Ce que l'on sait du jeune homme qui a pris en otage quatre femmes dans un bureau de tabac de Blagnac

Les motivations de ce mineur de 17 ans restent toujours très floues. Dans une lettre retrouvée chez lui, il se décrit comme "le bras armé des gilets jaunes". Le parquet évoque une personne fragile psychologiquement.

L\'homme interpellé après la prise d\'otages survenue à Blagnac (Haute-Garonne), le 8 mai 2019.
L'homme interpellé après la prise d'otages survenue à Blagnac (Haute-Garonne), le 8 mai 2019. (MAXPPP)

Il est 23h50, mardi 7 mai, lorsqu'il apparaît, hagard et fatigué par un long bras de fer avec les forces de l'ordre. Le preneur d'otages de 17 ans vient de se rendre sans violence, après avoir retenu pendant près de cinq heures quatre femmes dans un bar-PMU de Blagnac, au nord-ouest de Toulouse (Haute-Garonne). Il est aussitôt placé en garde à vue. Si la piste terroriste a rapidement été écartée, les motivations du jeune homme restent floues. Franceinfo vous résume ce que l'on sait de lui.

Il a filmé son acte

Voix assurée et arme de poing de type pistolet semi-automatique à la main, le jeune homme a choisi de se filmer sur Snapchat pour expliquer son geste. On le voit déambuler dans les allées du bureau de tabac, où il s'est introduit vers 16h20, mardi, avant de fermer les grilles puis de retenir captives la gérante et trois employées. Tee-shirt rouge sur lui, il parle avec des phrases courtes. Dans une des vidéos, il raconte avoir été "recruté par une milice (...) une milice armée qui cherche que l'Etat soit plus juste". Sans donner plus de détails, il promet simplement que l'on connaîtra le nom de cette milice "dans quelques jours". Plus loin, il affirme qu'il n'est "pas un terroriste". 

Je fais juste cela pour que les gens vivent mieux.le preneur d'otagesdans sa vidéo sur Snapchat

Il finit par évoquer d'autres événements à venir : "Les actions prochaines seront vers la Bastille, Paris. C'est une info que je donne cadeau". 

Il a été "gentil" avec les otages, selon elles

A l'image, on distingue les quatre otages assises autour d'une table ronde. "Il revendiquait une France égalitaire, a témoigné l'une d'elles à RTL. C'est pour ça qu'il a choisi un bureau de tabac, car c'est un commerce qui est énormément taxé. Il avait son arme, il a tiré deux fois au plafond." Si elle raconte avoir été "menacée et ligotée", elle dit aussi qu'"il était gentil quand même", qu'il n'a "pas été trop désagréable". 

C'est ce que confirme le maire de Blagnac, interrogé par France Bleu"Après la peur légitime qu'elles ont eue, je n'ai pas vu des personnes stressées ou angoissées, a témoigné Joseph Carle. Notamment la propriétaire de ce PMU qui était très lucide et finalement m'a expliqué qu'après avoir eu peur, elle n'a pas eu de stress à cause du comportement du preneur d'otages, qui a été sous le signe de la gentillesse, il a été gentil." Le jeune homme a donné à boire à ses otages et les a autorisées à appeler leurs proches.

Il se revendique proche des "gilets jaunes"

Le jeune homme, qui aura 18 ans le mois prochain, a laissé un courrier à son domicile avant de passer à l'acte. Selon le procureur de Toulouse, il y fait "allusion" au mouvement des "gilets jaunes", dont il se décrit comme le "bras armé". Selon France 3, il y explique aussi vouloir faire "tout pour que les 'gilets jaunes' gagnent leur bataille", même si "l'acte qu'il voulait commettre n'irait pas au-delà de cette démarche finalement un peu spectaculaire". Une revendication confirmée par l'une des otages, interrogée par RTL.

Sur son compte Facebook, qui a depuis été désactivé, le jeune homme semble avoir "un intérêt très relatif" pour les groupes de "gilets jaunes", rapporte LCI. La chaîne explique que "ce n'est qu'en février qu'il intègre virtuellement la communauté toulousaine du mouvement débuté en novembre", et son activité y est "quasi inexistante". Devant la presse, le procureur a expliqué que le preneur d'otages avait été interpellé, en décembre dernier, lors d'une manifestation des "gilets jaunes" à Toulouse. Mais on ignore à ce jour ce qui a justifié son arrestation.

Il est fragile psychologiquement

Dans sa lettre, cet amateur de rugby ne fait pas qu'évoquer le mouvement des "gilets jaunes". Il fait état de "[sa] maladie", qui semble lui peser. Ce qu'ont confirmé le procureur et le préfet de Haute-Garonne : ils décrivent un garçon "assez dépressif" ou en tout cas "préoccupé par son état de santé"

Son état psychologique "est-il l'élément déclencheur de son passage à l'acte ?", s'interroge France 3. Rien ne permet de dire pour le moment qu'il a voulu se "raccrocher aux revendications des 'gilets jaunes' pour être un instant dans la lumière". Venu sur les lieux après avoir été alerté par le père du preneur d'otages qu'il fréquentait, un livreur a évoqué un jeune homme "droit dans ses baskets, avec une famille carrée".

Sa famille, elle aussi originaire du quartier populaire de Bélisaire à Blagnac, quartier considéré comme calme par des habitants interrogés par France 2, ne comprend "pas pourquoi il a fait ça". "J'ai vu la maman qui m'a dit qu'elle culpabilisait, elle était complétement effondrée, a rapporté le maire de Blagnac à France Bleu. J'ai vu aussi le frère et la sœur qui effectivement ne comprenaient pas cet acte de leur frère ou de leur fils." 

Il est connu des services de police

Outre son interpellation en décembre dernier dans la manifestation des "gilets jaunes" à Toulouse, le mineur a déjà, par le passé, eu affaire à la police. Il est "défavorablement connu pour des affaires de violences, sur les forces de l'ordre notamment, de vol", détaille le procureur de Toulouse. Pour autant, ce n'est "pas non plus quelqu'un de classé comme dangereux", a précisé Dominique Alzeari. 

"Les services de la police municipale le connaissaient, parce que c'est un gamin qui a dérapé très jeune, a aussi expliqué le maire de Blagnac à France Bleu. Avec des fugues, avec une déscolarisation, avec de la petite délinquance, des vols, des incivilités, notamment avec un groupe. Mais la police municipale n'aurait jamais imaginé que ce jeune soit en capacité de procéder à un acte comme celui qu'il a commis hier soir." Le suspect pourrait être rapidement déféré au parquet. Il encourt jusqu'à 5 ans de prison.