Au procès de la mort de Clément Méric, les débats n'ont pas permis, pour l'instant, de lever toutes les incertitudes

Cinq ans après la rixe mortelle en plein Paris, la cour d'assises cherche une cohérence à des fragments de mémoire.

Samuel Dufour, l\'un des trois accusés du procès de la mort de Clément Méric, à la barre devant la cour d\'assises de Paris, le 4 septembre 2018.
Samuel Dufour, l'un des trois accusés du procès de la mort de Clément Méric, à la barre devant la cour d'assises de Paris, le 4 septembre 2018. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

Clément Méric est tombé "KO, comme un boxeur" : c'est la seule certitude que partagent les témoins. Cinq ans après la rixe mortelle en plein Paris, la cour d'assises a cherché une cohérence à des fragments de mémoire, vendredi 7 septembre. L'un a vu l'éclat doré d'une arme, l'autre un poing nu. L'un a entendu un petit "cri de victoire", l'autre une injonction à fuir. Une première semaine de débats a vu défiler une galerie d'experts et de témoins, plus ou moins sûrs d'eux, dont les récits n'ont pas permis de lever toutes les incertitudes.

Deux anciens skinheads, Esteban Morillo et Samuel Dufour, 25 ans aujourd'hui, sont jugés pour des coups mortels portés en réunion et avec une arme - un poing américain. Ils encourent jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle. Un troisième accusé risque cinq ans de prison pour des violences.

 "Pour moi c'était un poing américain"

Esteban Morillo reconnaît lui avoir asséné deux coups, à main nue. Ce qui a frappé Alban A., qui sortait du passage du Havre au moment où démarrait la rixe, c'est "le son mat" des coups, "violents". "J'ai fait des arts martiaux, j'aurais voulu agir, mais j'étais gelé", témoigne-t-il. Il se souvient du "petit cri de joie de celui qui avait mis l'autre à terre". D'autres ont entendu "One shot" au moment où Clément Méric est tombé. Certains évoquent une femme qui hurle "c'est le diable".

Patrice H., SDF à l'époque, venait à peine d'arriver de son squat pour prendre place rue Caumartin, "il en voit un sortir un truc tout doré : pour moi c'était un poing américain". Il est formel, il fait "collection". Interrogé par la police, il identifie Esteban Morillo, alors cheveux ras. A l'audience, il s'embrouille, décrit un homme avec une queue de cheval. Ce dont il est sûr - il "n'avait pas commencé à boire" - c'est qu'une seule personne a frappé Méric.

"Je n'ai vu aucun poing américain"

Antoine G., cadre, se dirige vers le RER voisin. Il aperçoit un skinhead, qu'il désigne comme étant Samuel Dufour, armé d'un poing américain et porteur d'un tatouage toile d'araignée. Les trois accusés portent ce tatouage mais ce jour-là, la vidéo surveillance montre que Esteban Morillo est le seul à porter des manches courtes.

Mélanie Z., qui travaille dans le e-commerce, était au téléphone et ne réalise pas immédiatement ce qui se passe. Elle est à moins de trois mètres des groupes. Elle voit distinctement Esteban Morillo donner "deux coups à Méric" et Samuel Dufour frapper Matthias Bouchenot, un des antifas qui se tenait juste à côté. "Je n'ai vu aucun poing américain."

"C'est ce que je dis depuis le début", a soufflé Samuel Dufour, qui a affirmé porter des bagues.

Les experts divisés

Les camarades de Clément Méric, Steve Domas et Aurélien Bourdon, n'ont pas le souvenir d'un poing américain. En revanche, Matthias Bouchenot est catégorique. "Je vois Morillo fondre sur Clément et Dufour se jette sur moi", dit-il à la barre, précisant qu'Esteban Morillo a un poing américain "à la main droite". "Dufour avait aussi un poing américain, ce n'étaient pas des bagues. C'était un poing en anneaux", se souvient-il. "Quand il me frappe, le coup glisse, une partie me touche le bras."

L'autopsie n'avait décelé aucune fracture et avait exclu l'emploi d'une arme. Une contre-expertise présentée vendredi a conclu à l'existence d'une fracture du nez de Clément Méric compatible et avec des poings nus et avec des armes de type poing américain et/ou bagues. Les accusés seront interrogés en début de semaine, le verdict est attendu le 14 septembre.