs, mais aussi de manipulation politique et d'ingérence étrangère dans la présidentielle américaine. Voici quelques-uns des moments à retenir.

Un "changement philosophique"

Mark Zuckerberg a, une nouvelle fois, présenté ses excuses personnelles pour ne pas avoir compris à temps à quel point Facebook pouvait être détourné de bien des façons. "C'était mon erreur. Je suis désolé." "Cela prendra du temps pour mener à bien tous les changements nécessaires" pour limiter ces mauvais usages, a-t-il ajouté, récapitulant les mesures passées ou à venir pour rectifier les problèmes.

"Nous traversons un grand changement philosophique au sein de la société", a déclaré Mark Zuckerberg, mardi soir. Alors que le sénateur John Thune demandait au PDG en quoi ces nouvelles excuses étaient différentes des excuses passées, celui-ci a assuré : "Nous devons prendre plus largement conscience de nos responsabilités, nous assurer que Facebook soit utilisé à bon escient. Au final, les gens finiront par voir une vraie différence."

"Une course aux armements" contre "des gens en Russie"

Alors que Facebook est vilipendé pour avoir servi d'outil de désinformation et de manipulation politique, Mark Zuckerberg a assuré avoir engagé "une course aux armements" contre "des gens en Russie dont le travail est d'exploiter nos systèmes et autres systèmes internet". Il a aussi confirmé que Facebook coopérait avec l'équipe du procureur spécial Robert Mueller, qui enquête sur l'ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016. "Je ne suis pas au courant d'une convocation mais je sais que nous travaillons avec eux", a-t-il déclaré.

"Il y aura toujours une version de Facebook qui sera gratuite"

Le sénateur Bill Nelson a demandé à Mark Zuckerberg s'il avait l'intention de proposer une version payante de Facebook aux utilisateurs qui souhaitent que leurs données personnelles ne soient pas utilisées à des fins commerciales. Réponse : "Il y aura toujours une version de Facebook qui sera gratuite. (...) Nous estimons que nous devons apporter un service que tout le monde peut s'offrir".

Sans dire clairement qu'une partie de Facebook pourrait devenir payante, Mark Zuckerberg a expliqué : "Si vous voulez une expérience sans publicités ciblées, vous pouvez désactiver cette option. Mais les gens n'aiment pas les publicités qui ne sont pas pertinentes, ils préfèrent  les publicités pertinentes. Sans publicité, nous aurions besoin d'un autre modèle économique."

"Votre contrat de service craint"

Les sénateurs ont aussi largement questionné Mark Zuckerberg sur le manque de clarté de ses conditions d'utilisation. Le sénateur John Kennedy, tranchant avec le ton généralement courtois de ses collègues, lui a lancé : "Votre contrat de service craint". "Je ne veux pas avoir à voter pour réglementer Facebook mais bon Dieu, je le ferai", a-t-il lancé au trentenaire, qui doit être entendu mercredi par une commission de la Chambre des représentants.

Facebook pas opposé à une "bonne" réglementation

Plusieurs élus ont évoqué la possibilité d'une loi plus stricte pour réguler l'activité des géants du web, qui s'inspirerait du règlement européen sur la protection des données. "Notre position n'est pas qu'il ne devrait pas y avoir de réglementation. Mais nous voulons être certains que c'est la bonne réglementation", a répondu Mark Zuckerberg. Il a notamment fait valoir qu'une réglementation plus stricte pourrait compliquer la création de nouvelles start-ups, tout en refusant de s'engager à défendre une telle loi.

"M. Zuckerberg, pourriez-vous dire à tout le monde ici dans quel hôtel vous avez dormi hier soir ?"

Lorsque le sénateur démocrate Dick Durbin a demandé à Mark Zuckerberg s'il partagerait le nom de l'hôtel où il avait passé la nuit précédente, le patron de Facebook a refusé de répondre. "Voudriez-vous nous dire avec qui vous avez échangé des messages la semaine dernière ?". Non plus. "C'est bien de cela dont on parle aujourd'hui : votre droit à la vie privée. Il s'agit de votre droit et de savoir si vous êtes prêt à l'abandonner afin, je cite, de connecter le monde. Tout le monde devrait pouvoir contrôler la façon dont ses données sont utilisées", a conclut Dick Durbin, face à un Mark Zuckerberg déstabilisé.

"Vous ne pensez pas que vous avez le monopole ?"

Interrogé par le sénateur républicain Lindsey Graham, Mark Zuckerberg s'est montré incapable de citer un concurrent à Facebook. Le PDG a d'abord évoqé les géants du web comme "Google, Apple, Amazon et Microsoft""Si je suis lassée de Facebook, à quel réseau social équivalent puis-je m'inscrire ?, l'a coupé l'élu républicain. Je parle de vos vrais compétiteurs." Alors que Mark Zuckerberg tentait d'éluder, Lindsey Graham a insisté : "Vous ne pensez pas que vous avez le monopole ?" Provoquant quelques rires, le PDG de Facebook a répondu qu'il "n'avait certainement pas cette impression".

"Je ne connais pas la réponse, mais je reviendrai vers vous."

A plusieurs reprises, Mark Zuckerberg a agacé les élus en n'étant pas capable de répondre à des questions simples, mais sensibles : "Facebook trace-t-il les données de navigation des internautes, même quand il ne sont pas connectés ?" ou encore "D'autres applications ont-elles pu récupérer de grandes quantités de données ?" "Des mineurs ont-ils pu être concernés par la collecte de données d'appels téléphoniques ?" "Combien de temps gardez-vous les données des utilisateurs qui suppriment leur compte ?"

"Je l'ignore""mes équipes vous tiendront au courant", "je reviendrai vers vous", a répondu Mark Zuckerberg. Le PDG de Facebook a promis plusieurs fois de faire connaître des réponses supplémentaires aux sénateurs, mais de nombreux élus ont fait part de leur "scepticisme" face à ses réponses peu convaincantes.