"Violeur de la Sambre" : pourquoi l'enquête a-t-elle été aussi longue ?

Dino Scala a été mis en examen pour "viols et agressions sexuelles", après avoir sévi près de trente ans dans le nord de la France. 

L\'entrée du village de Pont-sur-Sambre, près de Maubeuge (Nord), le 1er mars 2018.
L'entrée du village de Pont-sur-Sambre, près de Maubeuge (Nord), le 1er mars 2018. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)
avatar
franceinfoFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Il aura fallu trente ans de traque pour l'arrêter. Dino Scala, un ouvrier de 57 ans domicilé à Pont-sur-Sambre, près de Maubeuge (Nord), a été mis en examen, mercredi 28 février, pour "viols et agressions sexuelles". Ce dernier a reconnu les faits pour les 19 crimes faisant l'objet d'une information judiciaire ouverte en 1996, après un premier viol en 1988. Mais le suspect "évalue le nombre de ses victimes à une quarantaine", en majorité des femmes majeures mais aussi des mineures, a assuré le procureur de la République de Valenciennes, Jean-Philippe Vicentini. 

C'est une dernière agression, commise le 5 février à Erquelinnes (Belgique) qui a permis de boucler l'affaire. La Police judiciaire de Lille a identifié Dino Scala grâce à la plaque minéralogique de sa voiture (encore au nom de l'ancien propriétaire), repérée sur le lieu de son forfait et immatriculée en France. "De nombreuses investigations restent à accomplir", a affirmé le procureur. Mais, pourquoi ces dernières ont-elles mis autant de temps à confondre celui que les enquêteurs avaient surnommé au fil des années "le violeur de la Sambre" 

Parce que c'était un homme sans histoires 

Marié, père de trois enfants, grand-père depuis peu, Dino Scala était bien intégré dans sa commune. Cet ouvrier d'entretien pour un sous-traitant de l'usine Jeumont Electric vivait dans une maison individuelle avec son épouse et son fils, selon un voisin interrogé par Le Parisien. "Jamais il n'a eu de geste ou autre chose qui aurait laissé penser... Il n'y avait rien qui présageait qu'il pouvait être comme ça", confie à franceinfo Edwige, la voisine de Dino Scala à Pont-sur-Sambre (Nord). Comme bon nombre d'habitants, elle n'avait rien soupçonné et évoque un "voisin tout à fait normal". Même constat du côté du maire de cette commune de 2 500 habitants. "Il était bien estimé, serviable. [...] On est tombés de haut", a assuré à l'AFP Michel Detrait. 

Ça ne colle pas avec le personnage...Michel Detrait, maire de Pont-sur-Sambreà franceinfo

"Jamais un geste déplacé, ni un mot déplacé. C'est incompréhensible", s'est, de son côté, étonné Willy Lebrun, le président du club de foot local qu'avait lui-même dirigé Dino Scala. Auprès de franceinfo, ce dernier parle encore de "quelqu'un de convivial, prêt à rendre service". D'après Jean-Benoît Moreau, l'avocat du suspect, la famille est "accablée" et "découvre comme tout le monde ce dossier". "C’est quelqu’un qui a toujours été jugé comme bienveillant par ceux qui le côtoyaient. Une personne toujours jugée positivement par les autres", a réagi auprès du Parisien le frère de Dino Scala, qui ne fréquente plus son frère depuis une brouille datant de 2005. Ainsi, comme l'explique le procureur, le suspect "n'attirait pas l'attention".

Parce que son mode opératoire rendait son identification compliquée

De plus, à chaque fois qu'il sévissait, le suspect faisait toujours en sorte de ne pas être reconnu par ses victimes. Il agissait à chaque fois de la même manière, dans l'obscurité matinale. "Les femmes étaient attaquées de dos, très tôt le matin, il portait des gants et avait le visage masqué, en tout ou partie, par exemple par un bonnet", a expliqué le procureur de la République. "Les policiers pensent que l’homme avait pour habitude de frapper au petit matin, avant de se rendre à son travail", complète Le Parisien

Conséquence : les investigations stagnaient, malgré l'établissement d'un portrait-robot par les policiers belges. L'enquête, qui avait accumulé "1 000 procès-verbaux depuis le début" sous le nom de code "le violeur de la Sambre" selon un policier, faisait du sur-place depuis qu'elle avait démarré. "Une centaine de personnes avaient été interpellées et avaient subi des prélèvements" d'ADN... sans résultat. 

Parce qu'il était inconnu des services de police

Enfin, Dino Scala ne figurait pas dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), qui regroupe toutes les empreintes ADN des personnes qui ont été condamnées pour des infractions sexuelles ou certains crimes. Par ailleurs, le suspect n'ayant pas de casier judiciaire, son ADN n'avait jamais été prélevé. "Son profil est connu du fichier depuis des années, simplement il n'a pas de nom", a expliqué sur BFMTV Guillaume Groult, technicien de la police scientifique. En effet, "certaines affaires sont liées de manière certaine puisque la justice a mis en évidence la présence du même profil génétique sur une vingtaine de cas non résolus", écrit Le Parisien

Il n'a jamais été identifié pour une autre infraction, une bagarre, quelque chose qui aurait pu amener à ce que ce monsieur soit identifié.Guillaume Groult, technicien de la police scientifiqueà BFMTV

"Dans les dernières affaires qui ont fait parler la presse, de meurtre ou de crime grave, on a trouvé le responsable dans l'entourage (de la victime, NDLR). Là, c'est quelqu'un qui n'a aucun lien social avec ses victimes. Comment remonter jusqu'à lui si l'on n'a que son profil génétique ? C'est très difficile", poursuit Guillaume Groult. 

Le procureur Jean-Philippe Vicentini a d'ailleurs évoqué, mercredi, une "longue enquête, compliquée, basée sur des éléments assez sommaires". "On n'a jamais eu un élément d'enquête nous permettant de développer quelque chose", a assuré à franceinfo Romuald Muller, le directeur de la police judiciaire de Lille (Nord). Seule la brigade criminelle de la PJ de Lille a d'ailleurs mené l'enquête. Et la présence dans la région d'un violeur en série n'avait pas été ébruitée "hors des cercles de l'enquête", affirme Le Parisien"On n'a eu aucune info. Cette affaire a été verrouillée, on n'en sait pas beaucoup plus que ce qui est paru dans la presse", confie ainsi à franceinfo une source policière régionale.