Producteur passé à tabac : le sociologue Christian Mouhanna espère "une vraie mobilisation sur cette question des violences policières"

Emmanuel Macron a publié vendredi soir sur les réseaux sociaux un message dans lequel il dénonce "des images qui nous font honte" après le passage à tabac de Michel Zecler par des policiers dans le 17e arrondissement de Paris.

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Radio France
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Illustration police nationale.  (DENIS CHARLET / AFP)

Une semaine après le passage à tabac de Michel Zecler, producteur de musique, par des policiers dans le 17e arrondissement de Paris, Emmanuel Macron s’est exprimé sur les réseaux sociaux vendredi soir. Il dénonce une agression, "des images qui nous font honte" et demande des propositions au gouvernement. Christian Mouhanna, sociologue, chercheur au centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP), espère samedi 28 novembre sur franceinfo que cette prise de position du président de la République aboutira "enfin sur une vraie mobilisation sur cette question des violences policières".

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franceinfo : La prise de position d’Emmanuel Macron change-t-elle quelque chose ?

Christian Mouhanna : Il faut espérer qu’enfin il y ait une vraie mobilisation sur cette question des violences policières. Vouloir régler la question des abus de pouvoir par certains policiers, ce n'est pas ne pas aimer la police. Depuis très longtemps, une partie des syndicats policiers ainsi que le gouvernement ne veulent surtout pas qu'on parle de violences policières, de bavures ou de dérapages. Ils ne veulent pas réfléchir sur la manière collective de gérer ces problèmes et préfèrent juste attribuer ça à des individus. À mon avis, il y a des problèmes plus structurels.

On nous sert le discours sur le monopole de la violence dont disposerait la police mais ça ne signifie pas que cette police ne commet pas d'abus.

Christian Mouhanna, sociologue

à franceinfo

Ce qu’on demande à la police c’est de n’être violente que dans les cas où c’est indispensable. Or, on observe qu'il y a depuis un certain temps des débordements, des circonstances où la police utilise trop de violence pour des situations qui ne le sont pas forcément.

Le chef de l’État demande des propositions à son gouvernement, quelles mesures pourraient être mises en place ?

Il existe déjà un code de déontologie qui a été rénové il y a quelques années, qui faisait suite à celui mis en place par Pierre Joxe dans les années 1980. Le problème du code de déontologie est, qu’au lieu de proposer des limites à l’action, de réaffirmer qu’un policier a la droit de désobéir à des ordres d’un chef qui cherche à abuser de la force, il faudrait définir très clairement des circonstances dans lesquelles l’abus de violence ne doit pas intervenir. Or, le code commence par énoncer que les policiers doivent obéir à leur chef. Et, dans un deuxième temps on dit que les policiers doivent faire preuve de discernement. Une espèce d’injonction contradictoire qui est très floue, qui n’aide pas à préciser les limites de ce pouvoir policier.

L’article 24 de la proposition de loi sur la sécurité globale continue à susciter la polémique, est-ce que ce débat est indissociable du contexte lié aux violences policières ?

Oui, et je dirais d'une manière plus générale par rapport à la gestion de l'action policière. Soit on est dans un modèle comme on est en France, où ce sont quelques fonctionnaires qui vont élaborer les réformes de la police dans leur bureau, sans consulter la population et sans consulter les élus. Et à ce titre-là , le Livre blanc de la sécurité, qui préside un peu à cette loi sur la sécurité globale, montre bien comment on se méfie des élus locaux. On se méfie de toute participation citoyenne à la définition des missions de la police. C'est très clairement une institution qui est en quelque sorte confisquée par les gens qui sont chargés de l'animer. Or, on sait qu'une police qui ne s'appuie pas sur un consensus dans la population ne fonctionne pas et du coup, cela ravive les tensions. Tout est lié. L’enjeu n’est pas seulement de filmer les policiers, mais d'accepter qu'il y ait un contrôle social, un contrôle de la population sur les actions de la police.

Il faudrait donc, selon vous, non pas répondre aux demandes des syndicats de police mais écouter les demandes de la population pour améliorer les rapports entre les deux à long terme ?

Oui, il ne s’agit pas de nier le rôle des syndicats de police, mais on voit bien que depuis des années, le rôle d’un certain nombre de syndicats de policiers déborde et ils font des commentaires sur ces affaires. Ils sont très présents dans les médias. Pourquoi pas ? Mais il ne faut pas que ce rôle soit un monopole. Et il ne faut pas que ce rôle se fasse aux dépens d’une participation des citoyens, et d’une coopération entre les policiers et les citoyens. Quand je parle des citoyens, ce sont aussi les jeunes qui habitent dans les quartiers difficiles qui ne doivent pas être considérés uniquement comme des gens qu’on doit contrôler mais qu’on doit aussi écouter.

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