"Permettre à ceux qui ne sont pas défendables d'être défendus" : l'avocat Juan Branco assume d'avoir proposé de défendre Salah Abdeslam

L'avocat a reconnu au micro de Sud Radio avoir proposé au seul membre encore en vie des commandos terroristes du 13 novembre 2015 de le défendre, en octobre 2016.

L\'avocat Juan Branco le 22 février à Paris à la fenêtre de son bureau.
L'avocat Juan Branco le 22 février à Paris à la fenêtre de son bureau. (MARTIN BUREAU / AFP)

Son nom associé à l'affaire Griveaux réapparait, cette fois en lien avec le seul survivant des commandos terroristes des attentats du 13 novembre 2015. L'avocat Juan Branco a écrit au terroriste Salah Abdeslam en octobre 2016, alors que ce dernier est incarcéré à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, comme l'a révélé, samedi 22 février, l'hebdomadaire d'extrême droite Valeurs actuelles. Invité de Sud Radio, lundi matin, l'avocat a confirmé être l'auteur de cette lettre. 

"Une erreur ? Pas du tout, au contraire"

Dans ce courrier reproduit par le magazine, l'avocat propose à Salah Abdeslam de devenir son conseil. Les avocats du terroriste, le Français Franck Berton et le Belge Sven Mary, viennent d'annoncer qu'ils renoncent à défendre leur client, justifiant leur décision par son refus de parler, comme le rappelle Le Monde. "Je partage votre ressenti quant à la nécessité d'imposer une radicalité dans votre ligne de défense", peut-on lire dans la missive paraphée par Juan Branco. "Je vous recommande donc de poursuivre dans votre voie, mais vous recommande de vous faire accompagner." "Il n'y a aucune raison de s'insérer dans le système tel qu'il existe aujourd'hui, de le contester de l'intérieur", est-il encore écrit, en référence à l'attitude du terroriste devant les juges.

Le ton de la lettre joue tantôt sur ce qui rapproche les deux hommes et sur ce qui les sépare. "J'ai votre âge, et je suis un enfant que ce pays ne considère jamais comme sien. Je suis un fils d'immigré. J'ai fait le choix de la résistance. Celle de l'intérieur. Vous, de violence. Celle de l'extérieur. Nos choix ne sont pas compatibles. Ils ne sont pas partageables."

Juge-t-il a posteriori que c'était "une erreur" de proposer son aide au terroriste ? "Pas du tout, au contraire", a-t-il tranché sur Sud Radio. "Je prends la robe qu'on essaie de me retirer aujourd'hui pour une raison très simple : pour permettre à ceux qui ne sont pas défendables d'être défendus." 

"Une cabale médiatique"

Quand on écrit ce type de courriers, "on sait très bien que ces lettres seront interceptées et seront utilisées par un pouvoir aux abois lorsqu'ils chercheront à vous détruire", a assuré Juan Branco au micro de Sud Radio. L'avocat a dénoncé une "cabale médiatique" qui "cherche à attaquer l'avocat parce qu'on n'arrive plus à attaquer le client""On essaie d'utiliser cette correspondance pour essayer de dégrader un avocat qui est par ailleurs défenseur d'une autre personne, Piotr Pavlenski, qui a évidemment fait tomber un des piliers de la macronie", a-t-il estimé.

L'activiste russe Piotr Pavlenski a été mis en examen pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et "diffusion sans l'accord de la personne d'images à caractère sexuel", après la mise en ligne de vidéos à caractère sexuel et de conversations intimes prêtées à Benjamin Griveaux. Face au scandale, le candidat de La République en marche à la mairie de Paris a renoncé en pleine campagne des municipales. Quant à Juan Branco, le bâtonnier de Paris lui a demandé de renoncer à défendre le réfugié politique dans cette affaire, en raison notamment de "l'absence de distance" entre l'avocat et les actions de son client.