Elections départementales : dans le Vaucluse, le Rassemblement national sera-t-il le "faiseur de roi" du troisième tour ?

La gauche et la droite ont remporté 12 élus chacun dans le département. Un score insuffisant pour obtenir une majorité absolue lors de l'élection du président du département.

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Le conseil départemental du Vaucluse, à Avignon, le 2 avril 2015. (MAXPPP)

"Jeudi, ce sera la surprise du chef." Au téléphone, le conseiller départemental du Rassemblement national dans le Vaucluse, Hervé de Lépinau, ménage son suspense. L'avocat a été réélu de justesse dans le canton de Carpentras, dimanche 27 juin, au second tour des élections départementales. Tous les regards sont désormais tournés vers le troisième tour : l'élection du président de la collectivité, jeudi 1er juillet. Le scrutin s'annonce très serré entre la droite sortante et la gauche. "Ce sont nous, les faiseurs de roi de cette élection", se félicite Thierry d'Aigremont, délégué départemental du RN.

Pour comprendre cette affaire vauclusienne, il faut faire un peu de mathématiques. Le département compte 17 cantons, soit 34 élus. La majorité absolue nécessite donc 18 voix. Problème : après le scrutin de dimanche, la gauche compte 12 élus, tout comme la droite, tandis que l'extrême droite compte 8 élus (dont 6 du RN) et enfin, deux élus sont sans étiquette. Sans majorité claire, impossible de savoir qui va prendre la suite du président sortant de droite, Maurice Chabert, lui-même élu sans majorité et au bénéfice de l'âge en 2015.

Le RN tend la main à la droite

Les tractations ont donc commencé dès l'annonce des résultats, dimanche. Le Rassemblement national compte bien faire fructifier ses six voix déterminantes. "On est une force clivante pour la présidence du département", se réjouit Florelle Bonnet, nouvelle élue RN du canton de Monteux. Cette position d'arbitre est en réalité un lot de consolation pour le parti de Marine Le Pen qui rêvait de rafler sept ou huit cantons, mais qui a dû se contenter des trois territoires où il était déjà implanté. "On s'entend très bien avec certains élus de droite", lâche la benjamine du conseil départemental, comme un appel. "Il est tout à fait possible de tendre la main vers la droite", confirme le délégué départemental Thierry d'Aigremont.

La droite locale, elle, ne répond pas publiquement à ces appels du pied. La cheffe de file des Républicains dans le département, Dominique Santoni, avait d'ailleurs appelé à un front républicain entre les deux tours, comme le rappelle Le Dauphiné. Idem pour le président sortant du département, qui s'est félicité du "mauvais score" du RN, dimanche.

"Ils nous ont craché à la figure"

Une attitude qui agace certains élus du Rassemblement national. "Moi, je ne demande rien, c'est plutôt à la droite molle de poser la question", balaie Hervé de Lépinau. "Ces gens nous ont craché à la figure pendant toute la campagne. Vous croyez vraiment qu'ils vont venir gratter à la porte pour demander quelque chose et qu'on va être bienveillant à leur égard ? Il y a des limites à l'indécence", s'agace-t-il. "On attend de la considération", renchérit Florelle Bonnet.

"Jusqu'à maintenant, la droite n'a pas prouvé son appétence pour nous. Ils se sont même plutôt tournés vers la gauche."

Thierry d'Aigremont, délégué départemental du RN

à franceinfo

Le silence de la droite sonne en réalité comme une fin de non-recevoir. Un élu local vend la mèche. "Il n'y aura pas d'alliance avec le Rassemblement national", assure-t-il, sous couvert d'anonymat. La couleur du département pourrait donc se jouer à la majorité relative, comme c'est prévu après deux tours de scrutin infructueux à la majorité absolue. Pour départager la gauche et la droite, ce n'est donc plus le Rassemblement national qui aurait le dernier mot, mais les conseillers départementaux sans étiquette nouvellement élus dans le canton de Bollène, Anthony Zilio et sa colistière Christine Lanthelme.

"Nous sommes très courtisés"

La preuve, la boîte vocale d'Anthony Zilio est pleine à craquer et ne prend plus aucun message. "Nous sommes très courtisés", reconnaît un proche du maire de Bollène. Son équipe compte bien faire monter les enchères. "On prend les candidatures de droite et de gauche de la même façon. De manière très pragmatique, nous irons vers ceux qui feront le plus d'efforts pour notre canton", assume ce proche.

"Aujourd'hui, Anthony Zilio ne s'affilie pas à un parti."

Un proche de l'élu de Bollène

à franceinfo

Alors, le département basculera-t-il à gauche ou restera-t-il à droite ? "Le problème de ces élus sans étiquette, c'est qu'on ne sait pas où ils vont tomber. C'est à pile ou face", observe un élu des Républicains. Car ici, tout le monde sait qu'Anthony Zilio penche plus vers la gauche que vers la droite. Si cet ancien socialiste a été élu avec une liste diverse aux municipales, la présence de la gauche et du centre était plus marquée que celle de la droite.

"Il devrait y avoir un président de gauche"

A gauche, justement, certains comptent déjà les deux élus sans étiquette dans leur cumul de voix. "Lorsqu'il a été auditionné, il y a deux mois, Anthony Zilio avait clairement dit qu'il était un homme de gauche et qu'il n'entendait pas que les choses soient autrement", relève le patron du PS local, Lucien Stanzione, dans le Dauphine Libéré, comme pour rappeler l'élu à son engagement. "Il devrait y avoir un président de gauche au département jeudi", veut aussi croire Max Raspail, conseiller départemental socialiste.

En cas d'égalité parfaite au troisième tour de scrutin, c'est lui qui devrait prendre la présidence du département, au bénéfice de l'âge. Une perspective qui n'enchante guère l'intéressé, âgé de 72 ans. Mais le Vaucluse est réputé pour ses élections compliquées : trois des quatre derniers présidents du département ont été élus sans majorité.

Cette spécificité locale a aussi des conséquences très concrètes pour les habitants. "Sans majorité, l'institution n'avance pas", analyse l'élu RN Hervé de Lépinau. La gauche et la droite l'ont bien compris. "Il faut une majorité solide, sinon, on devient simplement une chambre d'enregistrement", se lamente Max Raspail. Or, quelle que soit la couleur politique du président élu jeudi, le Vaucluse risque bien de rester bloqué par ses divisions pour sept années supplémentaires.

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