Enquête sur la sécurité à Nice lors de l'attentat : la demande de requalification des faits est un "grand soulagement et un signe d'espoir" pour l'avocate de l'association "Promenade des anges"

Le procureur de Nice a requis la requalification des faits en "homicides et blessures involontaires" dans l'enquête sur le dispositif de sécurité mis en place lors de l'attentat à Nice.
Article rédigé par franceinfo
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La promenade des Anglais, à Nice, où a eu lieu l'attentat du 14 juillet 2016. (VALERIE VREL / MAXPPP)

C'est un "grand soulagement, un signe d'espoir", réagit Virginie Le Roy, l'avocate de l'association "Promenade des anges" ce mercredi sur franceinfo, alors que le procureur de Nice a requis la requalification des faits en "homicides et blessures involontaires" dans l'enquête sur le dispositif de sécurité mis en place lors de l'attentat à Nice. L'attaque au camion avait fait 86 morts et plus de 400 blessés le 14 juillet 2016, sur la Promenade des Anglais.

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"Nous avons, avec l'association "Promenade des Anges", déposé une très longue demande début mai, demandant cette requalification et puis exposant les faits nouveaux à l'appui de cette demande", rappelle l'avocate. Le réquisitoire du procureur est donc pour l'association de victimes et son avocate "vraiment un signe d'espoir parce que ça signifie que les éléments sont sérieux et que l'enquête va pouvoir être réorientée là-dessus et aboutir. Et ça, c'est une grande avancée".

En 2017, l'enquête avait été ouverte pour "mise en danger de la vie d’autrui par violation délibérée d’une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence". Dans cette enquête, indépendante du volet terroriste, quatre personnes sont placées sous le statut de témoin assisté : Christian Estrosi, actuel maire de Nice qui occupait le poste de premier adjoint en 2016, Philippe Pradal, maire en 2016 et actuel député des Alpes-Maritimes, ainsi que l’ancien préfet des Alpes-Maritimes et son ex-directeur de cabinet.

Un risque d'attaque au véhicule bélier "bien connu" 

Pour comprendre pourquoi le procureur a requis une requalification des faits en "homicides et blessures involontaires", il faut se baser sur deux éléments selon Virginie Le Roy : "La première chose, c'est la connaissance de l'attaque". Selon l'avocate, la défense des "intéressés" était qu'ils craignaient une attaque comme celle du Bataclan à Paris, "c'est-à-dire un individu isolé avec une kalachnikov, mais pas la voiture bélier. Au terme de notre note [adressée au procureur qui a requis une requalification], on démontre que ce risque d'attaques au véhicule bélier était connu".

À la fois à travers une interview de 2014, où le directeur de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) "explique qu'il sécurise le marché de Noël de Nice justement pour prévenir le risque d'attaques aux véhicules. Donc, on ne peut pas venir nous dire aujourd'hui que ce risque était méconnu".

Mais aussi dans, "un rapport d'enquête parlementaire en juin 2015 (...) qui fait état des risques d'attaques au véhicule bélier" dont l'un des "membres de cette commission était Monsieur [Christian] Estrosi", l'une des quatre personnes placées sous le statut de témoin assisté.

Des "négligences" et "dysfonctionnement" 

Ensuite, vient le deuxième point de la note adressée au parquet de Nice : "Les négligences, dysfonctionnements qu'on pointe", et il y en a "un certains nombres", détaille l'avocate de l'association "Promenade des anges", c'est "d'abord la question de l'armement. Aujourd'hui, après sept ans d'instruction, on est incapable de savoir quel policier était où, et avec quel armement..."
"On nous dit : 'nous avons prévu, nous avons anticipé une attaque à la kalachnikov'. Je suis désolée, ça ne tient pas la route non plus".

Selon les investigations de Virginie Le Roy, "il y avait très peu d'armement lourd et il va falloir" expliquer "comment des policiers qui sont armés de manière normale, sans armement lourd, peuvent couvrir une zone d'1,8 km avec 30 000 personnes à protéger".

Exploiter la vidéosurveillance

L'avocate a aussi tenu à souligner le caractère "capital" du versement au dossier de la vidéosurveillance, déjà exploitée lors du procès lié au volet terroriste, en décembre 2022 à la cour d'assises spéciale de Paris. "On réitère" cette demande de versement de la vidéosurveillance au dossier parce que "l'exploitation de cette vidéosurveillance permettra aussi d'analyser avec les images quel était le dispositif de sécurité précis, où étaient les policiers et s'ils étaient là", plaide l'avocate.

"Il n'y avait pas dispositif de sécurité", le soir de l'attentat.

Virginie Le Roy

à franceinfo

"Il y a eu énormément de témoignages lors du procès d'assises, de victimes et également de policiers qui ont crié leur désarroi, leur colère parce qu'ils disaient que le soir des faits, sur place, ils n'avaient pas vu un policier. Ou s'agissant des policiers, qu'ils étaient complètement désarmés et n'avaient pas pu faire face parce qu'ils n'étaient pas équipés, parce qu'ils n'étaient pas coordonnés". Pour elle, c'est clair, "il n'y avait pas dispositif de sécurité."

Trois juges d’instruction doivent désormais trancher sur cette demande de requalification des faits dans cette enquête sur les failles du dispositif de sécurité mis en place pour les festivités du 14 juillet 2016 à Nice.

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