Attentat déjoué à Paris : Valls et Cazeneuve communiquent-ils trop ?

Le Premier ministre a été obligé de démentir tout lien entre la communication sur le projet d'attentat de Sid Ahmed Ghlam et le projet de loi sur le renseignement. 

Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, le 22 avril 2015 à l\'Elysée. 
Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, le 22 avril 2015 à l'Elysée.  (MIGUEL MEDINA / AFP)

Une conférence de presse du procureur de la République, un point-presse de Bernard Cazeneuve, un discours de Manuel Valls, une intervention de François Hollande pour rappeler l’importance du projet de loi sur le renseignement pour protéger les Français... L'exécutif n'a pas lésiné sur les moyens autour de l'annonce, mercredi 22 avril, de l'arrestation de Sid Ahmed Ghlam. Cet étudiant de 24 ans est suspecté d'avoir assassiné une jeune femme à Villejuif (Val-de-Marne), dimanche 19 avril, et d'avoir projeté de commettre un attentat contre deux églises de cette même ville francilienne.

Un dispositif qui peut surprendre, lorsque l'on se rappelle que, le 3 novembre, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, avait été ferme, en assurant qu'il ne parlerait jamais des attentats déjoués, car "il n'est pas nécessaire de parler de ce qui se fait, et qui est de nature à protéger les Français". L'exécutif en a-t-il trop fait, alors qu'est en ce moment débattu le projet de loi sur le renseignement ? Francetv info revient sur ce début de polémique.

Pour la droite, une "surexploitation" de l'événement

Pour le porte-parole de l'UMP, Sébastien Huyghe, le gouvernement fait clairement de la "communication à outrance". "Pour faire passer sa loi sur le renseignement, il a besoin de convaincre les députés PS qui sont récalcitrants à voter ce texte, ainsi que les écologistes et les communistes", analyse le député UMP, contacté par francetv info. "Et, au delà des députés, ce sont les électeurs de gauche que le gouvernement tente de séduire."

Le député UMP Henri Guaino dénonce quant à lui une "une surexploitation et une surdramatisation qui créent une angoisse générale". Invité de BFMTV, jeudi 24 avril, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy estime que le Premier ministre et le président de la République "en font trop". "Je trouve que ce n'est pas une bonne chose de les voir tout le temps devant les micros pour commenter."

Pour un ancien juge, une gêne pour les enquêteurs

Cette communication peut-elle constituer un danger ou un handicap pour le travail des enquêteurs ? C'est l'avis de Gilbert Thiel, ancien juge antiterroriste, interrogé sur Europe 1, jeudi. En annonçant l'arrestation du suspect, "ceux qui ont pu prêter assistance à ces individus sont désormais au courant de son interpellation, ce qui leur permet d'être renseigné sur l'état d'avancement du dossier".

L'ancien juge reconnaît toutefois que le gouvernement était de toute manière dans l'obligation de communiquer, puisqu'un suspect a été arrêté. "On ne peut pas faire disparaître une personne interpellée d'un coup de baguette magique", ajoute l'ancien magistrat, qui rappelle que le ministre de l'Intérieur a certes annoncé que cinq attentats avaient été déjoués, mais qu'il n'avait donné aucune information compromettante sur les autres enquêtes en cours.

Pour Manuel Valls, pas de communication opportuniste

Sur France Inter, jeudi 23 avril, Manuel Valls a en tout cas tenu à faire taire "les mauvaises langues". Pour lui, l'attentat déjoué et la loi sur le renseignement ne sont pas liés, puisque cette dernière a été décidée après "un long travail parlementaire" . Balayant la polémique, le Premier ministre a appelé à "être à la hauteur de la situation, c'est-à-dire de la menace. Garder de la gravité, privilégier l'intérêt général".