Chanteloup-les-Vignes : ce que l'on sait des violences urbaines qui ont provoqué l'incendie d'un bâtiment culturel

D'une valeur de 800 000 euros, un chapiteau géré par une association culturelle implantée dans la ville depuis trente ans a été détruit dans la nuit de samedi à dimanche. Les policiers et les pompiers ont également été attaqués.

La maire de Chanteloup-Les-Vignes a partagé sur Twitter la photo du chapiteau incendié, samedi 2 novembre 2019, dans le quartier de la Noé. 
La maire de Chanteloup-Les-Vignes a partagé sur Twitter la photo du chapiteau incendié, samedi 2 novembre 2019, dans le quartier de la Noé.  (COMPTE TWITTER DE CATHERINE ARENOU)

Les heurts ont débuté il y a quelques semaines, mais ils ont pris une acuité particulière samedi 2 novembre dans la soirée. Dans le quartier de la Noé à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), une trentaine de jeunes ont lancé des projectiles sur des pompiers et des policiers qui tentaient de les protéger, blessant légèrement deux d'entre eux.

Ces violences urbaines ont provoqué des dégâts importants. Le chapiteau d'un cirque appartenant à une association locale de spectacle vivant, implantée depuis trente ans dans la ville, a été incendié, apparemment volontairement. Il venait d'être reconstruit pour une valeur de 800 000 euros. La maire de la ville, Catherine Arenou, s'est dite "écoeurée". Retour sur ce samedi soir de violences.

Que s'est-il passé ?

Dans cette ville de 10 000 habitants de la grande banlieue parisienne, les affrontements ont débuté samedi vers 19 heures "avec des jets de cocktails Molotov", selon une source policière. A cette heure-là, des containers poubelles et des luminaires d'éclairage public ont été incendiés et le quartier de la Noé a été plongé dans l'obscurité. "Des jeunes auraient d'abord mis le feu à des poubelles dans plusieurs endroits de la ville avant de s'en prendre au chapiteau. Les pompiers attaqués ont dû être protégés par les forces de l'ordre", explique France 3 Ile-de-France.

Selon William Blanchet, le secrétaire général départemental du syndicat SGP Police interrogé par France 3, "il s'agissait d'une trentaine d'individus qui étaient cachés derrière des buissons avec le visage dissimulé, avec des bâtons, des cailloux, des mortiers. C'était un guet-apens". "La caserne des soldats du feu, située à proximité, aurait d'ailleurs elle aussi été la cible de tirs de mortiers et de feux d'artifice", ajoute Le Parisien

L'incendie du bâtiment l'Arche, centre culturel dédié aux arts scéniques et du cirque, s'est déclenché vers 22h30, semant la stupeur et la consternation chez de nombreux riverains. Le Bureau d'information jeunesse, centre d'accueil et d'information pour les jeunes de 15 à 25 ans, a lui aussi été vandalisé, avant que les violences ne se terminent, vers 23 heures. Deux policiers ont été légèrement blessés, selon la police, et deux personnes sont en garde à vue, dont un mineur de 17 ans.

Pour la maire divers droite Catherine Arenou, l'incendie du chapiteau est "délibéré" puisqu'"il a été retrouvé deux départs de feu, sur deux côtés" du bâtiment. Les images de l'incendie ont été largement relayées sur les réseaux sociaux par des internautes, comme celui-ci :

Une première enquête de flagrance a été ouverte pour "destructions de biens par incendie". Une seconde a été ouverte pour "groupement formé en vue de la commission d'actes de violences ou de destructions et dégradations", "violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique" et "embuscade en réunion en vue de commettre des violences avec usage ou menace d'une arme".

Quels sont les dégâts ?

Le dégât le plus marquant est l'incendie du chapiteau appartenant à la Compagnie des contraires, une association de cirque implantée depuis près de trente ans à Chanteloup-les-Vignes, dans le quartier de la Noé. Appelée l'Arche, cette grande structure en bois venait d'être reconstruite pour un coût de 800 000 euros  La préfecture des Yvelines, qui condamne "avec la plus grande fermeté l'incendie", en a diffusé une photo.

"On y trouve une école sociale du cirque" et le bâtiment "accueille beaucoup d'enfants", a déploré la maire, qui cherche actuellement une solution de repli. "En l'espace de trois heures, c'est tout le travail d'une compagnie depuis vingt ans qui part en fumée", a confié Catherine Arenou à franceinfo. 

Ce chapiteau était notamment utilisé par les écoles et les collèges situés à proximité, mais aussi par ceux des Hauts-de-Seine. "Il y avait une sorte de magie dans ce lieu qui faisait que, quel que soit son origine, on avait une espèce de passion commune, souffle Catherine Arenou. C'est un lieu que l'on ne peut plus utiliser. Que vont devenir ces enfants, à partir de demain soir, qui fréquentaient ce cirque ?" France 3 Ile-de-France a publié plusieurs photos de la structure détruite sur son compte Facebook.

 

Comment expliquer ces violences ?

Selon Catherine Arenou, Chanteloup-les-Vignes était "la proie d'agressions diverses et variées" bien avant samedi soir. "Cette violence s'exerce depuis quelques semaines contre les bâtiments publics, contre la police, contre les pompiers, contre les chauffeurs de bus, contre tous ceux qui servent le territoire, en fait", a-t-elle confié à France 3 Ile-de-France. L'élue a aussi parlé des coupures d'éclairage public quotidiennes provoquées, depuis un mois, par le saccage des réverbères par certains jeunes dans le quartier de la Noé. 

En cause, la réhabilitation de ce quartier sensible et la destruction d'une barre d'immeubles, qui dérangeraient les trafiquants de drogue. Ces travaux "dérangent l'économie souterraine", confirme également une source policière à l'AFP. 

En avril 2018, une école maternelle avait brûlé dans le quartier de la Noé. Un évènement que la maire avait mis en avant pour tirer la sonnette d'alarme sur le sort des banlieues, à quelques jours de la remise d'un rapport par Jean-Louis Borloo censé apporter des solutions pour les quartiers sensibles.

Quelles sont les réactions ?

Touchée au premier chef, la maire, Catherine Arenou, s'est dite "anéantie" sur Twitter, mais s'est engagée à reconstruire.

Son tweet a été relayé, entre autres, par le ministre du Logement, Julien Denormandie, et par la présidente de la région Ile-de-France. "S’en prendre à un lieu de culture dans les quartiers populaires est abject et absurde. Nous reconstruirons ensemble", promet Valérie Pécresse.

Quant au ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, il a réaffirmé sa "pleine confiance" dans la police nationale "pour identifier les auteurs de ces actes lâches et imbéciles et les traduire en Justice". Il a aussi assuré de son "indéfectible soutien" aux "policiers et pompiers pris pour cible hier soir alors qu'ils rétablissaient l'ordre et protégeaient nos concitoyens".