VRAI OU FAUX. Y-a-t-il 10 millions de Français non-inscrits ou mal-inscrits sur les listes électorales, comme l'affirme Manon Aubry ?

Alors que la campagne pour les élections européennes est lancée, la tête de liste La France insoumise Manon Aubry affirme que "10 millions de Français ne sont pas inscrits ou mal inscrits sur les listes électorales". C'est vrai, plus de 10 millions de Français sont concernés, principalement les jeunes et les cadres, plus mobiles.
Article rédigé par Lise Roos-Weil
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Manon Aubry, députée européenne et tête de liste La France insoumise aux Europeénnes, le 30 aout 2023. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

La campagne pour les élections européennes est désormais lancée. La majorité présidentielle vient tout juste de désigner sa tête de liste, Valérie Hayer, et le chef de file de la liste du Rassemblement national, Jordan Bardella, a lancé sa campagne lors d'un meeting à Marseille  dimanche 3 mars. La participation des électeurs est un enjeu crucial, alors que près de la moitié des Français s'étaient abstenus en 2019. Dans ce contexte, la tête de liste La France insoumise, Manon Aubry, alerte sur franceinfo : "Dans notre pays, il y a 10 millions de personnes qui sont mal-inscrites ou non-inscrites sur les listes électorales, c'est 20% du corps électoral". Vrai ou faux ?

Plus de 10 millions de Français ne sont pas inscrits ou mal-inscrits sur les listes électorales

C'est vrai, 10,6 millions de Français sont non-inscrits ou mal-inscrits sur les listes électorales, soit 21% des électeurs, selon une note récente de l'Insee. Les non-inscrits, ce sont les personnes qui ont le droit de voter mais qui ne sont inscrites nulle part. Les "mal-inscrits", eux, sont enregistrés dans une autre ville que celle où ils résident. Dans le détail, 2,9 millions de Français ne sont pas inscrits sur les listes électorales et 7,7 millions sont mal inscrits.

Il n'y a pas de statistique officielle des "mal-inscrits" en France. Mais un groupe de chercheurs travaille sur le sujet depuis près de vingt ans, en partenariat avec l'Insee, et a publié des données après les élections présidentielles de 2012 et 2017. Les chercheurs partent de l'enquête de participation à l'élection présidentielle, menée par l'Insee. Cela permet d'avoir des données solides, car les résultats sont issus des listes d'émargement, en préfecture, il ne s'agit pas de sondage. Pour calculer le nombre de mal-inscrits, les chercheurs comparent les adresses où les électeurs sont recensés et celles où ils sont inscrits.

Quelque 45% des 25-29 ans sont mal-inscrits

Le nombre élevé de "mal-inscrits" s'explique par la mobilité de certaines catégories d'électeurs. Les jeunes et les cadres, notamment, déménagent beaucoup et ne font pas toujours les démarches nécessaires pour s'inscrire sur les listes électorales de leur lieu de résidence. Quelque "45% des 25-29 ans sont considérés comme mal inscrits, contre 6% des seniors", indique Jean-Yves Domagen, membre du groupe de recherche sur la question, professeur de science politique à Montpellier et président de Cluster17, laboratoire d'études sur l'opinion.

Cela "augmente le risque d'abstention". C'est même "le principal facteur", insiste le chercheur. À la présidentielle de 2022, la moitié de ceux qui n'ont voté ni au premier, ni au second tour, étaient mal inscrits. Malgré la réforme de 2016, qui permet de s'inscrire sur les listes électorales jusqu'à six semaines avant l'élection, la situation n'a pas changé.

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