"On ne savait pas où on allait" : des cheminots se souviennent du conflit social de 1986, dont le record de durée a été battu par la grève actuelle

Lors de l'hiver 1986-1987, les agents s'étaient mobilisés pour protester contre une nouvelle grille de salaires. franceinfo a retrouvé certains des cheminots grévistes d'il y a 33 ans.

La gare de Lyon pendant la grève à la SNCF, le 31 décembre 1986.
La gare de Lyon pendant la grève à la SNCF, le 31 décembre 1986. (BERNARD BISSON / SYGMA / GETTY IMAGES)

En entrant, jeudi 2 janvier, dans son 29e jour de grève, le mouvement actuel à la SNCF contre la réforme des retraites a battu le record du conflit social de l'hiver 1986-1987. Il avait duré 28 jours et il n'y avait pas eu de trêve de Noël.

Lors de l'hiver 1986, Dominique Viguet a 28 ans. Il est guichetier à la gare de Lyon, à Paris. Avant même que ne débute la grève, le 18 décembre 1986, il est mobilisé avec d'autres agents des ventes contre la suppression de certaines primes. "On ne faisait plus les réservations des TGV et de certains trains", indique Dominique Viguet. "Ensuite, le 18 décembre on a cessé le travail le matin même", continue l’ancien guichetier. Cette fois, c’est pour dénoncer une nouvelle grille des salaires voulue par la direction. Un grand mouvement social commence avec des manifestations, des assemblées générales quotidiennes et des blocages de train. "On descendait au milieu des voies, on restait de trois quarts d’heure à une heure, puis on repartait et ainsi de suite", se rappelle Dominique Viguet. 

On était parfois délogés par les forces de l’ordreDominique Viguet, ancien guichetier à la SNCFà franceinfo

Les fêtes de fin d’année passent, sans trêve, et l'année 1987 commence. Les cheminots restent mobilisés pour la défense des salaires et leurs conditions de travail, mais fatiguent. "C’était compliqué, on ne savait pas où on allait, se souvient Michel Renault, ancien agent de conduite au dépôt de la gare de Lyon. Lors d’un journal télévisé, on avait annoncé qu’il y avait un risque de pénurie d’eau potable parce que les trains de marchandise n’étaient plus acheminés. Ça nous aidait, on se disait : on tient le bon bout, il faut continuer."

Des négociations pour une partie des cheminots 

Finalement, au bout de 28 jours, après plusieurs négociations, la grève se termine, le 14 janvier 1987. "Nous avions obtenu une requalification de la grille pour les agents de conduite, explique Michel Renault. On avait obtenu aussi que les foyers roulants soient réadaptés car on dormait dans des chambres à 4, 6 ou même 10."

Sauf que ces négociations n'ont concerné qu'une partie des cheminots. "Ce conflit a tourné à la fin essentiellement sur les conducteurs de trains et les contrôleurs. Alors que l’on souhaitait que les négociations portent sur l’ensemble des revendications", explique Didier Le Reste qui était, il y a 33 ans, contrôleur à la gare de Lyon. Aujourd'hui, Didier Le Reste est conseiller communiste de Paris et souhaiterait éviter le même scénario pour le conflit actuel contre la réforme des retraites : "Il ne faudrait pas que l’on n'ait que les cheminots, la RATP et les raffineurs." 

L’ancien secrétaire général de la CGT Cheminots de 2000 à 2010 reste cependant optimiste sur le mouvement actuel : "Je pense qu’à partir de lundi, le mouvement peut s’élargir et peut se renforcer". Justement, à la veille de la reprise des concertations entre syndicats et gouvernement, les médecins sont appelés à fermer leur cabinet et les avocats à faire grève lundi. Et une mobilisation interprofessionnelle est prévue le 9 janvier 2020.

Des cheminots se souviennent de la grève de 1986 - le reportage de Laurine Benjebria
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