Ce que l'on sait de l'homme qui a tué quatre personnes à la préfecture de police de Paris

Un fonctionnaire de la préfecture de police de Paris a agressé plusieurs de ses collègues avec un couteau jeudi 3 octobre avant d'être abattu. Il "aurait adhéré à une vision radicale de l'islam", selon le procureur antiterroriste Jean-François Ricard.

Mickaël Harpon, un fonctionnaire de la préfecture de police de Paris qui a tué quatre de ses collègues, le 3 octobre 2019.
Mickaël Harpon, un fonctionnaire de la préfecture de police de Paris qui a tué quatre de ses collègues, le 3 octobre 2019. (DR)

Le profil de l'assaillant se précise, deux jours après l'attaque à la préfecture de police de Paris (DRPP), durant laquelle un agent administratif de la direction des renseignements a tué quatre personnes sur son lieu de travail. Mickaël Harpon a été abattu de plusieurs coups de feu dans la cour de la préfecture. Samedi 5 octobre, le procureur antiterroriste Jean-François Ricard a détaillé le "périple meurtrier" de l'agent, et donné des détails sur les éléments concernant sa radicalisation.

>> Ce que l'on sait de l'attaque au couteau qui a fait cinq morts, dont l'assaillant, à la préfecture de police de Paris

Un père de famille de 45 ans qui "aurait adhéré à une vision radicale de l'islam"

Mickaël Harpon, 45 ans, est né à Fort-de-France (Martinique). Il souffrait d'un handicap, il était sourd à 70%. Marié, il avait deux enfants. Il vivait depuis plusieurs années à Gonesse (Val-d'Oise) dans une résidence où habitent également d'autres fonctionnaires de police.

Sa femme a été placée en garde à vue jeudi, garde à vue toujours en cours samedi. Elle y a expliqué que son mari a eu des visions et a entendu des voix la nuit qui a précédé son passage à l'acte. Il était "incohérent et agité", a-t-elle expliqué aux enquêteurs. Depuis le début de l'enquête, plusieurs éléments ont amené le parquet national antiterroriste (Pnat), saisi vendredi, à affirmer que Mickaël Harpon "aurait adhéré à une vision radicale de l'islam" et était en contact avec des individus de la "mouvance islamiste salafiste."

Le fonctionnaire s'était converti à l'islam il y a une dizaine d'années, selon le procureur antiterroriste. Jean-François Ricard a relayé lors d'une conférence de presse les résultats des premières investigations. Elles ont relevé de la part de Mickaël Harpon une "approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion", "son souhait de ne plus avoir certains contacts avec des femmes", "sa justification" des attentats de Charlie Hebdo en 2015, "son changement d'habitude vestimentaire depuis quelques mois". Toujours selon le procureur, l'assaillant abandonnait en effet "toute tenue occidentale au profit d'une tenue traditionnelle pour se rendre à la mosquée."

Un "fonctionnaire modèle"

Les investigations ont aussi "permis de faire apparaître des contacts entre l'auteur des faits et plusieurs individus, susceptibles d'appartenir à la mouvance islamiste". L'agresseur était adjoint administratif employé de catégorie C et travaillait au service informatique à la direction du renseignement depuis 2003. "Comme de nombreux agents de cette direction, il était habilité au secret défense et il était en règle avec les obligations inhérentes à ce type d'habilitations", a détaillé vendredi le préfet de police de Paris Didier Lallement lors d'un point presse. 

Interrogée par franceinfo, une ex-collègue qui a travaillé avec lui le présente comme "introverti""gentil" et qui parfois "n'était pas pris au sérieux". Il n'avait "jamais présenté de difficultés comportementales", a déclaré le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, ce que confirment plusieurs syndicats de police. Selon Loïc Travers, du syndicat Alliance police nationale, ses collègues décrivent un homme qui ne posait "strictement aucun problème. Il n’était pas connu pour un quelconque signalement. Il était juste un fonctionnaire modèle qui ne posait pas de soucis." Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure, s'appuie sur le témoignage de certains de ses collègues qui connaissent bien la direction où travaillait l'agresseur. "Ça ressemble vraiment à un acte de folie", explique-t-il sur franceinfo, ajoutant qu'il fallait être "très prudent". 

Un voisin "très discret" et "serviable"

Lors de sa garde à vue, sa femme a assuré que son mari entretenait des désaccords avec sa hiérarchie. Il avait le sentiment de ne pas être reconnu à sa juste valeur. Cet homme au casier judiciaire vierge avait fait l'objet d'une procédure pour violences conjugales en 2009.

Kamel, son voisin de palier, le décrit comme "très discret".  "Mais quand j’avais besoin de lui pour l’ordinateur, je le contactais, et il me faisait des réglages, se souvient-il. Il était très gentil, serviable, poli."  "C'est sûr que c'était pas des problèmes personnels, reprend Patricia. Sa situation familiale était apaisée, il vivait en paix avec sa femme, ses enfants, tout allait bien. Il avait envie de quitter la préfecture, parce qu'il devait avoir un problème en interne."