Violences policières : en Allemagne, "en cas de coups et blessures, les enquêtes ne sont jamais menées par la police elle-même"

En France, les patrons de l'IGPN et de l'IGGN ont été auditionnés à l'Assemblée nationale mercredi 12 juillet sur les agissements des forces de l'ordre. Souvent érigée en modèle, la police allemande gère de manière bien différente les débordements.
Article rédigé par franceinfo, Sébastien Baer
Radio France
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Des policiers allemandes mobilisés lors d'une manifestation écologiste le 25 juin 2023. (CLAIRE MORAND / AFP)

Deux semaines après la mort du jeune Nahel, tué par un policier à Nanterre, les patrons de l’IGPN et de l’IGGN ont dû s'expliquer mercredi 12 juillet devant la commission des lois de l’Assemblée nationale. La police des polices et son équivalent gendarmerie ont été saisies de 22 enquêtes sur les agissements des forces de l’ordre, après les émeutes qui ont embrasé la France. D'après l'IGPN, 37 personnes sont décédées lors d'une mission de police en 2021 contre huit seulement en Allemagne, qui ne gère pas de la même manière les débordements des forces de l'ordre.

La stratégie "de la désescalade"

"La police est ton amie", dit le slogan chez nos voisins. Sur le terrain, les policiers n'ont pas de flash-ball ou de lanceurs de balles de défense, la police agit avec les mots plutôt qu'avec les armes. Cette stratégie dite "de la désescalade" n'empêche toutefois pas les violences policières. Dans les cas les plus graves, en plus de l'enquête interne, les parquets au niveau régional s'emparent alors des affaires.

Comme l'explique Heiko Teggatz, vice-président du syndicat allemand de la police, "en cas de coups et blessures ou d'usage de l'arme à feu en service, les enquêtes sont menées exclusivement par le ministère public et par des tribunaux indépendants, jamais par la police elle-même, pour une question de neutralité, de séparation des pouvoirs".

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Les sanctions vont de la simple amende à la radiation à vie et à la prison. Mais dans les faits, rares sont les condamnations, tout comme les affaires qui mettent en cause les forces de l'ordre. Selon Andrea Kretschmann, sociologue et chercheuse au centre Marc Bloch de Berlin, la police allemande privilégie la prévention : "Il y a des petits groupes qui s'entraînent à la façon de gérer des personnes qui bloquent une rue, comment on les incite à obéir à la police, comment évacuer un blocage sans recourir à une force excessive. Ici, l'image qui domine c'est que l'on veut instaurer la sécurité et l'ordre de la façon la plus civile possible".

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