"Welcome to New York" : la VOD peut-elle être un bon coup commercial ?

Le film, inspiré de l'affaire DSK, n'est pas diffusé dans les salles de cinéma, mais seulement en vidéo à la demande sur internet. Francetv info a interrogé Pascal Lechevallier, spécialiste de la VOD, sur ce nouveau modèle.

L\'affiche de \"Welcome to New York\", le film d\'Abel Ferrara.
L'affiche de "Welcome to New York", le film d'Abel Ferrara. (VALERY HACHE / AFP)

Welcome to New York, inspiré de l'affaire DSK, a su voler la vedette aux œuvres présentées à Cannes... alors même qu'il ne sort pas en salle. En plus de son sujet polémique, le film peut compter sur une particularité : une diffusion uniquement sur les plateformes de vidéo à la demande (VOD). Au prix de 7 euros, Welcome to New York est disponible sur internet depuis le 17 mai, jour de sa sortie. Une première pour un film aussi médiatisé. Pour Pascal Lechevallier, spécialiste de la VOD, ce modèle pourrait devenir une alternative aux circuits de diffusion traditionnels.

Francetv info : Pourquoi Welcome to New York est-il disponible uniquement en VOD ?

Pascal Lechevallier : Quand une équipe fait le tour des chaînes de télévision pour financer son film, et que celles-ci n'achètent pas, comme cela a été le cas pour Welcome to New York, la VOD est une alternative : on s’ouvre à un réseau qui permet de toucher tous les internautes.

C'est aussi un moyen de contourner la "chronologie des médias" [la règle française qui détermine les délais d'exploitation d'une œuvre de cinéma]. En salle, le film dispose d’une fenêtre d’exploitation de quatre mois. Au bout de ce délai, il peut être diffusé en vidéo et VOD. Or, 95% des films sortis en France en 2012-2013 ont une durée de vie inférieure à huit semaines en salle. Problème : après ces huit semaines et jusqu’au quatrième mois d’exploitation, la piraterie se développe. Et l'on n’a toujours pas trouvé la parade. A la fin de la huitième semaine, on devrait pouvoir proposer le film en VOD. En France, la "chronologie des médias" est une loi, on ne peut pas y échapper. Alors qu'aux Etats-Unis, la diffusion est un processus contractuel, et repose seulement sur un accord entre les studios et les plateformes de diffusion à la demande.

La diffusion par VOD contrecarre-t-elle le piratage ?

Le piratage, par essence, est inévitable. A partir du moment où les fichiers sont mis en ligne, le film devient évidemment enregistrable, stockable et rediffusable de manière illégal. Cela est valable pour tous les contenus. Welcome to New York n'y échappera pas, et sera forcément copié et diffusé de manière illégale. Mais la diffusion par VOD est une mesure qui tend à promouvoir l’offre légale, même si c’est une bataille extrêmement difficile. Il est important que l’offre légale continue à être attractive, pour montrer aux utilisateurs qu’il n’existe pas que l’offre illégale.

Y a-t-il un marché de la VOD en France ?

Bien évidemment. Mais la vraie question se situe dans les équilibres économiques. Aujourd’hui, un film a une structure de financement assez complexe, avec des coproducteurs, des processus d’achat... Alors, pour agir directement avec le marché final, le consommateur, c’est très compliqué. En 2013, la VOD ne pèse encore que 300 millions d'euros sur le marché global de la vidéo (DVD, Blu-ray, VOD) qui pèse un milliard d'euros. Welcome to NY est un très bon exemple, parce que cela nous permettra de voir jusqu’où les spectateurs peuvent aller.

On ne peut pas encore savoir si Welcome to New York est économiquement viable, puisqu’on est seulement au deuxième jour de sortie numérique. Il faudra calculer si l’investissement du film et celui de la promotion sont couverts par les bénéfices des visionnages. Cela dépendra du nombre de séances en VOD. Vincent Maraval, l'un des producteurs français du film, dit lui-même ne pas en connaître la rentabilité.

Symboliquement, la VOD n'est-elle pas la fin de l'œuvre de cinéma ?

Obtenir un visa d’exploitation donne-t-il automatiquement un statut d’œuvre de cinéma ? Rien n’est moins sûr. Aujourd’hui, l’ère numérique permet d'envisager différentes voies d’exploitation. C’est au producteur d’y réfléchir. Certaines œuvres sont faites pour le circuit traditionnel : salle, puis diffusion par DVD et VOD. D’autres, grâce à internet et au numérique, sont peut-être destinées à être directement diffusées auprès des utilisateurs.