Affaire Griveaux : l'avocat Juan Branco affirme que le parquet de Paris s'est opposé à sa désignation par Piotr Pavlenski

"Cette situation est une atteinte aux droits de la défense", a réagi dimanche sur franceinfo l'avocat, qui avait conseillé l'artiste en amont de la fuite des vidéos.

L\'avocat Juan Branco, le 20 mars 2019 à Montpellier (Hérault).
L'avocat Juan Branco, le 20 mars 2019 à Montpellier (Hérault). (ANNESI TIZIANA / MAXPPP)

L'avocat Juan Branco assure dimanche 16 février à franceinfo que le parquet de Paris s'est "opposé à sa désignation" par Piotr Pavlenski pour le défendre. L'artiste russe est en garde à vue dans l'enquête sur la diffusion de vidéos intimes mettant en cause Benjamin Griveaux.

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Piotr Pavlenski et sa compagne, Alexandra de Taddeo, sont tous les deux entendus pour des soupçons d'atteinte à l'intimité de la vie privée et diffusion sans l'accord de la personne d'images à caractère sexuel, "sans avoir la possibilité de défendre leurs droits", affirme Juan Branco. Pour l'avocat, qui avait conseillé Piotr Pavlenski en amont de la fuite des vidéos, cette situation "est une atteinte aux droits de la défense". Selon la procédure, le parquet doit saisir le bâtonnier s'il souhaite contester la désignation d'un avocat. 

franceinfo : Vous dénoncez le fait que le parquet, selon vous, s'oppose à votre désignation comme avocat de Piotr Pavlenski. Vous estimez avoir été "dessaisi" par le parquet ?

Juan Branco : Bien pire, le parquet s'est opposé à ma désignation par mon client Piotr Pavlenski, ce qui est une atteinte aux droits de la défense. Le représentant du parquet est venu me voir et m'a indiqué que le parquet s'opposait à ma désignation et qu'il refusait que l'avocat choisi par Piotr Pavlenski puisse exercer sa défense. Ils m'ont indiqué que j'étais cité au dossier, parce qu'il y avait des articles de presse qui en parlaient, mais absolument pas mis en cause. C'est normal puisque j'ai justement été l'avocat de Piotr Pavlenski en amont de cette affaire. On voit évidemment une volonté de torpiller la stratégie de défense que Piotr Pavlenski avait préparée en amont et de l'empêcher d'exercer ses droits de la défense.

Un parquet peut-il s'opposer à la désignation d'un avocat ?

Non, c'est une procédure extraordinairement rare qui n'a lieu que lorsque les intérêts du client peuvent être mis en question, ce qui n'est évidemment pas la situation actuelle. Le bâtonnat aura à se prononcer sur ce sujet. Je vois le bâtonnier demain [lundi] et je peux vous dire que j'irai avec une certaine furie par rapport à une procédure qui était déjà politique en amont. M. Pavlenski a été arrêté au prétexte d'une affaire qui traînait depuis un mois [dans le cadre d'une enquête pour des faits de violence avec arme, commis dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2020]. Il a été arrêté dans les 48 heures de la diffusion des vidéos de Benjamin Griveaux, tout cela évidemment pour faciliter sa détention et le faire taire.

Piotr Pavlenski est-il représenté durant sa garde à vue ?

C'est quand même ce qu'il y a d'extraordinaire : on ne m'a même pas laissé rencontrer mon client. On est dans une situation délirante où cette personne qui est en garde à vue ne peut pas rencontrer son avocat. J'ai évidemment tout de suite demandé la désignation d'un confrère. Mais Piotr Pavlenski, et c'est dire la situation dans laquelle on se trouve, se méfiait des paroles portées à son entendement par les policiers et craignait une manipulation, donc refusait à cet instant-là de désigner ladite personne. Le niveau de méfiance produit par le fait d'empêcher quelqu'un qui est mis en cause d'accéder à son défenseur est une des raisons qui fait que cela ne devrait jamais arriver. Cela déstabilise énormément la personne mise en cause et cela peut amener à une nullité de la procédure. En conséquence de tout cela, Alexandra de Taddeo a refusé le moindre conseil et se refuse pour l'instant d'avoir à exercer ses droits, considérant que la procédure est violée. On se retrouve dans une situation où on a deux individus qui sont enfermés au sein du Bastion [siège de la police judiciaire] dans le 17e arrondissement de Paris, sans avoir la possibilité de défendre leurs droits.