VIDEO. Attentats du 13-Novembre : "La France reste la cible numéro un", selon un spécialiste des questions du terrorisme

Quatre ans après les attentats du 13-Novembre, Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques à l’ULB à Bruxelles a fait état de menaces persistantes contre la France. 

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"La France reste la cible numéro un", a estimé Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques à l’ULB à Bruxelles mercredi 13 novembre, quatre ans après les attentats du 13-Novembre 2015. "La loi sur la laïcité est perçue comme une loi islamophobe et vous ajoutez les polémiques dont la France est spécialiste, la question du voile et toutes ses dérives politiques, et vous vous retrouvez avec une situation de victimisation, une situation extrêmement favorable pour des individus qui peuvent se sentir stigmatisés", poursuit celui qui est également auteur de Daech, la suite.

franceinfo : Doit-on craindre un nouveau 13-Novembre ?

Sébastien Boussois : La menace reste extrêmement importante. Quelle que soit la situation de Daech sur le terrain, c'est-à-dire déstructurée, la menace est beaucoup plus importante parce qu'elle est "explosée". Avant, nous avions un territoire circonscrit, qui était gérable où tous les jeunes s'étaient rendus pour faire le jihad en Syrie et en Irak. Aujourd'hui, la situation a un peu changé, Daech s'est effondré, le régime de Bachar al-Assad s'est renforcé et la situation en Irak est préoccupante. Nous avons aujourd'hui tout le terreau favorable, qui était le même au moment de la naissance de Daech, c'est-à-dire des véritables raisons de vouloir continuer à mener le combat là-bas mais aussi ici.

La France reste-t-elle une cible privilégiée des terroristes ?

La France reste la cible numéro un. Daech a toujours visé sur les terrains où il y avait le plus grand nombre de musulmans. Parce que dans les processus de recrutement, plus vous visez large et plus vous pouvez attirer un certain nombre d'individus. Et la loi sur la laïcité est perçue comme une loi islamophobe et vous ajoutez les polémiques dont la France est spécialiste, la question du voile et toutes ses dérives politiques, et vous vous retrouvez avec une situation de victimisation, une situation extrêmement favorable pour des individus qui peuvent se sentir stigmatisés.

Le profil a-t-il évolué ?

Les profils ont beaucoup évolué entre 2012 et 2015, surtout au moment où al-Baghdadi a appelé les individus à ne plus partir. Nous avons une transformation et un "enrichissement" des profils. Au départ, nous étions sur des profils jeunes, en crise identitaire, issus de l'immigration, issus de catégories socio-professionnelles défavorisées. Nous évoluons vers des profils de convertis, mais également des mineurs et des femmes extrêmement idéologisées que nous avions sous-estimés avant.

Le recul de Daech ne rend-il pas son recrutement plus compliqué ?

Il faut déjà gérer ceux qui sont sur place. Le Conseil de sécurité des Nations Unies a estimé à 20 à 30 000 le nombre d'individus qui pouvaient représenter un pouvoir de nuisance pour nous comme au Moyen-Orient. Il y a aussi la question du retour des jihadistes. Il faut absolument les rapatrier pour des raisons de sécurité d'une part, ensuite parce que la région devient extrêmement instable et qu'ils soient pris du côté de la Syrie ou de la Turquie, ils deviennent une monnaie d'échange. Il y aussi la question des mineurs. Vous avez 250 à 300 mineurs qui se réveilleront un jour vers 15-18 ans et qui comprendront que l'Etat les a abandonnés, que leur société les a abandonnés et là ils représenteront une menace.

Combien de jihadistes y a-t-il encore aujourd'hui ?

Sur une armée estimée à 80 000, on est à 20 à 30 000 combattants qui, soit ont été dans les camps, soit se sont "carapatés" lors de l'opération turque, soit ils se sont redéployés dans d'autres terres de jihad, c’est-à-dire Afghanistan, Libye et Sahel. Le Conseil de sécurité des Nations Unies dans son rapport du 15 juillet estimait le nombre de 20 000 individus et les ressources de Daech entre 50 millions et 300 millions de dollars cachés, en cash ou sur les comptes de proches de jihadistes.

Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques à l’ULB à Bruxelles, était l\'invité de franceinfo mercredi 13 novembre 2019. 
Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques à l’ULB à Bruxelles, était l'invité de franceinfo mercredi 13 novembre 2019.  (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)