Emeutes après la mort d'Adama Traoré : son frère Bagui acquitté aux assises

Cinq personnes étaient jugées depuis le 21 juin à Pontoise pour des tirs sur les forces de l'ordre dans le Val-d'Oise au cours de plusieurs nuits de violences urbaines particulièrement intenses après la mort d'Adama Traoré en 2016.

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Une manifestation pour la libération de Bagui Traoré, le 22 juillet 2017 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise). (BERTRAND GUAY / AFP)

Détenu depuis quatre ans et demi, il a toujours clamé son innocence. Bagui, le frère d'Adama Traoré, mort le 19 juillet 2016 lors de son interpellation par les gendarmes, a été acquitté, vendredi 9 juillet, par la cour d'assises du Val-d'Oise. Il était accusé d'avoir eu un rôle dans les émeutes urbaines qui avaient suivi la mort de son frère. Au terme de ce procès entamé le 21 juin, l'avocat général avait requis l'acquittement : "Je ne suis pas là pour faire des hypothèses, je n'ai pas de preuves. Et quand on n'a pas de preuves, on en tire les conséquences."

Bagui Traoré faisait partie de cinq personnes jugées depuis le 21 juin à Pontoise pour des tirs d'armes à feu sur les forces de l'ordre à Persan et Beaumont-sur-Oise, au cours de violences urbaines particulièrement intenses les nuits qui ont suivi la mort de son frère. Outre Bagui Traoré, son ex-compagne ainsi qu'un homme accusé d'avoir été l'un des tireurs ont été acquittés. Deux hommes ont été en revanche condamnés à 12 ans de réclusion criminelle et à huit ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour tentatives de meurtre sur des gendarmes.

Les mots durs de Marc Trévidic sur l'enquête

"La justice ne peut pas se passer de preuves, or c'est ce qu'il s'est passé dans le cas de Bagui Traoré", a déclaré le président de la cour Marc Trévidic en lisant la motivation du verdict, prononcé après une trentaine d'heures de délibération dans ce dossier "hors normes" aux 13 000 pièces cotées et quelque 90 parties civiles.

L'ancien juge antiterroriste a eu des mots particulièrement durs pour l'enquête de police qui a désigné Bagui Traoré comme tireur ou donneur d'ordres lors des émeutes et a abouti, au terme de cinq ans de procédure, à son renvoi devant les assises. "Personne, ni dans la procédure ni à l'audience, n'a indiqué l'avoir vu tirer sur des forces de l'ordre ou même s'être tenu à proximité d'un tireur. De même, personne ne l'a entendu donner des consignes ou avoir fourni une arme à feu, a-t-il détaillé. L'enquête en était restée aux simples hypothèses et un débat sur de simples hypothèses a certainement sa place dans un bureau d'enquêteurs mais pas devant une cour d'assises".

"Le chemin n'est pas fini", estime Assa Traoré

Dans ses plaidoiries mercredi, la défense de Bagui Traoré a pour sa part fustigé un "naufrage" de l'institution judiciaire et accusé les enquêteurs d'avoir ciblé Bagui Traoré pour "faire diversion" à la mort de son frère Adama. Un drame toujours en cours d'instruction et dont l'ombre a hanté tout le procès.

"Mon frère est fatigué, mon frère a crié pendant cinq ans. Aujourd'hui mon frère est libre", a déclaré Assa Traoré à la presse sur les marches du tribunal de Pontoise, quelques minutes après le prononcé du verdict. "Cette décision est bonne mais nous avons besoin d'avoir une confiance totale en la justice, donc le chemin n'est pas encore fini", a ajouté la militante, en référence à l'instruction toujours en cours sur les circonstances de la mort d'Adama et dont elle a fait le combat de sa vie.

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