Info franceinfo Affaire Adama Traoré : les deux juges ont réentendu les gendarmes impliqués dans son interpellation

Dans leurs auditions que franceinfo a pu consulter, les militaires racontent leur version des faits, le soir de la mort du jeune Adama Traoré, le 19 juillet 2016 lors de son interpellation.

Article rédigé par
Armêl Balogog - David Di Giacomo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un manifestant tient une pancarte "Soutien à Assa, justice pour Adama" devant le palais de justice de Paris, le 7 mai 2021. (THOMAS SAMSON / AFP)

Les deux juges d'instruction chargés des investigations sur les causes de la mort du jeune Adama Traoré le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) ont réentendu en mai dernier les trois gendarmes impliqués dans son interpellation, quasiment six ans après les faits, a appris franceinfo de sources concordantes. L'avocat des proches du jeune homme dénonce "l'amnésie" opportune des gendarmes.

Dans leurs auditions que franceinfo a pu consulter, les militaires racontent pour une quatrième fois comment Adama Traoré s'est réfugié dans un appartement obscur après avoir échappé à une première interpellation, comment il s'est débattu pour ne pas être arrêté à nouveau dans l'appartement, comment ils lui ont immobilisé les bras et les jambes.

Les gendarmes tempèrent leur récit

Leur version reste la même mais ils tempèrent tout de même leur récit. Le gendarme qui avait dit qu'ils s'étaient "jetés sur lui" assure que c'était uniquement une "façon de parler" pour dire que l'interpellation a été très rapide. Quant à celui qui affirmait qu'ils étaient "à trois dessus", il assure maintenant que seul un gendarme avait les deux genoux posés sur son dos.

Le reste, les trois militaires s'en souviennent peu. De nombreuses questions donnent lieu à des "je ne me souviens plus". Un seul a entendu Adama Traoré dire qu'il avait du mal à respirer. Il assure que c'était pendant la palpation, quand il était allongé sur le côté, et non pendant qu'il était sur le ventre, retenu au sol, comme ce qui avait précédemment été déclaré. Tous les trois, en revanche, constatent ensuite qu'il est essoufflé, mais sans que cela ne leur semble inquiétant puisque le jeune homme de 24 ans venait de courir et qu'il faisait une chaleur caniculaire.

Les gendarmes "jouent l'amnésie"

Interrogé par franceinfo, l'avocat de la famille d'Adama Traoré ironise. Yassine Bouzrou estime que les gendarmes "jouent l'amnésie" et qu'ils "profitent du pourrissement de cette procédure organisé depuis le début par les magistrats instructeurs. Il est inadmissible, lorsqu'on est entendu sur des faits aussi précis, de dire qu'on ne se souvient de rien."

"La logique aurait dû être une mise en examen car la mauvaise foi est assez évidente mais malheureusement dans ce dossier, la loi n'est pas respectée et les magistrats instructeurs semblent continuer à tout mettre en œuvre afin d'exonérer les gendarmes de la mort d'Adama Traoré à la suite d'une interpellation extrêmement violente", continue-t-il.

L'avocat de deux des gendarmes, Rodolphe Bosselut, préfère souligner que ses clients, qui nient avoir provoqué la mort du jeune homme, ont "confirmé avoir tout mis en oeuvre pour porter assistance à Adama Traoré après son malaise". Ils ont en effet expliqué que, après avoir constaté qu'il avait fait un malaise, ils assurent avoir tout fait pour lui venir en aide : ils ont pris son pouls, écouté sa respiration, l'ont placés en position latérale de sécurité et ont appelé les secours.

Les trois militaires sont actuellement placés sous le statut de témoins assistés dans cette affaire, ils ne sont donc pas poursuivis.

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