Mort de Nahel : après les violences, l'exécutif pressé par les injonctions contradictoires des oppositions

Après la mort d'un adolescent, tué lors d'un contrôle routier dans les Hauts-de-Seine, des violences urbaines ont éclaté. Le gouvernement veut calmer la situation, mais quand la gauche réclame un débat, la droite et l'extrême droite demandent plus de fermeté.
Article rédigé par Julie Marie-Leconte
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Voitures brûlées cité Pablo-Picasso à Nanterre (Hauts-de-Seine), jeudi 29 juin 2023. (BERTRAND GUAY / AFP)

Une nouvelle nuit de violences urbaines. Après la mort de Nahel, cet adolescent de 17 ans tué par un tir d'un policier lors d'un contrôle routier, mardi à Nanterre (Hauts-de-Seine), plusieurs villes en Ile-de-France et dans les autres régions se sont embrasées. Au total, dans la nuit de mercredi à jeudi, il y a eu 159 interpellations, 133 policiers et gendarmes ont été blessés, 27 locaux de police ont été attaqués et 22 bâtiments publics, dont huit mairies, ont été incendiés ou dégradés. Ce jeudi soir, le dispositif policier sera renforcé. 

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C'est une séquence compliquée pour l'exécutif, qui cherche le retour au calme, pressé par les injonctions contradictoires des oppositions. En conférence de presse, Eric Ciotti, le patron des Républicains a solennellement réitéré sa demande à Emmanuel Macron de décréter l'état d'urgence. Une requête rejetée pour le moment par le gouvernement.

Un état d'urgence qui est également réclamé à l'extrême droite par Eric Zemmour ou encore par Jordan Bardella, le président du Rassemblement national : "Les Français, notamment dans ces quartiers, et notamment les fonctionnaires de police, sont extrêmement inquiets des heures qui viennent. Quand on brûle des mairies, des écoles, des commissariats, quand on s'en prend à des représentants de l'autorité de l'État, on n'est pas une victime, on est un criminel qui doit être très sévèrement puni. La loi et l'ordre doivent revenir sur le territoire français."

Sur ce point, les droites et l'exécutif sont alignés. Pour Emmanuel Macron, les violences sont injustifiées. 40 000 policiers et gendarmes seront mobilisés, et la BRI, le Raid et le GIGN sont prêts à être engagés en cas de nécessité, selon une source policière à franceinfo. "S'en prendre à des symboles de la République, c'est absolument intolérable" juge pour sa part la Première ministre en déplacement à Garges-lès-Gonesse, où la mairie a été attaquée dans la nuit de mercredi à jeudi. Sur le terrain, le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice promettent que les émeutiers seront identifiés et sanctionnés. "La justice ne se rend pas dans la rue", prévient Éric Dupond-Moretti. Alors qu'Eric Ciotti pointe la responsabilité de l'extrême gauche qui a, selon lui, appelé à l'émeute, Eric Dupond-Moretti déclare que "tous ceux qui crachent sur la police et sur la justice sont les complices moraux des exactions qui sont commises".

"On ne répond pas à la colère avec le Raid et le GIGN"

La gauche de son côté, continue de réclamer une réponse politique à la crise. "On ne répond pas à la colère avec le Raid et le GIGN. On y répond par la justice et par une réforme en profondeur de la police" dit l'insoumis Manuel Bompard. La gauche veut un débat sur la violence systémique, que refusent et la droite, et la majorité. La France insoumise dépose également une proposition de loi pour abroger la loi de 2017 sur le refus d'obtempérer.

Le député LFI du Val-d'Oise Paul Vannier était avec Elisabeth Borne jeudi matin lors de son déplacement à Garges-lès-Gonesse. Il lui a répété qu'il fallait bouger : "On sent que ce que nous dénoncions depuis des années, seuls, en étant très critiqués, quand nous disions que la police tue, nous ne nous trompions pas. Le pays l'appelle, le débat public a évolué, il est temps de passer aux actes. Ce sont des réponses politiques qui permettront d'apaiser la situation. C'est cette façon de dire : 'Calmez-vous et passez à autre chose' qui est devenue insupportable."

Un terrain sur lequel l'exécutif ne veut pas aller. "Pendant six ans, on a refusé de légiférer dans l'urgence" assure un conseiller du pouvoir. La preuve que la justice fonctionne, selon Elisabeth Borne : le parquet a demandé la mise en examen pour homicide volontaire du policier et son placement en détention. Ce jeudi soir, c'est fait. La justice avance, mais la politique doit suivre, martèle de son côté Jean-Luc Mélenchon.

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