Condamnation d'Abdelkader Merah : "Nous avons vaincu plusieurs légendes dans cette affaire, dont celle d'un loup solitaire"

Patrick Klugman, avocats de proches de victimes de Mohamed Merah, estime que "la justice a enfin été rendue", après la condamnation jeudi du frère du tueur au scooter à 30 ans de réclusion pour association de malfaiteurs et complicité d'assassinat.

Patrick Klugman, l\'avocat de Samuel Sandler, le 25 mars 2019.
Patrick Klugman, l'avocat de Samuel Sandler, le 25 mars 2019. (THOMAS SAMSON / AFP)

"La première fois, nous n'avions pas eu un procès historique mais un procès hystérique. Là, chaque partie a pu débattre et on a vu que les éléments étaient extrêmement nombreux et extrêmement sérieux", s'est réjoui vendredi 19 avril sur franceinfo Patrick Klugman, l'avocat de proches de victimes. Il estime que "la justice a enfin été rendue", après la décision de la cour d'assises de Paris qui a condamné jeudi Abdelkader Merah à 30 ans de réclusion pour association de malfaiteurs et complicité d'assassinat pour les sept meurtres perpétrés par son frère, Mohamed Merah, en mars 2012.

franceinfo : Est-ce que vous avez, ce matin, le sentiment qu'une injustice a été réparée ?

Patrick Klugman : J'ai surtout le sentiment que la justice a enfin été rendue. La cour d'assises a rectifié les choses. Lorsque nous sommes sortis du premier des procès, j'avais estimé que la cour n'avait pas tiré les constatations de ce qu'il y avait dans ce dossier. Que les éléments de complicité avaient été débattus mais que la cour, par une espèce de crainte ou de prudence juridique, n'en avait pas tiré les conséquences judiciaires. Maintenant c'est fait.

Quels élements êtes-vous parvenu à établir ?

Nous avons vaincu plusieurs légendes dans cette affaire. D'abord celle d'un loup solitaire qui aurait agi seul. Mohamed Merah ne pouvait pas, même pour des raisons idéologiques, tenant au salafisme, être un loup solitaire. Ensuite et surtout, la fable du dossier vide qu'avait agité la défense d'Abdelkader Merah avant le premier procès. Là, on a bien vu que les éléments étaient trop nombreux. La complicité au moment du vol du scooter, la première consultation du site Le Bon Coin, la chronologie du mois de mars où Mohamed Merah ne voit que son frère. Ce n'était pas des pointillés. Un point plus un point ça fait une ligne et cette ligne, c'est celle de la condamnation pour complicité d'assassinat.

En quoi ce procès était différent ? Certains évoquent un procès plus technique.

C'était avant tout un procès beaucoup plus serein dans lequel chaque partie a pu beaucoup plus s'exprimer, même la défense d'Abdelkader Merah et Abdelkader Merah lui-même. Ce n'était pas un procès chaotique. La première fois nous n'avions pas eu un procès historique mais un procès hystérique. Là, chaque partie a pu débattre de chaque élément du dossier et on a vu que les éléments étaient extrêmement nombreux et extrêmement sérieux. À part cela, oui, nous avons eu un dossier technique, sur des notions juridiques essentielles autour de "l'association de malfaiteurs terroristes criminels" et de la "complicité d'assassinat en matière terroriste". Donc tout a été débattu, les faits, mais le droit aussi, ce qui est très rare en cour d'assises.

Est-ce qu'il reste selon vous des zones d'ombre dans cette histoire ?

Il reste évidemment de nombreuses zones d'ombre, par exemple quand le repérage de l'école a été fait. Nous n'en avons aucune trace. Or le 19 mars, Mohamed Merah va directement à l'école à l'heure de la rentrée des classes ce qui lui permet d'assassiner la famille de mon client [Samuel Sandler]. On ne sait pas non plus qui Mohamed Merah a rencontré au Pakistan, permettant à Al-Qaïda plus tard de revendiquer les assassinats. Mais dans toutes les affaires criminelles, il demeure des zones d'ombre et si on exclut l'absence d'ADN et d'aveux dans ce dossier, les éléments restent extrêmement solides.