Attaque à la préfecture de police : "Jeter l'opprobre sur des collègues qui n'auraient pas suivi leur signalement, c'est un peu facile"

Le secrétaire général du syndicat des personnels administratifs, techniques et scientifiques de la police nationale Georges Knecht estime sur franceinfo que les agents administratifs sont souvent "la dernière roue du carrosse" au ministère de l'Intérieur. 

Le secrétaire général du Snipat (syndicat des personnels administratifs, technique et scientifique de la police nationale) Georges Knecht, le 26 octobre 2016.
Le secrétaire général du Snipat (syndicat des personnels administratifs, technique et scientifique de la police nationale) Georges Knecht, le 26 octobre 2016. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"Je pense que jeter l'opprobre sur des collègues qui n'auraient pas suivi leur signalement, c'est un peu facile", a réagi mardi 8 octobre sur franceinfo Georges Knecht, secrétaire général du Snipat (syndicat des personnels administratifs, techniques et scientifiques de la police nationale), à quelques heures de l'hommage rendu aux victimes de l'attaque à la préfecture de police de Paris. Le chef de l'État, accompagné du Premier ministre Edouard Philippe et des ministres de la Justice Nicole Belloubet et des Armées Florence Parly, prononcera un discours à 11 heures.

"Une affaire complexe"

"Après l'émotion, il y a effectivement un certain nombre de questionnements, d'angoisses de la part des collègues de l'ensemble du ministère de l'Intérieur avec des relents de Magnanville", a-t-il affirmé, faisant référence à l'assassinat d'un policier et de sa femme, agent administratif, à leur domicile, en 2016. Leur assassin avait prêté allégeance au groupe État islamique. "Aujourd'hui, trois ans après, on ne sait toujours pas comment cette personne a pu être ciblée et domiciliée par les terroristes", a ajouté Georges Knecht.

L'attaque de la préfecture de police de Paris "est un peu floue parce qu'il y a deux types de témoignages. Certains disent qu'il aurait proféré certaines paroles au moment des attentats [de Charlie Hebdo], et d'autres disent qu'il était un collègue serviable et agréable avec qui il n'y avait pas de problème. L'enquête le dira mais c'est une affaire complexe", a-t-il estimé.

Cette catastrophe laissera "un traumatisme pendant une longue périodeGeorges Knechtà franceinfo

Deux collègues de Mickaël Harpon avaient rapporté en 2015 à leur responsable en charge des signalements de radicalisation qu'ils l'avaient entendu cette année-là se réjouir de l'attentat contre Charlie Hebdo. Mais ils ont finalement décidé de ne rien formaliser par écrit. "Je pense que jeter l'opprobre sur des collègues qui n'auraient pas suivi leur signalement, c'est un peu facile", a réagi Georges Knecht.

On se met à la place des collègues qui viennent signaler une situation, à qui on demande de le consigner par écrit, c'est assez problématiqueGeorges Knechtà franceinfo

"Ils ont peur que ça se retourne contre eux"

Le secrétaire général du Snipat a expliqué que l'ambiance dans les services depuis quelques temps n'est pas "la meilleure du monde", les personnels administratifs "sont souvent la dernière roue du carrosse au ministère de l'Intérieur et c'est compliqué pour ces gens-là de se mettre en avant, d'apposer leur signature sur un document".

"Ce n'est pas qu'ils sont réticents mais ils ont peur que ça se retourne contre eux si jamais ils ont dénoncé quelque chose qui n'avait pas d'incidence particulière", a expliqué Georges Knecht, prenant exemple sur les propos sur Charlie Hebdo tenus par Mickaël Harpon. "Des remarques du type de celles qui ont pu être décrites ces derniers jours, dans toute la société, on en a tous entendu les uns et les autres autour de nous. Tout le monde ne finit pas sur un destin terroriste", a-t-il conclu.