"Un voisin normal" : Pont-sur-Sambre sous le choc de "l'impensable"

La commune de Pont-sur-Sambre (Nord) vit avec sidération la mise en examen d'un de ses habitants, un violeur présumé recherché depuis plus de 20 ans, qui a participé à la vie locale auprès des jeunes.  

L\'entrée de la commune de Pont-sur-Sambre, dans le Nord.
L'entrée de la commune de Pont-sur-Sambre, dans le Nord. (BELLOUMI / MAXPPP)

Près de Maubeuge (Nord), la commune de Pont-sur-Sambre reste sous le choc, jeudi, après la mise en examen d'un de ses habitants pour des viols et des agressions sexuelles en série, remontant pour certains faits, à plus de 20 ans. Que ce soit dans son quartier, sa rue ou le club de football qu'il a présidé, chacun cherche à comprendre l'impensable. 

"Rien ne laissait présager..."

Les enfants du quartier montrent le chemin, "après la petite ruelle", qui conduit à une petite maison en brique rouge, devant laquelle le violeur présumé a été interpellé, lundi. L’ouvrier de maintenance dans une usine de la région se rendait alors au travail.

Pont-sur-Sambre sous le choc de "l'impensable" - un reportage de Benjamin Illy
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Aujourd'hui, seuls des journalistes osent encore frapper à la porte. "C’est interdit, dehors", crie une femme. À proximité de cette maison, une habitante, Edwige, accepte de parler de son voisin et de l'affaire qui l'a choquée. 

Edwige, voisine du domicile du violeur présumé de Pont-sur-Sambre.
Edwige, voisine du domicile du violeur présumé de Pont-sur-Sambre. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Edwige évoque un "voisin tout à fait normal".

Au début, on n’ose pas y croire. Jamais il n’a eu de geste ou autre chose qui aurait laissé penser… Il n’y avait rien qui présageait qu’il pouvait être comme ça.Edwige, voisine du violeur présumé de Pont-sur-Sambreà franceinfo

L'onde de choc a vite atteint le club de football de la commune, auquel le violeur présumé a adhéré de 2009 à 2015, où il a été entraîneur, puis président. Mercredi, comme d'habitude, les enfants tapent dans le ballon, l’insouciance en moins. Les jeunes footballeurs posent beaucoup de questions évidemment, indique Pascal Bidois, présent depuis 20 ans au club comme éducateur et entraîneur des jeunes. Que peut-il leur répondre ? "Qu’un de nos anciens dirigeants a fait quelque chose de mal", dit-il, indiquant que l'atmosphère est lourde. Il précise avoir reçu un SMS d’une famille qui se demande, faute d’éclaircissements, si elle peut emmener sa fille au club de sport. "Tant que les gens ne seront pas renseignés, ce sera ça le problème", estime le dirigeant sportif.

On a travaillé cinq ans ensemble, avec ce monsieur. Quelqu’un, c’est regrettable de le dire, d’exemplaire, irréprochable, toujours serviable avec tout le monde.Pascal Bidois, entraîneur des jeunes au club de foot de Pont-sur-Sambreà franceinfo

Pascal Bidois admet qu'il a été sidéré. "Je n’ai pas pu parler pendant un moment parce que c’est une déception. C’est impardonnable", confie-t-il.

À la mairie de Pont-sur-Sambre, une photo sortie des archives montre une équipe de football. L'homme que le maire Michel Detrait pensait si bien connaître pose aux côtés des joueurs.

Dino Scala, le violeur présumé de la Sambre (Nord).
Dino Scala, le violeur présumé de la Sambre (Nord). (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Le maire se remémore de "bons souvenirs", mais "l’image de notre ville est salie", ajoute-t-il aussitôt. Il pense aussi à son fils, "choqué, comme tous les enfants qui ont joué avec lui". Michel Detrait, très ému, regarde attentivement la conférence de presse du procureur de la République de Valenciennes retransmise à la télévision. "Ça fait peur pour les personnes agressées", dit-il.

Le maire de Pont-sur-Sambre, Michel Detrait, regarde la conférence de presse du procureur de la République de Valenciennes, mercredi 28 février. 
Le maire de Pont-sur-Sambre, Michel Detrait, regarde la conférence de presse du procureur de la République de Valenciennes, mercredi 28 février.  (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Les mots du procureur sur les aveux du violeur présumé sont implacables et laissent le maire déboussolé. "Aucun élément ne nous a mis la puce à l’oreille. Encore à l’heure actuelle, on a du mal y croire. J'ai du mal à accepter", réagit-il.

Bien que les faits soient avérés, je ne le vois pas en train de se masquer ou d’attaquer des personnes, des jeunes filles. Malheureusement, derrière chaque personnage, peut se cacher un être méconnu.Michel Detrait, maire de Pont-sur-Sambreà franceinfo

À l'image du maire de Pont-sur-Sambre, de nombreux habitants s'interrogent. Pourquoi n'ont-ils rien remarqué de suspect chez cet homme ? Comment ce voisin, cet ami, cet administré, a-t-il pu dissimuler si longtemps sa part d'ombre ?