Saint-Etienne-du-Rouvray : où en est l'enquête ?

Les enquêteurs tentent de savoir si les deux terroristes ont bénéficié de soutiens ou d'une assistance. 

L\'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 27 juillet 2016.
L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 27 juillet 2016. (MAXPPP)

Cinq jours après le sauvage assassinat d'un prêtre dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), deux personnes ont été mises en examen, dimanche 31 juillet. Un réfugié syrien détenu depuis jeudi a été laissé libre. Voici ce que l'on sait de l'enquête. 

Deux connaissances de Petitjean mises en examen

Deux connaissances d'Abdel Malik Petitjean, l'un des deux terroristes qui ont tué le père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray, ont été mises en examen dans le cadre de deux enquêtes distinctes.

Le premier, Jean-Philippe J., 20 ans, fiché "S", avait tenté de rejoindre la Syrie en juin avec Abdel Malik Petitjean. Il s'était rendu le 10 juin en Turquie avec ce dernier, mais il avait été refoulé du pays le lendemain. Petitjean, qui n'était pas à l'époque signalé pour radicalisation, était aussi rentré en France. Jean-Philippe J. est mis en examen dans une enquête distincte de celle ouverte sur la prise d'otages du 26 juillet. "Il a sollicité un débat différé devant le juge des libertés et de la détention et, dans l'attente, a été incarcéré provisoirement", a précisé le parquet de Paris.

Le deuxième est un cousin d'Abdel Malik Petitjean. Il est mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle" et a été écroué. Selon le parquet, Farid K., 30 ans, originaire de Nancy, "avait parfaitement connaissance, si ce n'est du lieu et du jour précis, de l'imminence d'un projet d'action violente de son cousin".  Selon L'Est Républicain, cet habitant d'Heillecourt s'était "présenté à la police dans les heures qui ont suivi la tragédie de Saint-Étienne-du-Rouvray". C'est chez cet homme qu'Abdel Malik Petitjean était censé se trouver le jour du drame, selon sa mère.

Un demandeur d'asile et un mineur relâchés

Un mineur de 16 ans avait été placé en garde à vue dès mardi, quelques heures après l'attaque contre l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Il a été relâché samedi. Mais il n'en a pas fini avec la justice : des documents de propagande jihadiste ont été retrouvés dans son téléphone et dans son ordinateur. Ces éléments ont été transmis par le parquet de Paris à son homologue de Rouen, territorialement compétent et qui pourrait décider d'ouvrir une procédure distincte pour "apologie du terrorisme".

Le frère de cet adolescent, Adel Bouaoun, intéresse les enquêteurs : proche d'Adel Kermiche, il est parti dans la zone irako-syrienne en 2015. Les services antiterroristes se demandent s'il a pu jouer un rôle depuis la Syrie dans l'attentat de mardi.

Un demandeur d’asile syrien a, lui, été relâché dimanche. Interpellé à Vichy (Allier) jeudi soir, il avait été transféré à Paris, selon La Montagne, qui affirme que "ce jeune homme ne serait pas connu pour être radicalisé et ne ressortait d’aucun fichier de renseignement". Les enquêteurs cherchaient à savoir pourquoi la photocopie de son passeport avait été retrouvée au domicile d'Adel Kermiche. Mais, "au final, aucun élément n'a démontré qu'il avait une quelconque implication dans les faits", selon une source proche de l'enquête.

Deux autres personnes ont été relâchées après avoir été entendues. Il s'agit de la sœur d'Abel Malik Kermiche et de son compagnon. Interpellés mercredi, ils ont été libérés jeudi soir.

Un homme mis en examen pour possession d'une vidéo 

Un autre homme de 19 ans fiché "S" (signalé pour radicalisation) et arrêté le 25 juillet à Mantes-la-Jolie (Yvelines) dans une enquête distincte des services de renseignement a été mis en examen vendredi 29 juillet. Une vidéo d'Abdel Malik Petitjean, dans laquelle celui-ci prêtait allégeance à l'EI et évoquait "une action violente", a été retrouvée dans un téléphone à son domicile. Selon Le Monde, la vidéo a été "partagée sur un groupe privé de la messagerie sécurisée Telegram, dont est membre" cet homme. 

Un proche renvoyé en France depuis Genève

Un mineur de 17 ans a été arrêté le 20 juillet à la gare de Genève-Cornavin, six jours avant l'attaque de l'église. Il s'agit d'un ami d'Adel Kermiche habitant près de Rouen. Sous le coup d'un mandat d'arrêt international, il a été interpellé par les autorités suisses, puis transféré en France où il a été mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" le 24 juillet, puis placé en détention provisoire. 

Selon des informations de la Tribune de Genève, il était déjà passé par Genève en mai 2015 avec Adel Kermiche pour tenter de gagner la Syrie. A ce stade, "rien ne montre qu'il ait une quelconque implication" dans l'attentat de mardi, a cependant averti une source proche de l'enquête.