Ingénieur des Mines, ancien chef de gare… Quatre choses à savoir sur Jean-Pierre Farandou, qui va succéder à Guillaume Pepy à la tête de la SNCF

Agé de 62 ans, Jean-Pierre Farandou a fait toute sa carrière au sein du groupe SNCF. Il dirige Keolis, une filiale à 70% de la compagnie ferroviaire, dont la moitié du chiffre d'affaires est assuré à l'international.

Jean-Pierre Farandou, PDG de la filiale de la SNCF Keolis, le 4 novembre 2018 à Paris.
Jean-Pierre Farandou, PDG de la filiale de la SNCF Keolis, le 4 novembre 2018 à Paris. (ERIC PIERMONT / AFP)

L'Elysée a tranché. A 62 ans, Jean-Pierre Farandou a été choisi pour succéder à Guillaume Pepy, président de la SNCF depuis onze ans. Ce cheminot pur jus, qui a fait toute sa carrière au sein du groupe ferroviaire français, est depuis 2012 à la tête de Keolis, une filiale de la SNCF très présente à l'international.

Qui est cet ingénieur des Mines peu connu du grand public ? Voici quatre choses à retenir de ce "transporteur militant", qui veut, à en croire sa biographie Twitter, "penser comme un passager".

1Un Bordelais devenu ingénieur des Mines

C'est à Bordeaux qu'il a vu le jour en 1957, plus précisément à Bacalan, un quartier nord de la ville, situé au bord de la Garonne. Il a passé son enfance et son adolescence dans la cité girondine. "Fils unique de Gérard Farandou, agent des douanes à Bordeaux, et de Giselle, institutrice à l’école Charles-Martin à Bacalan, Jean-Pierre Farandou a fait ses études secondaires au lycée Montaigne avant d’intégrer l’école des Mines", détaille Sud-Ouest.

Il y a gardé des amis d'enfance comme Philippe Dorthe. Ce conseiller général PS  loue une personnalité "avec beaucoup d'empathie pour les gens", qu'il catégoriserait comme "un radical à inclination sociale". De son Sud-Ouest natal, le futur patron de la SNCF garde un accent aisément reconnaissable et l'amour du rugby. C'est aussi un passionné de musique classique qui a présidé, pendant deux ans (2014-2016), le conseil d'administration de l'Orchestre national d'Ile-de-France. 

2Un cheminot pur jus

Il parle "cheminot première langue", soulignent Les Echos (article abonnés). Hormis un rapide passage en début de carrière au sein de la compagnie minière américaine Amax à Denver, dans le Colorado, Jean-Pierre Farandou a fait toute sa carrière au sein du groupe SNCF. Ses débuts comme chef de gare à Rodez (Aveyron) lui laissent du temps "en fin de journée pour quelques parties de tennis avec le responsable du fret", ironise le journal économique. Mais son ascension est ensuite rapide, comme le montre sa biographie publiée sur le site de Keolis, la filiale de la SNCF qu'il préside depuis 2012.

En 1993, l'ingénieur des Mines est nommé chef de projet pour le lancement du TGV Paris-Lille et prend la direction de Thalys International (la ligne qui relie Paris à Bruxelles). Après un passage aux ressources humaines, il assure la direction adjointe des grandes lignes, avant d'être nommé à la tête de la région SNCF Rhône-Alpes, dont le réseau TER est le plus important de France. A la fin 2004, il rejoint le groupe Keolis. Selon Philippe Dorthe, Jean-Pierre Farandou "connaît tous les rouages, tous les détails" de la SNCF ainsi que son "histoire (…). Et c'est quelque chose qui compte pour pouvoir l'emmener plus loin."

3A la tête de "la version libérale" de la SNCF

Puisque la SNCF devra bientôt affronter la concurrence sur le sol français, les six ans passés par Jean-Pierre Farandou à la tête de Keolis sont vus comme un atout. En 2018, Le Monde vantait ainsi "les bons chiffres de Keolis, la version libérale de la SNCF". "Il existe, écrivait le journal, une branche de la SNCF qui transporte chaque année 3 milliards de voyageurs avec des personnels sans statut de cheminot, une branche aguerrie à la concurrence, qui défend avec succès ses marchés contre des groupes privés. Cette 'autre SNCF', c’est Keolis, une société (…) spécialisée dans le transport public urbain." En 2018, cette filiale de la SNCF a réalisé près de 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires, dont la moitié à l'étranger, selon le site officiel de Keolis. Avec 65 000 salariés, elle est opératrice de transports dans 16 pays (Pays-Bas, Allemagne, Suède, Australie, Inde, Chine, Etats-Unis, Qatar, etc.).

Elle s'enorgueillit aussi d'être le "numéro un du tram et du métro automatique" avec "22 réseaux exploités dans le monde""Nous sommes à l’aube de la troisième révolution de la mobilité, face à une concurrence qui se déploie de toute part, y compris du côté des Gafa", expliquait l'an dernier Jean-Pierre Farandou aux Echos (article abonnés), en revendiquant une image innovante. C'est sous son impulsion que sont lancées les navettes autonomes à Lyon. "Nous transportons plusieurs milliers de voyageurs dans des navettes autonomes de 15 places", exposait-il en 2018 au micro de Radio France. "Il n'y a pas de volant, pas de pédales, nous assurons le service du dernier kilomètre au départ de la dernière station de tramway, dans le quartier de la Confluence, à Lyon. C'est un vrai transport modal de la voiture particulière vers les transports collectifs." Il relaie d'ailleurs sur son compte Twitter les évolutions qui lui paraissent pertinentes en termes de "mobilité partagée".

4Il ne pourra pas faire deux mandats

Paradoxe amusant : le successeur de Guillaume Pepy, qui devra transformer en janvier 2020 la SNCF en société anonyme à capitaux publics, est son aîné d'un an. Le premier est né le 4 juillet 1957, le second le 26 mai 1958. Conséquence, selon Les Echos : à 62 ans, Jean-Pierre Farandou "n'aura pas la possibilité d'effectuer deux mandats de cinq ans à la tête du groupe".