"Quand j'ai appris que Frank Berton allait défendre Salah Abdeslam, je suis restée scotchée"

Agnès Asnar, qui a perdu son frère dans l'attentat contre le café Argana de Marrakech en 2011, a vu le nouvel avocat de Salah Abdeslam défendre des victimes du terrorisme.

Frank Berton, l\'avocat de Salah Abdeslam, le 27 avril 2016 au palais de justice de Paris.
Frank Berton, l'avocat de Salah Abdeslam, le 27 avril 2016 au palais de justice de Paris. (MATTHIEU ALEXANDRE / AFP)

"Je crois qu'il faut être un peu schizophrène pour être avocat !" Interrogée par téléphone au lendemain de l'annonce par Frank Berton qu'il défendrait Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats de Paris, Agnès Asnar parvient à manier l'ironie. Elle n'a pourtant pas vraiment le cœur à rire : ce jeudi 28 avril marque en effet le cinquième anniversaire de la mort de son frère Eric, tué dans un attentat islamiste perpétré au café Argana, en plein cœur de Marrakech.

Durant le procès au Maroc, à l'issue duquel le principal responsable de l'attaque a été condamné à la peine capitale en 2013, Agnès Asnar a été un témoin privilégié des talents de Frank Berton. L'avocat du barreau de Lille défendait en effet les intérêts d'une autre famille de victimes, les Dewailly, dont la fille de 10 ans est morte dans l'explosion. 

J'ai voulu lui écrire un SMS pour lui dire "Tu déconnes !"

"Quand j'ai appris, hier matin, que Frank Berton allait défendre Salah Abdeslam, je suis restée scotchée", avoue Agnès Asnar à francetv info. Cette Marseillaise, qui s'est engagée depuis le drame de 2011 dans une association d'aide aux victimes du terrorisme, précise qu'elle "ne conteste pas le droit d'Abdeslam à bénéficier d'une défense".

Mais après avoir assisté aux plaidoiries de Frank Berton contre le terrorisme, le voir aujourd'hui sur un plateau de télévision se préparer à défendre Salah Abdeslam m'a donné envie de lui envoyer un SMS pour lui dire "Tu déconnes !"Agnès Asnarà francetv info

Elle ne sait pas comment la famille Dewailly a vécu la nouvelle, rendue publique la veille du cinquième anniversaire de l'attentat de Marrakech. "Ils se tiennent très en retrait des événements. J'imagine que cela doit être compliqué pour eux, car Frank Berton est encore leur avocat au civil. Mais j'interprète…"

"Ne pas oublier 2011"

Salah Abdeslam n'est pourtant pas le premier terroriste défendu par l'avocat lillois. Frank Berton avait en effet déjà été l'avocat de Smaïn Aït Ali Belkacem, membre du Groupe islamique armé condamné en 2003 pour avoir été l'un des principaux responsables des attentats qui ont frappé la France en 1995. Il avait abandonné ce rôle quand son client était revenu sur ses aveux. Agnès Asnar l'ignorait. "Vous savez, tant que l'on est pas touché directement par le terrorisme, tout cela semble assez lointain", s'excuse-t-elle presque.

Alors qu'une journée de commémoration est prévue jeudi, place Jemaa el-Fna, Agnès Asnar se bat pour que l'attentat de Marrakech ne soit pas oublié par les médias et les responsables politiques. "Dix-sept personnes, dont huit Français, parmi lesquels se trouvait une petite fille de 10 ans ont été tuées ce jour-là. Le café Argana a été visé parce qu'il était très fréquenté par la communauté française. C'est notre pays qui était la cible", explique-t-elle.

Nous étions à l'aube des attentats que nous connaissons aujourd'hui, et pourtant, il n'existe aucune stèle en France à la mémoire de toutes les victimes. Cet attentat doit être reconnu, comme l'attaque du musée tunisien du Bardo ou celle du Bataclan. Il ne faut pas oublier 2011.Agnès Asnarà francetv info