Vrai ou fake Sécurité, reconnaissance faciale, RN... On a vérifié les affirmations de Valérie Pécresse sur franceinfo

La présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse (Libres !, ex-LR) était mercredi l'invitée, sur franceinfo, de Marc Fauvelle et Salhia Brakhlia. L'occasion de défendre sa candidature aux élections régionales, tout en critiquant le bilan de la majorité présidentielle et les prises de position du Rassemblement national.

Article rédigé par
Nina Droff, Antoine Krempf, Julien Nguyen Dang - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8 min.
Valérie Pécresse, présidente (Libres !) de la région Ile-de-France était l'invitée du "8h30 franceinfo", le 2 juin 2021. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

A l'approche des élections régionales des 20 et 27 juin prochains, la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse (Libres !, ex-LR) était l'invitée de franceinfo mercredi 2 juin, face à Marc Fauvelle et Salhia Brakhlia. L'occasion, pour la présidente en campagne pour sa réélection, de s'en prendre aux élus du Rassemblement national (RN) et de se positionner sur divers sujets d'actualité comme le recours à la reconnaissance faciale ou aux travaux d'intérêt général... La cellule #VraiouFake de franceinfo a vérifié plusieurs affirmations de la tête de liste de la droite.

Jordan Bardella a-t-il voté "contre le bouclier de sécurité" et "la charte de la laïcité" au conseil régional ?

"Monsieur Bardella, mon adversaire aux régionales, a voté contre le bouclier de sécurité que nous avons mis en place pour financer toutes les opérations de sécurité au lendemain des attentats du Bataclan, affirme la présidente de la région. Il a voté contre la charte de la laïcité, qui est là pour lutter contre la radicalisation islamiste."

C'est partiellement vrai. Adopté en 2016 à l'initiative de Valérie Pécresse, ce "bouclier de sécurité" a permis d'accroître les moyens de la région pour la sécurité des Franciliens, en développant notamment la vidéosurveillance. Un texte adopté à une large majorité malgré des critiques émises par l'opposition, rappelle France Bleu. Lors de son vote, le groupe Front national, dont faisait alors partie Jordan Bardella, s'était abstenu, contrairement à ce qu'affirme Valérie Pécresse. "Beaucoup trop d'éléments sont hors compétence de la région", déplorait alors en séance le conseiller régional FN Jean-Lin Lacapelle.

A propos de la charte de la laïcité, un texte adopté en 2017 et que doivent depuis respecter les bénéficiaires de subventions de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse dit vrai. Le groupe Front national a bien voté contre la proposition, tout comme des élus issus du front de gauche et d'Europe Ecologie-Les Verts. Les élus du Front national expliquaient alors en séance se positionner "contre le procédé qui consiste à faire semblant de résoudre les difficultés par les seules paroles verbales".

Les accusations de Valérie Pécresse à l'encontre d'élus RN sont-elles fondées ?

Valérie Pécresse s'est aussi attardée sur le profil de plusieurs élus du Rassemblement national : "On avait monsieur Axel Loustau, un ami de monsieur Dieudonné, qui est sorti de l'hémicycle du conseil régional quand nous avons rendu un hommage à Simone Veil, a avancé la présidente de la région Ile-de-France. Monsieur Bardella a conduit une liste aux européennes, une liste sur laquelle il y avait Jean-François Jalkh (…), qui a tenu des propos révisionnistes sur les chambres à gaz. Au conseil régional, il y a aussi un monsieur Cherrier, qui s'est rendu coupable d'agressions sexuelles au sein du conseil régional."

Ce qu'il en est. Treizième sur la liste du RN aux élections européennes conduite par Jordan Bardella, Jean-François Jalkh a été rattrapé en 2017 par des propos révisionnistes tenus dix-sept ans plus tôt face à l'universitaire Magali Boumaza, rapporte Le Monde. Qualifiant de "sérieux" des négationnistes tels que Robert Faurisson – condamné plusieurs fois pour contestation de crime contre l'humanité –, Jean-François Jalkh avait déclaré à propos du gaz Zyklon B, employé dans les chambres à gaz : "Moi, je considère que, d'un point de vue technique, il est impossible, je dis bien impossible, de l'utiliser dans des (…) exterminations de masse." Des propos que le député européen du RN a tenu à réfuter, mais dont l'universitaire affirme détenir un enregistrement, rapporte Le Monde.

De son côté, le conseiller régional de Seine-et-Marne Pierre-Charles Cherrier avait été visé en février 2020 par une enquête pour agression sexuelle et harcèlement : une plainte avait été déposée par une collaboratrice du RN. Pierre-Charles Cherrier avait été exclu du groupe RN Ile-de-France, rapporte France 3 Paris Ile-de-France. Il fait aujourd'hui partie des non-inscrits.

Pour ce qui est d'Axel Loustau, son absence lors des hommages à l'ancienne présidente du Parlement européen Simone Veil n'est pas attestée par les procès-verbaux des séances du conseil régional. Contacté par franceinfo, il n'a pas répondu à notre sollicitation. Par ailleurs, le nom d'Axel Loustau figure bien sur les feuilles de présence lors de l'hommage rendu (PDF) à Simone Veil le 6 juillet 2017, quelques jours après sa mort, ou lors du dévoilement de la plaque (PDF) pour rebaptiser l'amphithéâtre du conseil régional à son nom le 21 septembre de la même année (une décision d'ailleurs adoptée à l'unanimité des élus). 

Le visage des passagers d'avions est-il "matché" avec le fichier des personnes recherchées pour terrorisme ?

La présidente sortante du Conseil régional d'Ile-de-France propose de mettre en place un système qui permettrait d'identifier, via les caméras de vidéosurveillance, les personnes "condamnées pour terrorisme" à l'entrée des gares. Pour elle, il s'agirait de décliner ce qui existe déjà dans les aéroports : "Aujourd'hui si vous prenez l'avion, votre visage est reconnu et 'matché' avec le fichier des personnes recherchées antiterroristes."

C'est faux. Plusieurs aéroports français expérimentent actuellement un dispositif de reconnaissance faciale qui vise à fluidifier l'embarquement des passagers. Le système PARAFE scanne le visage du passager et s'assure qu'il correspond bien à la photo du passeport. Mais ce dispositif est basé sur le volontariat et n'a pas vocation à comparer le visage scanné avec le Fichier des personnes recherchées (FPR), qui répertorie notamment les terroristes et les fichés S.

"Il s'agit seulement d'un dispositif d'authentification de l'identité. Les fichiers de personnes recherchées ne peuvent pas être utilisés pour de la reconnaissance faciale", précise à franceinfo Arthur Messaud, juriste spécialisé dans les données personnelles et membre de la Quadrature du Net. Le décret relatif au FPR précise dans son article 3 que "la photographie ne fait pas l'objet d'un dispositif de reconnaissance faciale". Un tel système de reconnaissance des personnes recherchées n'est donc pas possible dans les aéroports français.

Néanmoins, une réflexion sur ce type de dispositif est en cours. Une proposition de règlement de la Commission européenne suggère d'y recourir "lorsque cela est strictement nécessaire pour rechercher un enfant disparu, prévenir une menace terroriste spécifique et imminente ou détecter, localiser, identifier ou poursuivre l'auteur ou le suspect d'une infraction pénale grave." Mais cette proposition de la Commission n'est pas encore en vigueur. Le Parlement européen et les Etats membres doivent désormais se prononcer avant qu'elle puisse s'appliquer.

Un délai de plus de 400 jours est-il observé entre la condamnation et l'exécution des travaux d'intérêt général ?

Valérie Pécresse propose de mettre en place une agence régionale des travaux d'intérêt général (TIG) pour les primo-délinquants. Si elle voyait le jour, cette agence serait chargée d'accélérer l'exécution des TIG. Voici comment elle le justifie : "Est-ce que vous savez quel est le nombre de jours qui s'écoulent entre le moment où un TIG est prononcé par le juge et le moment où il est exécuté ? Plus de 400 jours (...), donc ce n'est plus une sanction éducative".


C'est vrai. Le travail d'intérêt général est destiné aux auteurs d'infractions de plus de 16 ans (et qui avaient au moins 13 ans au moment des faits). Il s'agit de travailler gratuitement pendant un nombre d'heures fixé par le juge pour le compte de la collectivité. En 2018, un peu plus de 20 000 peines de TIG ont été prononcées (PDF), essentiellement pour des atteintes aux biens, des vols simples ou des délits routiers.

D'après les dernières données du ministère de la Justice (PDF), les peines de TIG ont été effectuées, en moyenne, en 488 jours. Ce qui confirme la déclaration de Valérie Pécresse. Il faut préciser que ces 16 mois concernent le délai entre la condamnation et la fin de l'exécution du TIG, sachant qu'en moyenne la durée des TIG fixée par le juge est de 96 heures. 

Dans les transports, "500 policiers et gendarmes" en moins ?

"Nous avons fait beaucoup sur les transports [franciliens] (…) Pendant ce temps, le gouvernement, donc Emmanuel Macron, nous retirait 500 policiers et gendarmes du réseau pour les mettre ailleurs, a affirmé Valérie Pécresse. Donc [ceux qui ont] fait la sécurité dans le transport, c'est nous, ceux qui n'en ont pas fait, c'est le gouvernement et c'est le Front national."

C'est incertain. Le 29 mars, Le Journal du dimanche révélait que "300 policiers" de la police des transports francilienne avaient changé de poste "depuis la crise des 'gilets jaunes'." "Deux escadrons de gendarmerie", soit 200 personnes, auraient également "disparu", explique l'hebdomadaire, ce qui aboutit à un total de 500 personnes. 

Mais la préfecture de police de Paris nie toute baisse du nombre de policiers affectés à la sécurité des transports : "Les effectifs de la sous-direction régionale de la police des transports connaissent une augmentation sensible en passant de 993 policiers en 2017 à 1 074 en 2021", défend la préfecture auprès de franceinfo. Mi-mai 2021, Le Parisien rapportait quant à lui une augmentation de 169 postes de policiers (soit 19%) affectés à la même sous-direction, d'après des données du ministère de l'Intérieur.

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