Comment la nouvelle génération a fait entendre sa voix sur l'écologie

La percée historique des Verts au Parlement européen, lors des élections du 26 mai, est due en partie au vote des jeunes. Franceinfo brosse le portrait de cette nouvelle génération "écologie" qui pousse en Europe.

Des manifestants brandissent une pancarte \"Vote for climate\" à Copenhague (Danemark), le 24 mai 2019, avant les élections européennes.
Des manifestants brandissent une pancarte "Vote for climate" à Copenhague (Danemark), le 24 mai 2019, avant les élections européennes. (MAXPPP)
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Une vague "verte" a envahi le Parlement européen. Consciente des forts enjeux climatiques, la jeunesse européenne a utilisé son vote, dimanche 26 mai, pour choisir son avenir. Grâce notamment à ce vote des jeunes, le groupe des Verts/Alliance libre européenne est le quatrième groupe du Parlement européen, derrière le Parti populaire européen (PPE) et le Groupe de l'alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen, selon les projections à la date du 29 mai.

Dans de nombreux pays d'Europe, le vote écologiste a été porté par la jeune génération, très engagée dans les manifestations pour le climat

Le lobbying citoyen des jeunes 

"Notre génération a pris pleinement conscience des enjeux climatiques", affirme à franceinfo Virgile Mouquet, militant de Youth For Climate, le mouvement mondial de jeunes mobilisés face au réchauffement climatique. Elle est directement concernée car les conséquences du réchauffement vont nous arriver dessus d'ici dix à quinze ans".  

Les membres de Youth For Climate n'ont pas présenté leur propre liste pour les élections. "Nous ne voulions pas casser le côté extrêmement rassembleur du mouvement avec des dissensions politiques", explique Virgile. En revanche, les militants se sont lancés activement dans du lobbying citoyen. "Tous les moyens sont bons pour se faire entendre, et le vote en est un", développe le jeune homme. 

Le mot d'ordre "Vote For Climate", en amont des élections, a ainsi été donné dans tous les Etats européens, via les réseaux sociaux. Une marche a également été organisée le 24 mai, à l'avant-veille des élections européennes."C'était une façon de s'intégrer dans la campagne des européennes et de montrer l'interêt majeur de la question du climat au grand public", explique Virgile.

Le message a été entendu par les jeunes, toutes nationalités confondues. "Car c'est notre avenir à tous qui est en jeu, au-delà des frontières", martèle Alice Camus, militante dans le groupe de travail "international" de Youth For Climate. 

Peu importe d'où l'on vient. On a tous le même but, on veut que les décisions soient prises pour une meilleure justice écologique.Alice Camus, militante de Youth For Climateà franceinfo

La jeune militante de 15 ans cite leur dernière action commune, "Occupy For Climate", comme preuve de l'universalité de ce combat. Quelque 80 jeunes venus aussi bien de France, d'Allemagne, de Belgique que de Lituanie ont décidé, samedi 25 mai, de passer la nuit devant le Parlement européen à Bruxelles afin de convaincre les indécis de voter en faveur d'une meilleure politique climatique.

Les "Verts", premier parti chez les jeunes Français

Décidée, la jeunesse française a voté majoritairement pour les Verts. Europe Ecologie - Les Verts (EELV) est même le premier parti chez les 18-34 ans. Selon Ipsos/Sopra Steria pour Radio France et France Télévisions, 25% des 18-24 ans et 28% des 25-34 ans ont donné leur voix à la liste conduite par Yannick Jadot, malgré un taux d'abstention relativement élevé chez les jeunes. Seulement 39% des 18-24 ans et 40% des 25-34 ans ont glissé un bulletin dans l'urne

Si l'arrivée d'Europe Ecologie - Les Verts, avec 13,47% des voix, en troisième position devant Les Républicains (LR) a été une surprise, le vote des jeunes pour une liste écologiste était plus prévisible, selon Yasmina Lamraoui, responsable de l'observatoire de l'engagement des jeunes de l'Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville), qui lutte contre les inégalités éducatives. 

Deux semaines avant les élections, si l'intention des votes des jeunes était semblable au reste de la population avec le RN en tête suivi par LREM, le parti Europe Ecologie - Les Verts était déjà donné en troisième position, avec 16% des intentions de vote.Yasmina Lamraoui, Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville)à franceinfo

La jeunesse européenne a donc voté avec le ferme espoir "que les candidats traduiront dans leurs actes leur ambition écologique, tout comme le Parlement européen dans ses directives", souffle Virgile. Une attente paradoxale, souligne Yasmina Lamraoui. Si, pour les jeunes, "l'Europe peut régler d'importantes préoccupations tel que le réchauffement climatique, la lutte contre la pauvreté et la crise migratoire. Ils sont 80% à penser que l'Union européenne n'est pas à la hauteur", développe-t-elle. 

Par ailleurs, "les jeunes et le vote 'vert', pour l'instant, c'est loin d'être prouvé dans toute l'Europe", tempère Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof de Sciences Po et spécialiste en sociologie électorale et en écologie politique. Car l'écologie politique touche surtout l'Europe du Nord, "les 'vieux' pays riches qui ont surmonté la crise économique" explique le spécialiste en sociologie électorale à franceinfo. Dans le sud et l'est de l'Europe, en revanche, "c'est le désert écologique". Les raisons sont, pour Daniel Boy, "l'absence d'aisance économique et un taux de chômage important, accompagnés d'une tendance à opposer l'économie à l'écologie." 

L'effet "Greta Thunberg"

La vague "verte" a donc touché de nombreux pays du nord de l'Europe, tels que l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. L'Allemagne remporte même le plus grand nombre de sièges, avec 21 députés élus, soit 10 de plus qu'en 2014. La jeunesse allemande est très impliquée derrière Luisa Neubauer. Surnommée la "Greta allemande", en référence à la jeune Suédoise Greta Thunberg mondialement connue pour son engagement pour le climat, cette jeune étudiante de 23 ans mobilise ses camarades depuis des semaines. Elle s'est félicitée du résultat aux européennes sur Twitter : "Les élections montrent que nous ne mettons pas la crise climatique seulement à l'agenda de la rue mais aussi dans les bureaux de vote".

Le parti des écologistes allemands, les Grünen, est désormais le premier parti chez les moins de 25 ans (34%). Le positionnement clairement anti-nationaliste et l'engagement pour le climat sont les deux sujets en tête des préoccupations de cette classe d'âge outre-Rhin, rapporte le quotidien allemand Die Welt (en allemand). Deux jours avant le scrutin, 80 jeunes youtubeurs allemands ont également lancé un appel, dans une vidéo visionnée plus de trois millions de fois, à "protéger le climat" et "ne pas voter pour la CDU, le SPD et l'AfD (parti d'extrême droite)".  

En Belgique, le vote "jeune" est allé vers les écologistes, mais pas seulement. Tous les partis ont profité des 800 000 voix des nouveaux électeurs belges appelés à voter, car dans le royaume le vote est une obligation. Cependant les partis émergents, Ecolo (verts) et le Parti du travail (extrême gauche) ont bénéficié d'une popularité chez les jeunes Belges, analyse Jérémy Dodeigne, politologue à l'université de Namur, interrogé par Le Monde. 

En Irlande, cette "vague verte a balayé un système politique moribond", constate le quotidien The Irish Independent (en anglais). Le Green Party (15%) offre ainsi deux sièges aux Verts en Irlande, pays qui n'avait aucun député écologiste jusqu'à présent. Le journal met en exergue l'effet "Greta Thunberg", toujours en référence à la jeune Suédoise qui a réussi a imposé le changement climatique dans l'agenda politique mondial, stimulant indirectement les candidats écologistes dans de nombreux pays.

Mais "nul n'est prophète dans son pays", remarque le quotidien suédois, Dagens Nyheter. La vague n'est pas allée jusqu'en Suède, berceau de Greta Thunberg. Le parti écologiste y enregistre même un net recul et perd deux sièges d'eurodéputés. La problématique climatique étant partagée par tous les partis politiques en lice, c'est la question de l'immigration qui a pesé dans le vote suédois. 

L'écologie pousse dans le sud

Au sud de l'Europe, sans parti national écologiste et avec une faible mobilisation des jeunes en faveur du climat, les Espagnols ont tout de même élu quatre députés qui rejoignent le groupe parlementaire Verts / Alliance libre européenne à Bruxelles. La jeunesse espagnole vote majoritairement à gauche, explique au Monde José Salvador, analyste de données de l'institut de sondage Electomania. 

Quant au Portugal, pour la  première fois, un député écologiste portugais siège au Parlement européen. Elu sous l'étiquette du parti Personnes-Animaux-Nature (PAN), il semble avoir été porté par le vote jeune. Le jeune parti, qui défend notamment les droits de la nature, est "le grand vainqueur" des élections au Portugal, qui a connu un taux d'abstention (68,6%) parmi les plus élevés de son histoire, rapporte le quotidien Sabado

Dans de nombreux pays, la jeunesse européenne a utilisé son vote afin d'impliquer les politiques dans la lutte pour le climat. Toutefois, cet élan est-il lié à "un phénomène d'âge ou un phénomène de génération ?" s'interroge le spécialiste en sociologie électorale et en écologie politique, Daniel Boy. La réponse viendra avec le temps. En attendant, les militants de Youth For Climate continuent leurs actions. "Des appels au vote pour les municipales, en France en 2020, seront sûrement donnés par les groupes locaux" informe Virgile, ajoutant que "le 21 juin, à Aix-la Chapelle (Allemagne), est prévue la première grève centrale européenne avec la plus grosse action de désobéissance civile de l'année." Les jeunes Européens ont prévu de bloquer une mine de charbon.