L'homme arrêté avec un couteau au pied de la tour Eiffel est renvoyé en hôpital psychiatrique

Le suspect a affirmé en garde à vue vouloir "commettre un attentat contre un militaire". Le jeune homme a déjà été condamné pour "apologie du terrorisme", mais souffre aussi de "gros problèmes psychiatriques".

Des militaires sur l\'esplanade du Trocadéro, à Paris, le 23 avril 2017.
Des militaires sur l'esplanade du Trocadéro, à Paris, le 23 avril 2017. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le parquet de Paris annonce, mardi 8 août, que la garde à vue de l'homme arrêté avec un couteau au pied de la tour Eiffel a été levée et qu'il est renvoyé dans l'hôpital du Val-d'Oise où il était précédemment interné. Un expert psychiatre a conclu à "l'abolition du discernement" du suspect.

Le parquet ouvre par ailleurs, mardi, une information judiciaire des chefs de "tentatives d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en lien avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle", afin, notamment, qu'une nouvelle expertise soit ordonnée, pour "confirmer ou infirmer les premières conclusions de l'expert".

Le profil de cet homme, qui a tenté de franchir un contrôle de sécurité de la tour Eiffel armé d'un couteau samedi soir, se précise. Le suspect avait brandi un couteau en criant "Allah Akbar", avant de se laisser interpeller sans opposer de résistance. Sa garde à vue a été prolongée dimanche soir de 24 heures. Il a lui-même révélé vouloir commettre un attentat contre un militaire lors de son interrogatoire, mais présente aussi de "gros problèmes psychiatriques". Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de cet homme.

C'est un Français de 18 ans

Le suspect, né en Mauritanie, est âgé de 18 ans. Il présente des troubles du comportement depuis son plus jeune âge. Selon l'un de ses anciens camarades de classe, contacté par L'Express, le suspect pouvait se montrer impulsif quand il était adolescent. "Il était perçu comme le rigolo de la classe, mais était aussi insolent et pouvait être violent avec les gens qu'il n'aimait pas", relate le jeune homme, scolarisé avec lui en classe de 4e dans un collège du Val-d'Oise. Selon son ancien camarade de classe, le jeune homme de nationalité française a été exclu du collège après une bagarre.

Le suspect a été suivi par un pédopsychiatre dès son enfance et son arrivée en France, a confirmé un membre de sa famille joint par Le Parisien. "C'est un garçon qui est malade" a assuré un proche de la famille à LCI, précisant que sa situation avait basculé en 2011-2012 quand "il a été agressé par un camarade de classe. Depuis, il a du mal à gérer sa colère." 

Il a été hospitalisé pour ses troubles psychiatriques

Les troubles du jeune homme se sont rapidement détériorés. Il était hospitalisé depuis plusieurs mois dans le service psychiatrique de Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) et sa mesure d'hospitalisation avait été renouvelée le 27 juillet pour six mois. Il était en permission de sortie du 4 au 6 août chez sa famille, qui habite dans le même département.

"Depuis peu, [il] bénéficiait de permissions de sortie de l’hôpital de Persan pour venir nous voir le temps d’un week-end. Lorsque c’était le cas, il s’installait dans le salon" a relaté un membre de la famille au Parisien. Il semblait dans son état normal. C’est un fan du PSG. Peut-être a-t-il voulu tout simplement assister à cette soirée organisée dont il avait vu l’annonce sur BFMTV", et s'approcher de la tour Eiffel aux couleurs du PSG afin de célébrer l'arrivée de l'attaquant Neymar. 

Dans une interview à BFMTV, le père du suspect a détaillé les troubles de son fils, pour lesquels "il a été plusieurs fois hospitalisé". "A chaque fois qu'il est en colère, il voit un homme masqué qui le pousse et qui le conduit à faire des choses." Depuis la montée du "contexte du djihadisme" cependant, ses symptômes auraient changé : "Là, à chaque fois qu'il est en colère, il ne parle plus d'homme masqué, il crie : 'Allah Akbar.'" 

Il a déjà été condamné pour "apologie du terrorisme"

Le jeune homme a déjà été condamné pour "apologie du terrorisme" et "menaces de mort" sur des agents SNCF en décembre 2016. Cette condamnation lui avait valu quatre mois d'emprisonnement avec sursis. Ce dossier était "suivi avec attention", car s'agissant d'un "profil inquiétant, très jeune et avec des problèmes psychiatriques très lourds", a confié une source préfectorale.

Des perquisitions ont été menées dimanche "principalement dans sa chambre d'hôpital", a rapporté une source judiciaire à franceinfo. "Quelques éléments" ont été saisis et sont en cours d'analyse. "Il dit qu'il a des armes qu'il a gardées à la maison, d'après son audition", mais les policiers "n'ont rien trouvé", a expliqué le père du suspect sur BFMTV. Selon une source policière, la famille musulmane pratiquante n'est pas du tout radicalisée. 

En garde à vue, le suspect a révélé qu'"il voulait commettre un attentat contre un militaire et était en lien avec un membre du groupe jihadiste Etat islamique qui l'aurait encouragé à passer à l'acte", selon une source proche du dossier.

Si le parquet avait dans un premier temps écarté la piste terroriste, une enquête a été ouverte après ces révélations pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle" et "tentative d'assassinat sur personnes dépositaires de l'autorité publique". Le jeune homme devait voir un psychiatre dans la journée de lundi. Il restera à démêler, dans cette enquête, ce qui relève de l'intention terroriste ou du trouble psychiatrique.