Blocs de béton, déplacements secrets, unités d'élite... Comment se prépare le procès de Salah Abdeslam à Bruxelles ?

Le palais de justice de Bruxelles s'est transformé en forteresse, pour accueillir le procès du dernier survivant du commando du 13-Novembre.

Le palais de justice de Bruxelles (Belgique), le 3 février 2018.
Le palais de justice de Bruxelles (Belgique), le 3 février 2018. (ALEXANDROS MICHAILIDIS / SOOC)

Le dernier survivant du commando du 13-Novembre va-t-il parler ? Lundi 5 février commence le procès de Salah Abdeslam, à Bruxelles. Il sera jugé pour sa participation présumée dans une fusillade à Forest, lors de sa cavale. Un procès avant-coureur de sa présentation à la justice française, où il est mis en examen notamment pour participation à une association de malfaiteurs terroriste. Pendant quatre jours, la Belgique sera placée sous haute surveillance, pour un procès hors norme. 

Un palais de justice géant transformé en forteresse

Quelque 116 mètres de haut, 26 000 mètres carrés de surface au sol... l'imposant palais de justice de Bruxelles, plus vaste que la basilique Saint-Pierre de Rome, va être transformé en forteresse pour accueillir le procès de Salah Abdeslam. "Bien évidemment, les mesures de sécurité seront importantes, le palais va être extrêmement sécurisé, a expliqué Luc Hennard, le président du tribunal de première instance à BFMTV. Cela fait partie de la compétence des services de police. La compétence de la justice, c’est de juger les personnes qui comparaissent devant elle, de la manière la plus sereine et la plus normale possible." Il faut dire que le bâtiment, vétuste et perpétuellement en travaux, n'est pas aisé à sécuriser, avec ses 1 530 portes et presque autant de fenêtres.

Les autorités belges ne lésinent donc pas sur les moyens. Entre 100 et 200 policiers seront déployés à l'intérieur et autour du palais de justice, assisté par des hélicoptères, indique Le Figaro. Les voitures ne pourront plus accéder aux rues entourant le bâtiment, ni même se garer dans les parkings aux alentours, où des blocs de béton ont été installés. "Des moyens techniques, permettant de localiser dans le périmètre des personnes enregistrées comme radicalisées, seront mis en œuvre", précise encore le quotidien.

Des contrôles scrupuleux à l'entrée de la salle d'audience

Tout le monde devra aussi se soumettre à un double contrôle avec détecteurs de métaux : à l’entrée du bâtiment puis à l’entrée de la salle d’audience. Même les avocats, d'habitude dispensés. Les portes du palais ouvriront dès 6h30, pour pouvoir absorber le flux de visiteurs, alors que les audiences ne commenceront que trois heures plus tard.

A l'intérieur du bâtiment, la salle d'audience ne peut accueillir que 80 personnes. Selon BFMTV, les téléphones portables et les ordinateurs y seront interdits. Les débats seront également retransmis dans une autre pièce, notamment pour permettre aux journalistes de suivre le procès. Plus de 300 se sont accrédités, selon Le Soir. De son côté, Salah Abdeslam sera placé, comme à l'habitude, face au tribunal, au premier rang de la salle d'audience, tournant le dos au public, et non pas dans un box comme c'est le cas lors des procès d'assises.  

Des transfèrements très discrets

Salah Abdeslam fera les allers-retours tous les jours à Bruxelles, depuis Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Ses trajets seront très surveillés, et l'administration pénitentiaire refuse de donner des détails, autant sur les horaires que sur les moyens de déplacement. Ils pourront ainsi être effectués aussi bien par la route que par hélicoptère, toujours sous escorte d'unités d'élite. La décision sera prise au dernier moment. "Il sera amené par un moyen adéquat, il y aura de la souplesse, différentes possibilités", indiquent simplement les autorités à BFMTV. 

La justice redoute notamment une tentative de suicide ou une potentielle évasion, lors de cette première comparution publique du seul survivant des attentats du 13-Novembre. En septembre, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, avait fait état de "craintes pour sa santé".

Une aile dédiée dans la prison de Vendin-le-Vieil

Au cœur de ce dispositif de sécurité : Salah Abdeslam. Le temps du procès, le prévenu devra délaisser sa cellule de Fleury-Mérogis (Essonne) pour être incarcéré dans la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), située à 130 km du palais de justice de Bruxelles. Il sera seul dans une aile entière, en cours de ré-aménagement, et isolé des autres détenus, indique l'administration pénitentiaire. Toutes les pièces auxquelles il aura accès – à savoir deux cellules, une salle de sport avec rameur, un parloir – seront sous vidéosurveillance, dans des conditions d'isolement identiques à celles de Fleury-Mérogis.