Dammartin-en-Goële : les deux frères Kouachi tués par le GIGN

Chérif et Saïd Kouachi, les deux suspects de l'attentat contre Charlie Hebdo, ont été tués vendredi vers 17 heures par le GIGN à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), où ils étaient retranchés.Un jeune employé de l'imprimerie, caché à l'étage du bâtiment, et non otage des malfaiteurs comme on l'a cru, est sorti indemne du bâtiment.

(Les hommes du GIGN ont donné l'assaut sur les locaux de l'entreprise CTD peu après 17 heures © Christophe Ena/AP/SIPA)

L'assaut a été menée peu vers 17 heures vendredi. Retranchés depuis plusieurs heures dans les locaux de l'entreprise CTD, dans la zone industrielle de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), les deux frères Kouachi, les auteurs présumés de l'attentat contre Charlie Hebdo, ont été tués par le GIGN. Le procureur de la République de Paris a indiqué vendredi soir que les deux frères, lourdement armés, ont entrouvert la porte de la façade d'entrée située au rez-de-chaussée de quinze centimètres pendant quelques minutes. Ils ont visiblement anticipé l'assaut des forces de l'ordre. "Les frères sortaient, munis de fusils d'assaut à la main et se mettaient à tirer en rafale en direction des forces de l'ordre ", a ajouté François Molins.

"Les membres du GIPN répliquaient dans un premier temps avec des grenades avec effet de souffle qui avaient pour but de projeter à terre les deux terroristes qui continuaient à tirer en rafale sur les membres du GIGN ", a poursuivi le procureur. Le GIGN "était ainsi contraint de les neutraliser tandis que deux membres des forces de l'ordre étaient blessés légèrement ".

 

Un jeune homme caché pendant toute la journée

Par ailleurs, un jeune homme de 26 ans employé de l'imprimerie, caché à l'étage du bâtiment, et non otage des malfaiteurs comme on l'a cru, est sorti indemne du bâtiment. Il s'est "réfugié au second étage de l'imprimerie dans la salle de restauration  sous un évier ", a déclaré François Molins. "Sa présence a pu rester ignorée des deux terroristes tout au long des  évènements ". Le gérant de l'entreprise CTD avait lui était libéré vers 10h20 par les deux frères. Avant de se retrancher dans l'imprimerie vers 9h30, les frères Kouachi avaient échangé vers 08 heures des tirs nourris avec des policiers sans faire de victime à un barrage non loin de Dammartin à une demi-heure de route de la zone où se concentraient jusqu'alors les recherches depuis jeudi. Ils circulaient dans une Peugeot 206 tout juste volée à une automobiliste qui les a reconnus. Le procureur de la République de apris a indiqué vendredi soir que Saïd avait été "légèrement blessé à la gorge " par un "tir de défense " d'un gendarme.

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(Vue de l'entreprise CTD à Dammartin-en-Goëlle dans laquelle les frères Kouachi se seraient retranchés © Google Street View)

Le bouclage d'un large secteur 

C'est la conclusion d'une traque de deux jours. EN début de matinée, une salariée d’une des entreprises implantées sur la zone investie par des policiers et des gendarmes avait expliqué sur France Info que sa société avait reçu l’ordre de fermer ses portes et d’éteindre les lumières. Les employés ne pouvaient pas sortir des locaux. L’ordre a été appliqué vers 9h, après des coups de feu entendus à l’extérieur, sur la zone d'activités des Prés Boucher. Le secteur est inaccessible, tous les accès ont été bloqués par les forces de l'ordre.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a confirmé rapidement l’intervention des forces de l’ordre sur la zone industrielle à une quarantaine de kilomètres de Paris. Dans le même temps, les gendarmes appelaient au respect du bouclage du secteur. Depuis le milieu de la matinée, l'attente d'une éventuelle intervention des forces de l'ordre s'était figée dans un silence pesant.

Une protection jusqu'à Roissy

Le dispositif d'encerclement mis en place par la police et les gendarmes est allé bien au-delà du secteur industriel, il s'est étendu aussi à la commune et à ses accès. Les écoles et les services municipaux de Dammartin-en-Goële ont été fermés ou confinés. Dans l'après-midi, des élèves ont été transférés vers un lieu plus sécurisé au centre de la commune.

Les évacuations scolaires se sont organisés en bus vers le gymnase du centre-ville de Dammartin, parfois sous les yeux des parents, émus, qui ne pouvaient pas récupérer leurs enfants à l'école, mais qui peuvent aller les chercher au gymnase.

Un message de prudence a aussi été lancé aux commerçants et les boutiques se fermaient au fur et à mesure en cours de matinée. En raison de la proximité de l'aéroport Paris-Charles de Gaulle avec la commune en état de siège, des mesures de précaution ont été prises. Deux pistes situées au nord ont été fermées à l'atterrisage et les avions se posent au sud. Pour autant, le trafic aérien n'était pas perturbé.

"Il s'agit de libérer le ciel pour les hélicoptère intervenant en Seine-et-Marne" : Michel Polacco, spécialiste aéronautique de Radio-France
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Une connexion Coulibaly-Kouachi

L'attentat contre Charlie Hebdo, la fusillade de Montrouge et les deux prises d'otages de vendredi ont des liens entre elles, puisque plusieurs protagonistes présumés avaient été en contact ces dernières années. Selon les informations de France Info, Chérif Kouachi, le plus jeune des deux frères retranchés à Dammartin et Amedy Coulibaly, suspecté dans l'affaire de Montrouge et preneur d'otages à Paris, se sont connus en prison à Fleury-Mérogis en 2005. Coulibaly était alors emprisonné pour une affaire de droit commun. Il avait six condamnations à son actif.

Par ailleurs, le procureur de Paris a fait mention vendredi soir de contacts téléphoniques entre la compagne d'Amedy Coulibaly et celle de Saïd Kouachi. Plus de 500 coups de fil ont été passés en un an, ce qui atteste "de liens constants et soutenus entre les deux couples ", a dit le procureur.