Attaque à la préfecture de police de Paris : pourquoi le parquet national antiterroriste a-t-il été saisi ?

L'enquête a été reprise vendredi, sous les qualifications "d'assassinat et tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste", mais aussi pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle". Mickaël Harpon a tué quatre de ses collègues, jeudi.

La préfecture de police de Paris, où un fonctionnaire a tué à l\'arme blanche quatre de ses collègues, le 3 octobre 2019. 
La préfecture de police de Paris, où un fonctionnaire a tué à l'arme blanche quatre de ses collègues, le 3 octobre 2019.  (DENIS MEYER / HANS LUCAS / AFP)

Quelles sont les raisons qui ont poussé Mickaël Harpon, un fonctionnaire de la préfecture de police de Paris, à mener une attaque au couteau tuant quatre de ses collègues et blessant un autre jeudi 3 octobre ? Lors d'un point-presse, vendredi en début d'après-midi, le préfet de police, Didier Lallement, a annoncé n'exclure "aucune hypothèse"Quelques heures plus tard, le parquet national antiterroriste (Pnat) a été saisi. 

L'enquête, jusqu'alors entre les mains du parquet de Paris, a été reprise sous les qualifications "d'assassinat et tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste", ainsi que pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle", a annoncé le Pnat vendredi. Les investigations ont été confiées à la brigade criminelle, à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) en co-saisine, a précisé le parquet national antiterroriste. 

Franceinfo fait le point sur les derniers développements de l'enquête, qui ont amené à une saisie du Pnat. 

"Allah" lui aurait "dit d'agir"

L'épouse de l'assaillant, placée en garde à vue, a évoqué devant les enquêteurs de la brigade criminelle le "comportement inhabituel et agité" de son mari la veille de son passage à l'acte, a indiqué une source proche du dossier. 

La nuit précédant l'attaque, Mickaël Harpon a déclaré à sa femme avoir eu des visions et entendu des voix, a appris franceinfo de source proche de l'enquête. Ses propos étaient "incohérents", a précisé sa femme en garde à vue. L'assaillant a déclaré à sa compagne qu'Allah lui avait parlé et lui avait demandé d'agir, a appris France Télévisions de source policière. 

Un policier habitant dans l'immeuble où vit le couple a également déclaré avoir entendu "Allah Akbar" ("Dieu est le plus grand"), a appris France Télévisions de source policière. Lors d'une conférence de presse samedi après-midi, le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, a évoqué "deux témoignages recueillis dans le voisinage" de l'assaillant, "faisant état de propos" à connotation religieuse "tenus au cours de la nuit par l'auteur des faits".

L'achat de couteaux et l'envoi de 33 SMS "à connotation religieuse"

Le lendemain matin, Mickaël Harpon "a pénétré dans le bâtiment de la préfecture de police à 8h58 pour se rendre normalement à son travail" , a précisé Jean-François Ricard lors de son point-presse. Selon les informations de France Télévisions, il était alors mutique, prostré dans le service de la préfecture où il travaillait, le service informatique de la Direction du renseignement (DRPP). 

L'assaillant est sorti de la préfecture de police à 12h18, pour "se rendre dans un magasin de la rue Saint-Jacques", où il a "acheté à 12h24 deux couteaux : un couteau de cuisine métallique d'une longueur totale de 33 cm, muni d'une lame de 20 centimètres, et un couteau à huîtres", a développé le procureur national antiterroriste. Il a ensuite "dissimulé sur lui les couteaux qu'il venait d'acheter". 

D'après les informations du Parisien confirmées de source proche à franceinfo, les investigations révèlent que Mickaël Harpon a adressé à sa femme un SMS évoquant cet achat d'un couteau. Elle lui a répondu : "Seul Dieu te jugera". Selon Jean-François Ricard, le couple a échangé "33 SMS le matin des faits, entre 11h21 et 11h50". "Au cours de ces échanges, l'auteur des faits a tenu des propos à connotation exclusivement religieuse", a rapporté le procureur national antiterroriste. Echanges qui "se sont terminés par ces deux expressions", ajoute-t-il : "'Allah Akbar', puis 'Suis notre prophète bien aimé Mohamed et médite le Coran'".

Une proximité avec des salafistes

Les enquêteurs ont poursuivi vendredi leur analyse du téléphone portable de l'auteur de l'attaque. Selon les informations de France Télévisions, plusieurs contacts de proches de salafistes y ont été retrouvés.

"Les enquêteurs ont saisi un téléphone portable dans lequel ses contacts et ses échanges avec des salafistes ne faisaient que très peu de doute quant à ses intentions terroristes", poursuit la journaliste de France 3 Nathalie Perez. 

"La poursuite des investigations a permis de faire apparaître des contacts entre l'auteur des faits et plusieurs individus susceptibles d'appartenir à la mouvance islamiste salafiste", a confirmé Jean-François Ricard en conférence de presse. Et le procureur national antiterroriste d'ajouter : "L'auteur des faits aurait adhéré à une vision radicale de l'islam"

L'assaillant a "valorisé" l'attentat de "Charlie Hebdo"

Afin d'étayer l'adhésion de l'assaillant à "une vision radicale de l'islam", Jean-François Ricard a évoqué "son approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion". Selon les informations du service police-justice de franceinfo, l'assaillant a ainsi "valorisé" l'attentat contre Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, qui a fait 12 morts. Le procureur national antiterroriste a confirmé cette "justification" de l'attaque faite par Mickaël Harpon. 

Un policier de la préfecture de police s'est manifesté à ce sujet après l'attaque jeudi, selon les informations de France Télévisions. Il assure avoir alerté sa hiérarchie juste après l'attentat de Charlie Hebdo, car Mickaël Harpon avait déclaré que "c’était bien fait"A ce stade, les enquêteurs n'ont pas trouvé trace d’un signalement fait à la hiérarchie. D'après les enquêteurs, ce témoignage est le seul recueilli auprès des collègues de l'assaillant et évoquant une radicalisation islamiste. 

La garde à vue de son épouse a de son côté été prolongée. Elle pourrait durer 96 heures au total. Le frère et la sœur de Mickaël H. ont eux aussi été entendus jeudi après-midi, en audition libre, a appris franceinfo de source proche de l'enquête.