Victime d'une erreur judiciaire, Marc Machin réclame 2 millions d'euros à l'Etat

Accusé à tort du meurtre du pont de Neuilly, en 2001, Marc Machin a passé près de six ans derrière les barreaux.

Marc Machin, le 20 décembre 2012, après avoir été acquitté du meurtre de Marie-Agnès Bedot.
Marc Machin, le 20 décembre 2012, après avoir été acquitté du meurtre de Marie-Agnès Bedot. (PIERRE VERDY / AFP)

Il a passé 2 126 jours derrière les barreaux pour rien. La cour d'appel de Paris a examiné, lundi 16 juin, la demande de Marc Machin, accusé à tort de meurtre en 2001, et qui réclame à l'Etat près de 2 millions d'euros d'indemnisation.

Condamné par deux fois aux assises, en 2004 et 2005, pour le meurtre de Marie-Agnès Bedot le 1er décembre 2001 sur le pont de Neuilly (Hauts-de-Seine), le jeune homme a finalement été acquitté en décembre 2012, au terme d'un troisième procès. Entre temps, l'auteur du meurtre, David Sagno, s'était constitué prisonnier en mars 2008, ce qui a permis l'annulation de la condamnation de Marc Machin par la Cour de révision.

"La prison, ça a été difficile… plus que difficile"

"Ce qui a été fait est fait. On ne peut pas faire marche arrière, hélas", souffle Marc Machin, présent à l'audience, et en proie à une extrême émotion. Lors de sa plaidoirie, son avocat, Me Louis Balling, a revisité le terrible parcours de ce jeune adulte, interpellé à 19 ans et qui, épuisé par sa garde à vue, avait avoué les faits, tout en étant incapable de décrire le meurtre.

Accusé du meurtre d'une femme, fils de policier, Marc Machin n'a jamais décrit en détail ce qu'il avait vécu en détention, mais l'administration pénitentiaire avait observé que "le reste de la population carcérale [souhaitait] exercer des représailles" sur lui, a rappelé Me Balling. Son père, qui lui rendait régulièrement visite, a notamment constaté lors d'un parloir qu'il avait le visage tuméfié. "La prison, ça a été difficile... plus que difficile", a expliqué Marc Machin, qui s'est plusieurs fois effondré en sanglots, peinant à masquer sa très grande nervosité.

1,06 million d'euros réclamé au titre du préjudice moral

Dans le détail, le principal poste d'indemnisation concerne le préjudice moral, celui lié à la détention, pour 1,06 million d'euros, et celui lié à sa double condamnation ainsi qu'à la longueur de la procédure (11 ans), pour 800 000 euros, a détaillé Me Balling. En y ajoutant l'indemnité demandée pour préjudice matériel, qui correspond principalement aux revenus qu'aurait perçus Marc Machin s'il avait été libre et avait exercé une profession, le total se monte à 1,997 million d'euros.

L'avocat a également réclamé 150 000 euros pour respectivement le père, la sœur et le frère de Marc Machin. Son père a en effet dû abandonner son activité professionnelle et fait face à une profonde dépression. Sa sœur a rompu avec lui car elle le croyait coupable et n'a pas vraiment renoué depuis, tandis que son frère a fait une tentative de suicide.

La décision a été mise en délibéré au 30 juin. Depuis sa libération, Marc Machin a été condamné, en 2010, à trois ans d'emprisonnement pour trois agressions sexuelles, puis de nouveau en 2013 pour vol et violences. "Je vais essayer de trouver du travail, essayer de prendre des bonnes résolutions et de m'y tenir", a affirmé Marc Machin en fin d'audience.