Législatives 2024 : le site Plan Procu, qui propose de mettre en relation des électeurs, est-il fiable ?

Article rédigé par franceinfo avec AFP
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 6 min
Le site Plan Procu propose de mettre en relation des électeurs souhaitant faire, ou porter, une procuration, notamment pour les législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet. (JEAN-MARC BARRERE / HANS LUCAS / AFP)
Cette interface met en contact les internautes qui cherchent à faire une procuration ou à en porter une. Depuis la dissolution de l'Assemblée nationale et l'annonce de législatives anticipées dès les 30 juin et 7 juillet, elle a reçu des milliers de nouvelles inscriptions.

Vous serez en vacances ou loin de votre bureau de vote le jour des élections législatives anticipées ? La plateforme planprocu.fr propose de faciliter les démarches administratives des électeurs en mettant en relation ceux qui souhaitent faire une procuration et ceux qui acceptent d'en porter une pour une autre personne pour le scrutin des 30 juin et 7 juillet prochains. Lancé en mai pour les élections européennes par l'association A voté, Plan Procu reprend les codes des applications de rencontres.

Concernant les européennes, le cofondateur et coprésident de l'association A voté, Dorian Dreuil, se félicite auprès de franceinfo : "Nous avons permis 1 500 mises en relation." "Des gens à Bogota [en Colombie] ont réussi à donner leur procuration à d'autres personnes en Amérique du Sud", où des bureaux consulaires étaient ouverts, illustre-t-il. Sur X, la porte-parole du ministère de l'Intérieur a même recommandé la plateforme. Mais sur le même réseau social, des internautes se sont néanmoins inquiétés de la fiabilité du processus et de son indépendance.

Un site pour "savoir comment voter"

L'ONG A voté a été lancée en 2021 afin de "créer du service public citoyen", de permettre "l'accès au droit de vote, de manière indépendante et apartisane", explique Dorian Dreuil, politologue et chercheur associé à la Fondation Jean-Jaurès, également intervenant sur la chaîne franceinfo. L'organisation est partie du constat qu'il y avait des millions d'électeurs mal inscrits sur les listes électorales, "et que les gens n'avaient pas forcément toutes les informations pour savoir comment voter", poursuit-il. En France, plus de 10 millions de personnes sont en effet mal inscrites ou non inscrites sur les listes électorales, soit 20% du corps électoral. 

Pour la présidentielle et les législatives 2022, A voté a communiqué surtout sur les procédures pour s'inscrire sur les listes électorales. Cette année, "on a réfléchi à comment aider les gens qui ne peuvent pas voter", explique le coprésident de l'association. "C'est en réfléchissant autour de la notion de 'plan B' qu'on a trouvé le nom de la plateforme. Un nom un peu décalé pour être sûr que ça touche le plus de monde possible."

"Notre but, avec Plan Procu, c'est que les gens connaissent au moins la date des élections."

Dorian Dreuil, coprésident de l'association A voté

à franceinfo

Dorian Dreuil prévient toutefois que Plan Procu n'est pas "un outil magique" pour régler le problème de l'abstention. "C'est un moyen parmi d'autres. Nous voulons visibiliser la procuration comme une solution face à l'abstention". 

Plusieurs milliers de nouvelles inscriptions

Le soir de l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale, le 9 juin, Dorian Dreuil dit avoir reçu de nombreux messages l'appelant à rouvrir Plan Procu pour les législatives anticipées. "On était en train de supprimer la base de données des européennes, et on a reçu énormément de messages sur Instagram nous appelant à réactiver la plateforme", souligne-t-il. Le premier tour des législatives étant prévu dès le 30 juin, soit moins de trois semaines après l'annonce du chef de l'Etat, "les gens disaient que des électeurs ne seraient pas là et qu'ils voulaient les aider à voter", décrit-il.

Selon le ministère de l'Intérieur, près de 874 000 procurations étaient valides au moment des européennes, et plus de 63 000 ont été réalisées lundi et mardi. De son côté, Plan Procu a recensé "entre 3 000 et 4 000 nouvelles inscriptions", reprend Dorian Dreuil. Des personnes voulant faire une procuration, d'autres souhaitant être mandataires.

"Pour le moment, les inscriptions sur Plan Procu sont suspendues, le temps de valider toutes les demandes déjà effectuées."

Dorian Dreuil

à franceinfo

Quand une personne s'inscrit sur Plan Procu, elle doit donner son nom, sa date de naissance, son numéro d'électeur et son bureau de vote. "Ensuite, notre équipe de bénévoles valide manuellement les inscriptions", explique encore Dorian Dreuil, qui assure que ces données sont supprimées après le scrutin. Ensuite, les inscrits sont mis en contact en fonction de leur zone géographique. Ils reçoivent un e-mail leur expliquant que leurs profils correspondent et ils peuvent alors se "mettre en relation".

"C'est à vous de vous mettre d'accord, en confiance", précise le politologue. Les personnes peuvent s'écrire, s'appeler, se rencontrer... Si elles sont d'accord pour poursuivre les démarches, elles peuvent remplir le formulaire Cerfa de demande de procuration généré par Plan Procu, puis le faire valider dans une gendarmerie, un commissariat ou un consulat. Si le "match" (la correspondance) n'a pas eu lieu, les électeurs peuvent recommencer leur recherche de mandataire.

Citipo, un logiciel utilisé par plusieurs partis

Cette mise en relation est permise par le logiciel Citipo, qui se présente comme "le logiciel tout-en-un des organisations militantes". Cette start-up a été choisie par les partis Les Républicains, Les Ecologistes-EELV et PS-Place publique pour mettre en relation les électeurs et organiser des procurations lors des européennes, relate La Lettre A. Citipo figure également dans les mentions légales de la plateforme de procuration du Nouveau Front populaire, l'alliance des partis de gauche pour les législatives. Or, plusieurs internautes ont souligné que l'un des fondateurs de Citipo, Titouan Galopin, était un proche de l'équipe d'Emmanuel Macron.

En 2017, un article d'Actu.fr relatait que le jeune homme était le coordinateur des équipes techniques du candidat En marche ! pour la présidentielle. L'autre fondateur du logiciel, Adrien Duguet, mentionne sur son profil LinkedIn avoir travaillé pour Renaissance, le parti présidentiel, entre novembre 2018 et mai 2019. "Citipo est notre prestataire, il n'est pas chez A voté", défend Dorian Dreuil. 

"Nous avons utilisé Citipo car c'était le logiciel déjà utilisé par les partis, le plus sécurisé. Nous n'avons aucun lien avec la macronie."

Dorian Dreuil

à franceinfo

Au-delà de Citipo, plusieurs membres de l'équipe d'A voté affichent également des engagements politiques. Parmi les cofondateurs mentionnés dans les statuts de l'association, Flore Blondel-Goupil a par exemple travaillé pour la campagne de Bernie Sanders en 2016 aux Etats-Unis. Dorian Dreuil a, lui, été conseiller parlementaire de la députée LREM Florence Provendier en 2020.

Autre cofondateur, Grégoire Cazcarra est l'actuel chef de cabinet de Thomas Cazenave, ministre délégué aux Comptes publics. Il est également conseiller municipal à Sanguinet (Landes) et a auparavant été directeur adjoint du cabinet d'Olivier Véran. C'est également lui qui avait créé l'application Elyze en 2022, qui permettait de "matcher" les citoyens avec l'un des candidats à l'élection présidentielle, raconte Le Monde. Enfin, Clémence Pène a été responsable de la campagne numérique d'Anne Hidalgo à Paris pour les municipales de 2014. La plupart de ces engagements précèdent toutefois la création d'A voté en 2021.

Une plateforme de "dernier recours"

Malgré les engagements passés ou présents de ses membres, A voté n'a "pas de lien" avec un parti politiquerépète Dorian Dreuil. Si certains internautes s'inquiètent de possibles "raids" menés par des partis politiques sur le site pour les législatives, il tempère : "Nous n'avons observé aucune inscription douteuse ou massive sur un bureau de vote." "On est sur des tout petits volumes de personnes qui s'inscrivent. On n'a pas vu plus de trois personnes par bureau de vote", poursuit-il.

Les inscriptions sur les listes électorales étant clôturées depuis lundi 10 juin, Plan Procu n'a pas le pouvoir de "changer quoi que ce soit dans un bureau de vote et dans l'élection". Le coprésident de la plateforme incite les électeurs à se tourner de préférence vers le site officiel du gouvernement, maprocuration.gouv.fr, ou sur les sites des partis, qui proposent leur propre système de procuration. "Nous sommes un dernier recours", rappelle-t-il.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.