Prises d'otages : les assaillants sont "caractéristiques des djihadistes made in France"

Après les deux assauts lancés simultanément vendredi vers 17 heures à Dammartin-en-Goële et Paris, les trois preneurs d'otages ont été abattus. Qui sont-ils ? Que pouvaient-ils chercher ? D'après Jean-Luc Marret, de la Fondation pour la Recherche Stratégique, ils sont "caractéristiques des djihadistes made in France".

(Les trois suspects des prises d'otages de Dammartin-en-Goële et Paris © Police / capture d'écran)

La double prise d'otages à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) et Paris a pris fin vendredi vers 17h, à l'issue d'un assaut quasi simultané des forces de l'ordre. A Dammartin, les frères Kouachi, suspects dans l'attentat contre Charlie Hebdo, ont été abattus et leur seul otage est sorti indemne. Quant à Amedy Coulibaly, qui a pris en otages plusieurs personnes dans une épicerie casher Porte de Vincennes, il a également été tué dans l'assaut. Quatre personnes au moins sont mortes dans cette prise d'otages.

Comment expliquer la radicalisation de ces hommes ? Difficile à dire, pour Jean-Luc-Marret, car les facteurs sont très nombreux et complexes. Il existe "200 à 300 facteurs intervariables " pour expliquer la radicalisation. "Pas seulement des facteurs sociaux, mais des facteurs psychologiques, culturels, anthropologiques, des problèmes d'estime de soi, de gestion de sa colère, de se sentir victime de la société, mais aussi des pulsions sadiques, voire psychiatriques ".

Djihadisme "made in France"

Amedy Coulibaly connaissait au moins un des frères Kouachi et les trois assaillants sont vraisemblablement membres de la même filière, un djihadisme "made in France ", d'après Jean-Luc Marret, chercher à la Fondation pour la Recherche Stratégique. "Ce qui me frappe, c'est que tout le monde, dans les communautés de sécurité, s'attendaient à ce que le problème vienne de gens qui retournent de Syrie. Or ces gens-là sont caractéristiques des djihadistes made in France, c'est à dire des gens qui n'ont pas beaucoup fait d'études, qui sont passés par la prison, le petit trafic, qui ont traîné dans les rues, qui se sont fait une doctrine djihadiste un peu coupé-collé ".

Une idéologie bricolée et assez caricaturale, selon le chercheur. "C'est une sorte de djihadisme globalisé, simplifié, un peu caricatural, et qui incarne ou leur permet de justifier une pulsion de colère, ou même tout simplement la bêtise ".

"On n'a jamais eu des individus radicaux violents aussi importants qu'aujourd'hui "

Chérif Kouachi appartenait au groupe des Buttes Chaumont, autrement appelé "filière irakienne du 19e arrondissement ". Jean-Luc Marret avait eu l'occasion de rencontrer quelques-uns de ses membres lors d'une manifestation place de la République en faveur du voile.  "Pour eux, le djihad, c'est simplement une sorte de guerre contre des cibles indéterminées ou  un peu caricaturales ". 'Ils avaient prié dans la rue et je leur avais un peu parlé. Ils n'avaient pas une doctrine religieuse particulièrement sophistiquée. Pour eux le djihad, ce n'était pas un effort sur soi pour devenir un meilleur homme, c'était simplement une sorte de guerre contre des cibles indéterminées ou un peu caricaturales. D'ailleurs, certains d'entre eux ont essayé d'aller en Irak, et ce n'était pas très élaboré '.Le bilan des dernières 48 heures s'élève désormais à au moins 16 morts, 12 à Charlie Hebdo et au moins 4 à la Porte de Vincennes. Des attaques d'une rare violence, et une évolution inquiétante des effectifs de la population française djihadiste, d'après Jean-Luc Marret. Historiquement en France, "on n'a jamais eu des individus radicaux violents aussi importants qu'aujourd'hui ".