Viol à La Rochelle : ce qu'il faut savoir des tests ADN massifs au lycée Fénelon

527 personnes se soumettent à un test ADN à partir de lundi, pour tenter d'identifier l'agresseur d'une élève.

Des lycéens arrivent au lycée Fénelon-Notre Dame, le 14 avril 2014.
Des lycéens arrivent au lycée Fénelon-Notre Dame, le 14 avril 2014. (XAVIER LEOTY / AFP)

Un tel prélèvement massif est inédit dans un établissement scolaire. L'ADN de 527 personnes de sexe masculin, majeures et mineures, doit être prélevé afin de tenter d'identifier l'auteur d'un viol commis en septembre dans les toilettes d'un lycée privé de La Rochelle (Charente-Maritime). La collecte, qui doit durer jusqu'à mercredi 16 avril, a débuté vers 8 heures, dans deux salles de l'établissement d'enseignement catholique Fénelon-Notre Dame. Les résultats des prélèvements sont attendus d'ici un mois.

Qui doit faire ces tests ADN ?

475 élèves, 31 enseignants et 21 autres personnes doivent se soumettre aux prélèvements buccaux, après le viol, fin septembre 2013, d'une élève de 16 ans dans ce lycée situé en centre-ville. Ces prélèvements se feront à l'aide de cotons de tige et seront détruits à la fin de l'enquête. 

527 personnes doivent se soumettre à un test ADN au lycée Fénelon de La Rochelle (Charente-Maritime), à partir du lundi 14 avril, pour tenter d\'identifier l\'agresseur d\'une élève.
527 personnes doivent se soumettre à un test ADN au lycée Fénelon de La Rochelle (Charente-Maritime), à partir du lundi 14 avril, pour tenter d'identifier l'agresseur d'une élève. (XAVIER LEOTY / AFP)

Les familles n'ont été avisées de l'affaire et de l'opération que jeudi dernier, rapporte Le Figaro"Tout s'est fait si vite que j'ai pensé tout d'abord à une blague", explique une mère de famille au quotidien. "Les familles auraient dû être informées le plus tôt possible, ne serait-ce que pour mettre en garde leurs enfants." "On a peur de tout le monde, même de nos amis. On n'a plus confiance", confie un élève à Europe 1

Pourquoi une telle procédure collective ?

La jeune fille a été violée en pleine obscurité, dans des toilettes de l'établissement, par un homme qui l'a agressée de dos. Elle n'a donc pas été en mesure d'identifier cet homme. La justice ne dispose presque d'aucun indice, si ce n'est une trace ADN retrouvée sur les vêtements de la jeune fille, qui a quitté le lycée au mois d'octobre.

La justice s'est tournée vers cette procédure après plusieurs mois d’enquête infructueuse. "Il a fallu s’assurer de la crédibilité de la jeune fille, selon la procureure Isabelle Pagenelle, rechercher des traces ADN sur ses vêtements, vérifier qu’elles n’appartenaient pas à un de ses proches et les comparer avec les profils enregistrés au fichier national automatisé des empreintes génétiques."

Est-elle courante ?

Il s'agit d'une mesure exceptionnelle, mais pas d'une première dans l'histoire judiciaire française. Le cas le plus emblématique est celui de l'affaire Caroline Dickinson, collégienne anglaise retrouvée assassinée après avoir été violée. En août 1997, tous les hommes de la ville de la ville de Pleine-Fougères ont été invités à se soumettre à un prélèvement d'ADN. Au total, 3 600 tests ont été réalisés.

En France, le recours à cette méthode de prélèvements massifs n'a encore jamais permis de résoudre directement une affaire. Mais elle permet toutefois d'écarter certaines pistes et d'orienter l'enquête.

Quelles conséquences en cas de refus ?

La loi est claire : le prélèvement se fait sur la base du volontariat. Mais un refus peut amener à une garde à vue qui permet de réaliser le prélèvement malgré tout. "Les personnes qui refuseraient de s’y soumettre seront convoquées au commissariat, leur refus étant susceptible de faire peser sur elles des soupçons, pouvant aller jusqu’à justifier une garde à vue", peut-on lire dans le courrier adressé par le lycée, que publie le journal.

Mais pour l'avocat pénaliste Joseph Cohen-Sabban, interrogé par Le Figaro.fr, la pression exercée est "un détournement de la loi inacceptable". "Avec de telles menaces, on exerce une pression folle sur les parents qui ne veulent évidemment pas une garde à vue pour leurs enfants", juge-t-il. Il rappelle que "quand on est placé en garde à vue, notre nom apparaît alors dans le Stic, le Système de traitement des infractions constatées. (...) Le nom du mineur sera associé à une affaire criminelle. Cela pourra définitivement entraver sa carrière s'il se destine à devenir policier ou s'il veut travailler sur une zone aéroportuaire. Ces métiers lui seront interdits."