Racisme dans la police : "Il y a un vrai travail à faire" pour rétablir la confiance entre la population française et la police

Des manifestations contre le racisme et les violences policières sont organisées dans plusieurs villes françaises dont Paris, Lyon et Bordeaux.

Malgré l’interdiction de la préfecture de police en raison de la crise sanitaire du Covid-19, une foule très jeune a répondu mardi 2 juin soir à l’appel du collectif pour Adama Traoré, mobilisée aussi par les événements aux Etats-Unis.
Malgré l’interdiction de la préfecture de police en raison de la crise sanitaire du Covid-19, une foule très jeune a répondu mardi 2 juin soir à l’appel du collectif pour Adama Traoré, mobilisée aussi par les événements aux Etats-Unis. (PHILIPPE DE POULPIQUET / MAXPPP)

"Il y a un vrai travail à faire" pour rétablir la confiance entre la population française et la police, constate le président de la coordination nationale "Pas sans nous" Mohamed Mechmache samedi 6 juin sur franceinfo, alors que des manifestations contre le racisme et les violences policières sont organisées dans plusieurs villes françaises dont Paris, Lyon et Bordeaux.

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"Il faut qu'il y ait une parole politique qui puisse être entendue, que la famille Traoré soit entendue ainsi que l'ensemble des autres victimes. Je pense qu'on doit travailler autour d'une table avec les populations et la police", explique-t-il.

franceinfo : Jusqu'à quand les manifestations continueront-elles ?

Mohamed Mechmache : Dans les jours qui vont arriver, les mouvements vont continuer à se mobiliser et à manifester pacifiquement, sans haine, sans violence, sans demander à ce qu'on crie au loup contre la police. Ces personnes demandent simplement une chose, c'est que la justice soit faite. Nombre de personnes, malheureusement, dans les quartiers, ont perdu un proche ou des amis, et quand on regarde les procédures, certaines ne vont même pas jusqu'à des procès, il y a des non-lieux. Cette jeunesse, quand elle regarde ses aînés qui ont déjà manifesté à l'époque contre ces violences policières, ces pratiques policières, elle a le sentiment qu'elle est revenue au même point que leurs aînés, et ça, ça devient compliqué. Il va falloir absolument qu'on puisse retrouver une certaine sérénité, mais pour cela, il faut qu'il y ait une volonté politique pour pouvoir y arriver.

Dénoncez-vous un deux poids deux mesures dans l'application de la loi ? Dans l'affaire Adama Traoré par exemple ?

La famille Traoré demande simplement justice, que soient pris en compte les éléments et les témoignages qui manquent dans ce dossier. En 2005, la France s'est embrasée pendant plus de 21 jours suite à la mort de Zyed et Bouna et malheureusement, il a fallu dix ans avant qu'il y ait un procès et ça s'est terminé par un non-lieu. Même si on nous dit qu'il y a des sanctions qui tombent, malheureusement, on a un peu de mal à y croire. Quand des jeunes manifestent et qu'ils sont interpellés, il y a des comparutions immédiates et certains jeunes font de la prison et gâchent leur vie parce qu'ils ont des casiers judiciaires. Dans l'autre sens, on a le sentiment qu'il y a une forme d'impunité.

Qu'est-ce qui pourrait apporter satisfaction aux manifestants ?

Il faut qu'il y ait une parole politique qui puisse être entendue, que la famille Traoré soit entendue ainsi que l'ensemble des autres victimes. Je pense qu'on doit travailler autour d'une table avec les populations et la police. Ce ne sont pas que les habitants des quartiers qui, aujourd'hui, ont une défiance vis-à-vis de la police, il n'y a qu'à regarder ce qui s'est passé avec les 'gilets jaunes'. Donc il y a un vrai travail à faire. Et quel dommage parce qu'il fût un temps où on était force de propositions, malheureusement, nous n'avons pas été entendus et peut-être qu'on aurait pu éviter un petit peu ce qui se passe actuellement. La question du racisme existe dans tous les corps. La police dans son ensemble ne l'est pas, mais certains sont racistes. Il ne faut pas se mentir.

Le ministre de l'Intérieur a saisi le parquet de Paris après la révélation d'un groupe Facebook de policiers qui échangent des propos racistes et haineux. Une enquête a été ouverte. Est-ce la preuve d'une avancée dans ce sens ?

Déjà dans le ton, on voit que le ministre de l'Intérieur a quand même pris en compte ce qui vient de se passer, et en même temps il n'aurait pas pu ne pas le faire. Ca aurait été encore beaucoup plus grave. Maintenant, on verra bien où aboutira cette enquête et quelles seront les sanctions qui tomberont là-dessus, parce que c'est inadmissible et inacceptable d'entendre ce genre de propos. Quel dommage qu'on n'ait toujours pas compris que le faire ensemble pour le vivre ensemble, ça dépend des uns et des autres, et que l'un est utile à l'autre.