Plus de 2 800 pompiers ont été agressés en 2017, 23% de plus qu'en 2016

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers réclame des mesures "fortes" de l'Etat pour mieux protéger ses quelque 147 000 soldats du feu. 

Des pompiers protestent contre le manque de moyens, à Lyon, le 11 octobre 2018. 
Des pompiers protestent contre le manque de moyens, à Lyon, le 11 octobre 2018.  (NICOLAS LIPONNE / NURPHOTO / AFP)

Trois fois plus d'agressions en dix ans : chaque année qui passe voit les pompiers envoyés secourir les personnes de plus en plus exposés aux violences provoquées par les détresses sociales, les comportements individualistes ou les excès d'alcool et de drogues. Le nombre d'agressions déclarées par les sapeurs-pompiers en intervention a grimpé de 23% en 2017, après 17,6% en 2016, selon les derniers chiffres publiés mercredi par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) du ministère de l'Intérieur.

Et 2018 semble prendre le même chemin : à Paris et en petite couronne, 293 pompiers ont été agressés sur les 11 premiers mois de l'année, contre 198 sur toute l'année 2017, selon la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). "Ces agressions sont d'autant plus inacceptables qu'elles peuvent mettre en danger les vies des personnes que les pompiers viennent secourir", souligne le capitaine Guillaume Fresse, de la BSPP.

Des "comportements de consommateurs"

Dans toute la France, en 2017, le nombre d'agressions de pompiers a atteint 2 813 (soit en moyenne 6 pompiers agressés pour 10 000 interventions), contre 2 280 en 2016 (5 pour 10 000). Le nombre de sapeurs-pompiers agressés pour 10 000 interventions en 2017 a été le plus élevé en Nouvelle-Aquitaine (14), en Bourgogne-Franche-Comté (13), dans le Grand Est (9) et les Hauts-de-France (8). Le nombre d'agressions déclarées a notamment explosé à Paris et Marseille, où les pompiers sont militaires : +74% pour ceux de la BSPP et +68% pour ceux du bataillon de marins-pompiers de Marseille.

Les hausses significatives de ces dernières années sont notamment le fait de personnes en détresse sociale, fortement alcoolisées ou sous l'emprise de stupéfiants.Guillaume Fresse, capitaine de la BSPPà l'AFP

"Ces hausses ne sont pas anodines. Elles reflètent ce que l'on perçoit dans les interventions à travers le territoire. On est moins respectés lors des opérations de secours, avec des gens insatisfaits, aux comportements de consommateurs, des réactions épidermiques très fortes", explique Eric Florès, directeur de la communication de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF). Les agressions n'augmentent pas nécessairement dans les quartiers urbains sensibles "où on sait faire, on intervient si nécessaire avec des forces de l'ordre", ajoute-t-il. L'évolution "est plus dans le reste du territoire, avec des comportements individualistes inadmissibles".

De moins en moins "soldats du feu", de plus en plus ultimes recours face à la détresse humaine ou aux "pétages de plombs", les pompiers sont accaparés par les secours à la personne (84% des interventions), des beaux quartiers urbains au fin fond des campagnes. Les agresseurs sont soit les personnes qu'ils viennent secourir, soit leurs proches, soit des témoins qui passaient par là. "Des gens qui se rebellent ou veulent en découdre avec les pompiers et s'en prennent à eux physiquement ou verbalement", note le capitaine Fresse. Certains incidents ont eu lieu récemment avec des "gilets jaunes" qui tenaient des carrefours ou des péages.

Un pompier tué par l'homme qu'il venait aider

En septembre dernier, pour la première fois depuis près de dix ans en France, un pompier a été tué par la personne qu'il était venu secourir : un pompier de la BSPP de 27 ans, poignardé dans le Val-de-Marne. La FNSPF avait alors appelé le gouvernement à faire en sorte que les forces de l'ordre soient systématiquement déployées aux côtés des pompiers lors des interventions jugées à risques. La FNSPF lui réclame d'autres "mesures fortes", comme le maintien du réseau pompier à travers tout le territoire et la mise en place de centres départementaux de réception des appels d'urgence avec un seul numéro (le 112) commun aux pompiers, à la police, à la gendarmerie et au Samu.

En 2017, 62% des sapeurs-pompiers agressés ont déposé plainte, contre 59% en 2016. Des pompiers hésitent à le faire dans les zones rurales, de peur des représailles : la FNSPF demande donc au gouvernement de faire en sorte qu'ils puissent le faire anonymement. Elle réclame aussi une politique pénale de tolérance zéro pour les agresseurs de pompiers.