13-Novembre : "Après avoir frôlé la mort il y a trois ans, j'ai décidé de profiter de la vie"

Daniel Psenny, journaliste au "Monde", avait filmé la fusillade du Bataclan depuis la fenêtre de son appartement et avait été blessé. Trois ans après les attaques, il se confie à franceinfo.

Daniel Psenny, à la fenêtre de son appartement, à Paris, le 11 novembre 2016.
Daniel Psenny, à la fenêtre de son appartement, à Paris, le 11 novembre 2016. (MIGUEL MEDINA / RADIOFRANCE)

Un hommage national est rendu mardi aux victimes des attaques du 13 novembre 2015. Daniel Psenny, journaliste au Monde, avait filmé la fusillade du Bataclan depuis la fenêtre de son appartement et avait été blessé. "L'important, c'est de continuer d'aller au restaurant, d'aller au cinéma, de prendre l'avion et de ne pas avoir peur", a-t-il raconté mardi 13 novembre sur franceinfo.

franceinfo : Comment vous sentez-vous ?

Daniel Psenny : Après avoir frôlé la mort, il y a trois ans, j'ai décidé de profiter de la vie et de changer de vie complètement. Je suis observateur et toujours engagé dans cette vision du monde et dans ce qui s'est passé.

Après avoir filmé, vous êtes descendu dans la rue pour secourir un homme et vous avez été blessé. Qu'est devenu cet homme ?

C'était un Américain, il s'appelait Matthew, il est retourné aux États-Unis. On s'est revu plusieurs fois avant qu'il quitte Paris. C'est une drôle de relation parce que de fait, si on ne l'avait pas sauvé de la rue, il n'aurait pas survécu. Il y a un lien qui s'est noué et nous sommes en relation lui et moi. Je pense à lui aujourd'hui.

Cette journée est-elle plus difficile que les autres ?

Pas plus difficile. La résilience se fait petit à petit. J'ai choisi de vivre, donc d'aller le plus vite possible dans cette résilience, c'est-à-dire de changer de vie, de profiter de ce qu'il y a autour. Simplement, on est confronté à beaucoup de choses quand on est victime. Il faut se reconstruire, mais il y a les choses administratives, le parcours du combattant de la victime. Malgré le fait qu'on ait institué le fonds de garantie pour les victimes de terrorisme, c'est très compliqué de progresser.

Trois ans après, où en est votre procédure d'indemnisation ?

C'est un peu le télescopage de l'histoire ou une forme d'ironie parce que c'est seulement hier que j'ai eu une proposition du fonds de garantie après beaucoup de négociations. Je ne sais pas si c'est la moyenne pour les autres victimes. Finalement, c'est assez simple, mais il y a beaucoup d'obstacles à surmonter. Il y a une grille qui est proposée aux avocats des victimes avec les différents préjudices. Selon la jurisprudence et votre taux d'incapacité ou d'invalidité, cela donne une somme que l'on vous propose. Après, c'est aux avocats et aux victimes d'estimer que c'est bien ou pas bien. Il suffit de dire oui ou non. Au bout de trois ans, si on refuse, il faut aller devant les tribunaux : ça relance la machine et c'est peut-être compliqué pour des victimes.

Cela a-t-il été difficile pour vous ?

En France, il y a le fonds de garantie, mais tout ce qui est autour, les administrations notamment, c'est compliqué. L'erreur qui a été faite par le président Macron, c'est d'avoir supprimé le secrétariat d'État aux victimes qui centralisait tous les problèmes.

Qu'est ce qui a le plus changé chez vous depuis l'attentat ?

L'important c'est de continuer d'aller au restaurant, d'aller au cinéma, de prendre l'avion et de ne pas avoir peur. La victoire face au terrorisme c'est de ne pas avoir peur. Même pas peur. Et c'est important pour tout le monde y compris ceux qui n'ont pas été blessés.