Ce qui fait débat : la police française est-elle violente ?

Que faut-il penser des accusations de violences policières ? Mercredi 24 juin, Amnesty International dénonçait le "déni de l’État" français. Jeudi, Christophe Castaner était auditionné au Sénat. Alors, notre police est-elle particulièrement violente ? L’usage de la force est-il toujours proportionné ?

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Comment un banal contrôle de police peut-il conduire quelques minutes plus tard à la mort d’un homme, Cédric Chouviat, sur la voie publique, le 3 janvier dernier ? Pourquoi des CRS ont-ils matraqué des manifestants réfugiés dans un restaurant, en décembre 2019, lors d’une manifestation de "gilets jaunes" ? Deux affaires parmi d’autres régulièrement à la une de l’actualité. Accusations, plaintes et pétitions se multiplient. La police française est-elle violente, ou davantage qu’auparavant ? Aucune statistique officielle n’existe, pourtant le débat ne date pas d’hier. En mai 1968, des centaines de manifestants sont blessées par les forces de l’ordre, pourtant bien moins équipées qu’aujourd’hui. On compte au total 2 000 blessés, selon le ministère de l’Intérieur de l’époque. Ces derniers mois, lors des manifestations des "gilets jaunes", ce sont plus de 3 200 blessés qui ont été recensés, côté manifestants, mais aussi côté forces de l’ordre. Selon le sociologue du CNRS Fabien Jobard, le maintien de l’ordre serait plus violent depuis quelques années.

Près de 1 500 enquêtes de l’IGPN en 2019

Les armes et les méthodes de la police sont-elles mises en cause ? Les armes intermédiaires, non létales, comme le lanceur de balles de défense (LBD) ou la grenade de désencerclement, notamment, ne sont pas adaptées à la gestion des foules, selon le sociologue Patrick Bruneteaux. Le Conseil de l’Europe et le Défenseur des droits, notamment, recommandent depuis plusieurs années de retirer les LBD. En matière d’interpellation, la clé d’étranglement, elle aussi, concentre les critiques. Mais pour les policiers de la brigade anticriminalité, impossible de s’en passer. Eux avancent aussi que la violence à laquelle les forces de l’ordre sont confrontées ne fait qu’augmenter. Mais alors, quel contrôle ? En France, l’IGPN multiplie les enquêtes : 1 460 l’an dernier, soit près de 25% de plus que l’année précédente, près de la moitié pour des violences volontaires. Mais la police qui enquête sur la police, c’est tout le problème, assure un ancien policier. Policiers, sociologues, chercheurs, tous s’accordent sur un point : désormais, tout est filmé en permanence, rendant chaque violence d’autant plus visible.

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Un groupe de policiers à Valence (Drôme), le 11 juin 2020. 
Un groupe de policiers à Valence (Drôme), le 11 juin 2020.  (NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS / AFP)