Affaire Maurice Audin : "C'est l'aboutissement d'un long travail qui a été fait par la famille"

Emmanuel Macron a reconnu jeudi la responsabilité de l'Etat dans la disparition de Maurice Audin. Ce militant communiste a été arrêté et torturé par des militaires français à Alger en 1957, en pleine guerre d'Algérie, avant de disparaître.

Maurice Audin a disparu après son arrestation le 11 juin 1957. (photo non datée)
Maurice Audin a disparu après son arrestation le 11 juin 1957. (photo non datée) (STF / AFP)

Emmanuel Macron a reconnu pour la première fois jeudi 13 septembre la responsabilité de l'État dans la disparition de Maurice Audin, un militant communiste disparu en 1957 en pleine guerre d'Algérie. Il a été arrêté et torturé par des militaires français à Alger. "C'est l'aboutissement d'un long travail qui a été fait par la famille Audin", a réagi sur franceinfo Jean-Charles Deniau, journaliste, réalisateur de documentaires et auteur (notamment de La vérité sur la mort de Maurice Audin, paru aux éditions des Équateurs).

franceinfo : cette reconnaissance est-elle une surprise, un aboutissement ?

Jean-Charles Deniau : Bien sûr, c'est un aboutissement. C'est l'aboutissement d'un long travail qui a été fait par la famille Audin, par le comité Audin et c'est un long travail qui a été fait par différents historiens. J'ai apporté ma petite pierre en rencontrant le général Aussaresses et j'ai fait mon enquête de mon côté avec les témoins qui étaient encore vivants au moment où j'ai écrit mon livre.

Vous concluez que Maurice Audin a été tué par un sous-officier français sur ordre répercuté par le général Aussaresses. Est-ce que cela veut dire que c'est l'histoire officielle ?

Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que c'est l'hypothèse la plus vraisemblable. Si Maurice Audin était mort sous la torture, pourquoi le général Aussaresses ou les autres ne l'auraient-ils pas dit, puisque c'était le lieutenant Charbonnier qui pratiquait la torture et il est mort depuis 1995 ? C'était donc une solution idéale pour l'armée.

Là, l'hypothèse qui est avancée par le général Aussaresses est la pire de toutes : c'est un assassinat délibéré sur ordre venant du général Massu avec l'accord du gouverneur général qui était Robert Lacoste. Lorsque le président de la République parle de système d'État, c'est tout à fait vrai. C'est tout à fait comme ça que ça s'est passé.

Cette reconnaissance est-elle un geste historique ?

Ce système est connu depuis longtemps. C'est reconnu pour la première fois officiellement, mais tous les historiens savent qu'au moment de la bataille d'Alger, à partir de janvier 1957, les pleins pouvoirs étaient donnés à Massu. D'ailleurs le général Aussaresses, capitaine à l'époque, ne s'y est pas trompé quand il disait : "le jour où Massu m'a donné cette mission, je savais que ma carrière était foutue, je savais que ma vie allait basculer."

Cette reconnaissance ouvre-t-elle la porte à d'autres ?

Bien sûr. Je viens de terminer la réalisation d'un documentaire sur le massacre d'Oran, le 5 juillet 1962. Il y a 700 disparus assassinés, enlevés et la plupart des familles ne savent pas ce que sont devenus leurs parents, leurs frères, leurs sœurs. Connaître la vérité sera difficile mais beaucoup d'historiens ont travaillé sur ce massacre.